Analyse historique du BRENDEL Tunnel
- Staff ASAPE

- 12 juin
- 20 min de lecture
Quelques chiffres sur l'ouvrage :
· Situation : front de l’Oise
· 308 mètres de développement
· Profondeur : 7 à 10 mètres sous la surface
· Période de construction (trois étapes) : d’octobre 1914 à septembre 1916
· Forces engagées : GR89 – IR94 – IR48 – PB11 – PB9

LA FONCTION DU BRENDEL Tunnel
Le BRENDEL tunnel prend son départ à l’extrémité sud de la carrière Strelitz Höhle.Il s’agit d’une des nombreuses carrières de l’Oise qui sert aux forces allemandes d’espace de cantonnement pour la troupe mais également de lieu de stockage de matériel, d’infirmerie, d’armurerie, etc.
Du fait de la situation géographique favorable de la Strelitz Höhle, le poste commandement du bataillon en charge de la défense du secteur va y installer ses quartiers dès le début de la guerre de position.
D’une superficie de plusieurs hectares, l’emprise des vides souterrains liés à l’extraction de la pierre s’étend durant la guerre sous la troisième et deuxième lignes allemandes ; les tranchées se trouvent alors entre 7 et 8 mètres au-dessus du plafond de la carrière.
Très rapidement, les Allemands comprennent l’intérêt stratégique de cette carrière souterraine. En effet, ses vastes galeries vont permettre le mouvement des hommes et l’acheminement du matériel de la troisième ligne vers le champ de bataille et cela à l’abri de l’artillerie française.

Depuis cette carrière, les Allemands du régiment « GR89 » (Mecklenburgisches Grenadier-Regiment Nr.89) , vont aménager, dans un premier temps, deux petits tunnels en guise d’accès vers la surface :
l’un vers l’avant, en direction du champ de bataille : l’accès « KEHRWIEDER » qui permettra de déboucher directement dans la troisième ligne ;
’autre vers l’arrière (en provenance de l’arrière front) : l’accès « NEUE WELT » permettant l’approvisionnement en vivres et munitions depuis les villages situés en arrière front.


« Kehrwieder » est un quartier bien connu de son port, lieu où les proches de voyageurs ainsi que les femmes de marins qui embarquaient pour ailleurs ou le Nouveau Monde (« 𝐷𝑖𝑒 𝑁𝑒𝑢𝑒 𝑊𝑒𝑙𝑡 ») leur disaient au revoir et espéraient les voir revenir sains et saufs.
De nos jours, ce lieu garde toujours cette dénomination dans le port d’Hambourg. Il est possible de traduire « Kehrwieder » par « Revenez-nous » ; cependant, la définition exacte reste difficile à établir car ce terme est un dérivé du patois local : le Groningois, lui-même dérivé du Bas-Saxon, ce dernier possédant encore 8 dialectes.

Le lien avec cette ville hanséatique est encore plus marqué lorsque l’on s’engage dans l’entrée principale de la carrière où l’on peut découvrir un triptyque de traces rupestres rédigé justement en bas-saxon de la région d’Hambourg.

Bien qu’il est soit encore difficile aujourd’hui d’avoir une traduction parfaite de ces traces, différents spécialistes d’universités allemandes nous ont donné leurs interprétations ; vous pouvez retrouver ces conclusions dans notre article d’avril 2025 à cette adresse :
🌐 Souvenez-vous : https://www.asape1418.fr/post/le-mur-du-bas-saxon

La guerre de position s’installant, les Allemands vont entreprendre le creusement de tunnels, longs pour certains de plusieurs centaines de mètres afin d’acheminer, au plus près du champ de bataille, hommes et matériels depuis cette carrière.
Toutefois, cette entreprise prendra véritablement son essor vers la fin de l’année 1915. Dans les faits, entre octobre 1914 et octobre 1915, un seul tunnel est aménagé par le premier régiment en place, le GR89 : il s’agira du « KAISER WILHELM Tunnel ». Ce dernier s’apparente bien plus à une sortie en surface aménagée qu’à un véritable ouvrage souterrain ; cependant, ses dimensions permettent de le classifier en « ouvrage de mobilité ».
Les travaux vont s’accélérer avec l’arrivée du régiment allemand « IR94 » (Thüringischen Infanterie-Regiment Nr.94 ) le 13 octobre 1915. La Strelitz-Höhle va alors accueillir le troisième bataillon de ce régiment et ses 4 compagnies qui le composent : 9, 10 ,11 et 12 kompanie.
LES ORIGINES DU NOM « BRENDEL »
Le lieutenant Von Brendel est le numéro 2 de l’état-major du IIIème bataillon de l’IR94. Les hommes en charge du creusement de ce nouveau tunnel baptiseront leur ouvrage en l’honneur de leur lieutenant.
Le Major Vechtriz, numéro 1 de cet état-major, aura également un tunnel à son nom : il s’agira de la poursuite d’un premier tunnel, le FRANZ-JOSEPH Tunnel, entrepris par le GR89 durant l’année 1915.
Précisons que la construction de ces ouvrages va être confiée à des troupes spécialisées ; à leur tête se trouve un officier qui supervise toutes les constructions souterraines du secteur, hors galeries d’attaque (galeries de mines) qui restent à la charge du bataillon de pionniers.
Sous les ordres de cet officier se trouvent des hommes de l’infanterie, bien évidemment, mais aussi des troupes de mineurs, des pionniers détachés de leur bataillon, ainsi qu’une usine à béton installée directement dans la carrière.
Le front de taille (fond de la carrière) se trouvant à l’aplomb de la troisième ligne allemande, il faut donc que les Allemands établissent le tracé de ce nouveau tunnel permettant de relier le fond de cette carrière jusqu’à la doublure de la première ligne, le plus simple étant évidemment d’établir une ligne droite !
LA PREMIERE SECTION DU BRENDEL Tunnel (octobre 1915 - mai 1916)
En octobre 1915, les hommes de la 11 komp, appuyés par les pionniers du PB11 ainsi que par des troupes de mineurs spécialisés, se mettent en ordre de marche afin d’engager les travaux du premier tunnel majeur dans la Strelitz-Höhle : le BRENDEL Tunnel.

Notons qu’à cette date, la Strelitz Höhle ne possède qu’un petit tunnel : le « KAISER WILHELM Tunnel », réalisé par le GR89 au cours des premiers mois d’occupation du secteur.
Ce nouveau tunnel aura comme départ le point le plus au sud de la carrière. Au pied de l’entrée du futur tunnel, les militaires allemands vont inscrire au fusain les classiques mots d’encouragement destinés aux mineurs : « GLUCK-AUF » (bonne chance), qu’il est toujours possible d’observer 110 ans plus tard.
Un autre cartouche laissé également au fusain devait indiquer le nom du tunnel ainsi que des dates ; cette trace a aujourd’hui disparu.
Le tracé projeté par les Allemands est simple : il s’agit d’une quasi ligne droite entre le fond de la carrière et la doublure de la première ligne appelée « Alte-Stellung ». Le BRENDEL Tunnel y débouchera par une sortie en surface en pente douce, équipée de quelques marches ; cette sortie prendra le nom de « Alte-Stellung Ausgang » (Sortie de la vielle position).

L’objectif premier, rappelons-le, reste celui de ravitailler cette position de première ligne en hommes, tout en étant protégé des tirs d’artillerie français. C’est également aux environs de cette position que se tient une guerre de mines entre pionniers allemands et sapeurs-mineurs français depuis le début de l’année 1915. Sur ce point, l’état-major de l’IR94 va décider de mettre un terme aux velléités du génie français dans le cadre de cette guerre souterraine avec l’explosion d’une mine surchargée de 6 tonnes d’explosifs dans l’après-midi du 23 décembre 1915 ; le secteur sera donc, après cette date, beaucoup plus calme.
Vous pouvez en découvrir plus sur cette explosion en vous procurant notre ouvrage :
« Die Derneus Stollen – Les dernières explosions de mines allemandes dans l’Oise ».

Pour rejoindre le point de sortie défini, les Allemands vont devoir cheminer sur 142 mètres dans la strate de calcaire tendre : tout d’abord en ligne droite sur 67 mètres puis, après une légère courbe vers le sud, le tracé du tunnel se poursuit sur 75 mètres.
Nous ne connaissons pas la véritable raison du changement de direction opéré par les Allemands lors de la construction du BRENDEL Tunnel après les 67 premiers mètres de cheminement.

A ce stade des recherches, nous pouvons avancer deux hypothèses :
soit il s’agit d’une erreur dans l’axe des travaux qu’il faut corriger afin de rejoindre le point de sortie défini ;
soit le point de sortie initial se trouvait être précisément dans l’axe des 67 premiers mètres du BRENDEL Tunnel, auquel cas le changement de direction pourrait s’expliquer par une modification du point de sortie.
L’avance allemande lors des travaux de ce tunnel est d’environ 3 mètres par jour. Il ne faut donc que 45 jours pour que ces professionnels du monde souterrain parviennent à réaliser les 142 mètres de la première section du BRENDEL Tunnel. L’éloignement du chantier avec les lignes françaises permet aux Allemands de travailler discrètement et rapidement à l’aide d’explosifs en « pétardant » le front de taille du tunnel.
Ce tout premier tunnel majeur de la carrière de Strelitz est mis en fonction très rapidement après l’arrivée du régiment IR94, très probablement à la fin de l’année 1915 ou en janvier 1916 au plus tard.
Cette première section présente les dimensions suivantes : 2 mètres de hauteur sur 1,80 de large ; ces dimensions lui confèrent le qualificatif militaire de « tunnel de mobilité ».
Les nombreux mètres cubes de déblais liés à cette construction sont évacués vers l’arrière de la carrière à l’aide d’une voie ferrée étroite ; ces déblais ont aujourd’hui disparu au moment où la carrière a été aménagée en champignonnière après-guerre.

Le BRENDEL Tunnel est électrifié par quelques lampes alimentées par une centrale électrique située également dans la carrière. Des câbles téléphoniques sont fixés sur la paroi de l’ouvrage reliant les différents postes de commandement et l’état-major ; les vestiges de ces câbles sont encore visibles sur la partie haute du tunnel en différents points.
Bien avant la sortie principale, deux autres sorties sont également prévues :
la première débouche directement sur la seconde ligne allemande (II LINIE) qui est opérationnelle à l’issue des travaux. Depuis le tunnel, quelques mètres sont encore visibles avant que de grosses pierres ne l’obstrue ;

la seconde, quant à elle, ne sera jamais terminée. Elle aurait dû déboucher dans un boyau nommé (IIIc), ce dernier faisant la jonction entre la troisième ligne et la doublure de la première ligne (« Alte-Stellung »).
Notons que ces sorties se situent dans la partie sud du tunnel ; dans cette première section, une seule remontée en surface se situe côté nord. Les recherches de l’ASAPE 14-18 ont récemment démontré qu’il ne s’agissait pas d’une « sortie surface » pour la troupe, mais d’un puits vertical mesurant 8 mètres.
Il s’agit du « Bataillon Beaoctahcung » : l’observatoire du bataillon accessible uniquement via le BRENDEL Tunnelaprès 48 mètres de cheminement. L’ASAPE a confirmé son existence en février 2026, mais son accès est obstrué par des pierres de taille jetées depuis la surface en 1918 par les forces françaises afin de neutraliser le cheminement du BRENDEL Tunnel, et cela dans la précipitation, avant le retour des troupes allemandes lors de l’opération « Kaiserschlacht ».
Quelques métrages laissés au fusain sur les parois par les pionniers allemands sont encore bien visibles. Cette première section comporte, sans nul doute, l’une des plus belles traces rupestres du BRENDEL Tunnel laissée par les hommes du III Bataillon de l’IR94 avec les inscriptions suivantes :

« GOTT STRAFE ENGLAND – GLUCK AUF – III/?? »
· « GOTT STRAFE ENGLAND » fait référence au slogan populaire « Gott strafe England » (« Dieu punit l'Angleterre ») et son prolongement : « Hassgesang gegen England » (« Hymne de haine pour l'Angleterre ») du poète et dramaturge juif allemand Ernst Lissauer.
· « GLUCK AUF » fait référence aux spécialistes du monde souterrain que sont les mineurs allemands. Il s’agit d’un slogan pour souhaiter une « bonne chance » aux mineurs dans leur travail ; c’est le souhait de les revoir remonter à la surface en vie. Il est toujours possible de voir ce slogan devant certaines mines allemandes de la Rhur de nos jours.
· « III » correspond au numéro de bataillon toujours inscrit en chiffres romains, ici le troisième.
· « ?? » Les chiffres manquants correspondent au numéro du régiment en place, à savoir « 94 » ; il a été volontairement effacé, soit par les hommes de l’IR94 eux-mêmes, soit par les régiments suivants.
Certaines théories expliquent que les numéros de régiments allemands au moment de leur départ ont été volontairement effacés afin qu’ils ne soient pas tenus directement responsables des exactions commises sur les civils aux alentours ; toutefois, Il est étonnant que seule cette trace soit effacée et non pas toutes les autres traces régimentées de la Strelitz-Höhle…
Enfin, l’entrée principale du BRENDEL Tunnel est préparée par les Allemands afin d’être neutralisée en cas d’incursion française dans la carrière. Deux systèmes sont préparés :
Le premier est composé de deux forages situés au-dessus de la voute d’accès au tunnel pouvant contenir deux projectiles de gros calibre de type Minenwerfer ou autres.
Le second système est quant à lui identique à un fourneau de mines : une pièce en « retour d’équerre » est conçue immédiatement sur la droite de l’entrée afin d’y entasser des caisses d’explosifs brisants destinés à « pousser » la paroi dans le cheminement principal et ainsi le combler lors de l’explosion.
Une mise à feux simultanée de ces deux systèmes n’aurait laissé aucune chance aux assaillants.

Cette première section offre déjà aux Allemands un excellent moyen de se protéger des attaques de l’artillerie française, ce qui est confirmé dans de nombreux rapports dans lesquels les forces françaises s’étonnent en outre de voir les tranchées allemandes réoccupées très rapidement après de longues périodes de pilonnage…
C’est un habitant de la commune voisine qui les éclairera en dessinant un plan très sommaire des anciennes carrières d’extraction de pierre qui se trouvent face à eux ; à partir de ce moment-là, ils comprendront qu’une véritable ville souterraine se trouve sous les pieds des Allemands.
La carrière Strelitz Höhle avec ses tunnels, dont le BRENDEL Tunnel, restera durant tout le temps de la guerre de position une citadelle invisible et imprenable.
DEUXIEME SECTION DU BRENDEL TUNNEL (mai 1916 - septembre 1916)
L’année 1916 est une année terrible pour les Allemands, la grande majorité des troupes d’élites fut en effet engagée dès le début de l’année sur le secteur de Verdun, puis en juillet 1916 dans la bataille de Somme.
Le troisième bataillon de l’IR48 (Infanterie-Regiment von Stulpnagel - 5. Brandenburgiscℎen Regimenter) prend la relève du III/94, dans la Strelitz-Höhle dans la nuit du 5 au 6 mai 1916 ; ces hommes de l’IR48 reviennent de « l’enfer de Verdun » et sont pour la plupart extenués après avoir subi de très lourdes pertes.
Le secteur de Puisaleine est alors qualifié de « calme » par l’occupant : les forces françaises ne font qu’occuper le terrain, sans réelle perspective d’offensive, les actions hostiles se résumant à des missions d’espionnage ou à quelques coups de main dans les lignes adverses.

La guerre de mines, qui jadis cristallisa cette partie du front de l’Oise, est à présent au point mort depuis décembre 1915. En ce qui concerne les tunnels dits « de mobilité », les chantiers sont déjà tous avancés et un grand nombre de ces ouvrages sont même déjà achevés depuis la fin du premier trimestre 1916.
L’IR48 arrive donc sur un secteur « calme » et souhaite qu’il en soit ainsi…
Dans cette optique, le commandement allemand ordonne l’arrêt de tous les travaux de nature défensive dans les galeries d’attaque – le contraire aurait pu être interprété par les Français comme la volonté d’une poursuite de la guerre de mines. Toutes les forces des travailleurs souterrains se concentrent alors dans la poursuite des différentes constructions des tunnels du secteur.

C’est pour cette raison que nous n’avons inventorié aucune trace rupestre de l’IR48 dans les nombreuses galeries de mines du secteur mais, à l’inverse, de nombreuses traces de ce régiment sont bien présentes dans les tunnels.
La Strelitz Höhle ne possède en mai 1916 qu’un seul tunnel de mobilité vers le champ de bataille : le BRENDEL Tunnel ; comme vu plus haut, il s’agit du travail du troisième bataillon de l’IR94 durant les mois précédant l’arrivée de l’IR48.
A ce stade de nos recherches, nous avons acquis la certitude que les hommes de l’IR48 sont bien à l’origine de la poursuite du cheminement du BRENDEL Tunnel.
En mai 1916, ce régiment souhaite prolonger le tracé d’origine par un nouveau cheminement dans le but de desservir le sud de la position « Alte Stellung » ; c’est à ce niveau qu’était déterminée la limite géographique entre les bataillons des régiments occupant le secteur.

Deux hypothèses semblent crédibles quant au choix d’établir une nouvelle section du BRENDEL Tunnel :
soit la sortie d’origine a reçu un tir direct d’artillerie et se trouve de la sorte endommagée, voire détruite ;
soit l’état-major de l’IR48 souhaite que ses hommes effectuent leurs relèves via des souterrains sur tout le secteur qu’ils occupent.
Précisons que le bataillon voisin adopte également cette même stratégie qui consiste à établir des liaisons souterraines majeures entre la troisième ligne et la première ligne.
La deuxième hypothèse semble la plus probable.

Dans le BRENDEL Tunnel, ce nouveau chantier va prendre naissance quelques mètres avant la fin de la première section, au niveau de sa sortie principale de l’Alte Stellung Ausgang ; ce nouveau tracé mesurera 71 mètres de longueur.

L’examen de cette section révèle un travail réalisé à l’explosif. Néanmoins, le résultat est beaucoup moins soigné qu’en amont : les parois sont « brutes » et ne sont pas retaillées comme dans la première section du BRENDEL Tunnel. Les hommes de ce nouveau régiment sont donc allés, à l’essentiel, sans chercher à soigner cette partie du tunnel.
Compte tenu de la distance parcourue lors de la construction de cette nouvelle section et de l’état de finition de l’ouvrage, nous pouvons estimer la durée de ce chantier à environ 3 ou 4 semaines.
A l’extrémité de cette section, les Allemands aménagent une remontée en surface réalisée « dans les règles de l’art » : elle est équipée de marches, de tôles en ogive, le tout soigneusement maçonné ; cette sortie débouche directement dans la doublure de la première ligne d’après notre topographie.


Nous relevons quelques traces rupestres dans cette partie ; une compagnie de mitrailleurs va laisser une trace de son passage en laissant les initiales « MGK » pour « MachinenGewehr Kompanie » au noir de fumée.
La trace la plus intéressante se trouve à l’extrémité de cette deuxième section : il s’agit d’un monogramme indiquant « IR48 » pour : Infanterie Régiment N°48. Elle fut malheureusement vandalisée en 2024, lorsque des individus ont « occupé » leur loisir à graffer à la bombe de peinture la plupart des murs de la Strelitz-Höhle et du BRENDEL Tunnel ; nous avions alors engagé une grande partie de notre STAFF à effacer ces dégradations.
🌐 Souvenez-vous : https://www.asape1418.fr/post/strelitz-h%C3%B6hle-intervention-pour-la-pr%C3%A9servation-du-site
Bien que dégradée, cette trace prouve que cette deuxième section du BRENDEL tunnel est bien l’œuvre du régiment IR48.

Un peu plus en amont, les Allemands ouvrent également un cheminement sur 26 mètres, à l’équerre de l’axe principal du tunnel afin de rejoindre un abri situé à 6 mètres sous la première ligne ; l’abri fera la liaison entre la surface et le tunnel afin d’être le plus discret possible.
Cette nouvelle section du Brendel tunnel offre donc deux nouvelles sorties aux hommes d’infanterie.
Le départ des hommes de l’IR48 en septembre 1916 laisse cette deuxième section en l’état. Elle ne sera pas retravaillée ni aménagée par le régiment suivant qui prend la relève le 26 septembre 1916 ; il s’agit d’un régiment de réservistes, le RIR212.
Quelques traces rupestres témoignent du passage de ces réservistes aux cotés de leur régiment frère du RIR210. Ces hommes sont, eux aussi, épuisés par 2 ans de guerre et par leur récent engagement aux environs du village de Courcelette lors des derniers jours de la bataille de la Somme.
Cet état d’épuisement est accrédité par de nombreux documents français rapportant un grand nombre de désertions dans le camp allemand sur le secteur de Puisaleine.
L’historique régimentaire de ce régiment reste toutefois plus explicite en ce qui concerne les ouvrages souterrains du secteur, ce qui en fait une ressource de choix pour l’ASAPE 14-18.
Ces réservistes seront les derniers Allemands à occuper ce secteur ; ils quitteront les tranchées de l’Oise, la Strelitz-Hohle et ses tunnels, lors de l’opération Alberich à la mi-mars 1917 sans pour autant avoir participé à la construction d’un seul tunnel sur ce secteur.

TROISIEME SECTION DU BRENDEL TUNNEL (octobre 1914 – Septembre 1916)
Cette troisième et dernière section du BRENDEL Tunnel a longtemps été considérée comme un prolongement de la seconde section ; elle est soi-disant « non finalisée » et/ou « abandonnée » et/ou « en cours de construction », selon les différentes versions...
S’il est vrai que la première section du BRENDEL Tunnel est un véritable « boulevard » pour la troupe et que la deuxième section, bien que très sommaire, remplit également le rôle de « tunnel de mobilité », la troisième section, quant à elle, ne permet pas de circuler avec une grande aisance.
En 2026, l’accès permet tout au plus de circuler avec un seul homme de front et en position courbée ; difficile d’imaginer un fantassin allemand, avec tout son barda, emprunter ce couloir...

Du fait de l’étroitesse de ce passage, on ne peut qualifier cette dernière section de « tunnel de mobilité », et l’on peut légitimement se demander si les 49 mètres qu’elle présente sont véritablement à rattacher au BRENDEL Tunnel...
La topographie LIDAR et l’analyse technique de l’ASAPE 14-18 permettent désormais d’établir un tout autre récit concernant cette dite « troisième section ».
Tout indique, en effet, qu’il ne s’agit pas de la poursuite du BRENDEL Tunnel, mais plutôt d’un accès à une série de 4 abris souterrains situés sous la première ligne allemande, interconnectés entre eux par une galerie de liaison.
La topographie LIDAR révèle 2 abris dits « simples » d’une pièce chacun et un double abri de deux pièces ; chacune de ces pièces, situées à 6,50 de profondeur, présente des dimensions de 4 mètres sur 4 mètres.
Il s’agit ici de standards allemands pour des abris résistants aux bombes. Ces pièces possèdent d’ailleurs leurs propres sorties en surface débouchant toutes directement dans la première ligne. La présence de ces sorties, ainsi que leur disposition, indiquent qu’au moment de leur construction, ces abris n’étaient pas encore interconnectés entre eux et que chaque structure devait posséder son propre accès vers la surface.

Cela traduit le fait que la construction de ces abris est antérieure à la galerie de 49 mètres qui les relie entre eux et à l’élaboration de la deuxième section du BRENDEL Tunnel.
L’organisation souterraine du secteur, dont ces abris de première ligne, est l’œuvre du premier régiment allemand en place sur le secteur, à savoir le GR89 et plus précisément de son 3ème bataillon lors de leur période d’occupation comprise entre octobre 1914 et octobre 1915.
Ces abris, que la dite « troisième section » du Brendel Tunnel traverse, datent d’après nos investigations de cette première occupation. La liaison entre ses abris n’est en fait qu’une galerie permettant aux hommes de circuler d’abri en abri sans sortir en surface.
Les liaisons entre cette série d’abris sont d’ailleurs très approximatives dans leur conception : le cheminement change en effet très souvent de direction, ce qui démontre des difficultés à réaliser ces liaisons.

De par son cheminement parallèle à la première ligne, et cela dans une zone où se concentre la majorité des explosions de mines entre le 31 mars 1915 et le 23 décembre 1915, il n’est pas exclu que cette galerie ait pu jouer un rôle dans la lutte souterraine contre les sapeurs/mineurs français.
Dans cette perspective, un des abris interconnectés retient tout particulièrement notre attention.
Aujourd’hui comblée aux ¾, il faudrait engager une de nos équipes terrain afin de dégager cette galerie et vérifier ainsi la présence éventuelle d’un départ de galerie de mines en son fond. D’après nos récentes études sur la guerre de mines du secteur, il y a une forte probabilité pour que cet abri situé dans la dite « troisième section » soit le « Stollen IIIC ».

C’est en effet depuis ce dernier abri que part une galerie de mines allemande qui rentre en confrontation directe avec les galeries de mines provenant des puits français N°XV et N°IX lors du deuxième semestre de l’année 1915. Les sapeurs/mineurs français tenteront bien de neutraliser cette galerie allemande le 25 juillet 1915 avec une double explosion de mines mais ce sera sans effet.
Les Allemands répondront à ces attaques souterraines françaises un peu plus tard, le 25 septembre 1915 à 4h15 du matin, avec une explosion d’une mine de forte puissance entre les deux puits français, au niveau de leur première ligne.

Une conduite d’aérage – qui dans l’état ne sert exclusivement qu’à la ventilation des galeries de mines – est découverte dans cette dite « troisième section » ; ceci conforte notre hypothèse selon laquelle l’abri situé à quelques mètres serait bien le Stollen IIIC et aurait joué un rôle dans la guerre de mines du secteur.
Si cette partie du système souterrain fut longtemps associée au BRENDEL Tunnel, elle s’avère en réalité être totalement indépendante de ce dernier et surtout beaucoup plus ancienne que les deux sections du BRENDEL Tunnelétudiées précédemment dans cette analyse.
Dans les faits, tout démontre que le BRENDEL Tunnel, l’ouvrage de « mobilité » voulu par les forces allemandes, s’arrête là où les hommes de l’IR48 ont fini leur chantier durant l’année 1916, soit à la fin de la deuxième section après 71 mètres d’avance.
Par ailleurs, alors que les deux premières sections du tunnel cheminent en « plan », la dite « troisième section » présente, dès ses premiers mètres, une forte pente et plonge de presque 3 mètres en dessous du niveau du BRENDEL Tunnel, ceci afin de rattraper la profondeur du premier abri du réseau ; la distance entre la fin du BRENDEL Tunnel et cet abri ne permet pas en effet d’établir une pente douce.

La topographie du terrain explique également cette déclivité car la surface présente une pente de 4% entre la position de la fin du BRENDEL Tunnel et la position du premier abri ; bien que minime, cela représente tout de même un abaissement de la surface d’1,92 mètre au total.
Pour réaliser cette jonction entre les abris et le BRENDEL Tunnel, nous pensons que deux équipes ont dû être mobilisées : une première venant du réseau d’abris et une seconde provenant du BRENDEL Tunnel.
C’est par une erreur de trajectoire que cette dernière va débuter ses travaux de jonction qui est encore bien visible dès les premiers mètres de cheminement. En effet, cette équipe démarre en fait trop haut son creusement et doit descendre trop brutalement pour rejoindre l’équipe arrivant face à eux ; les Allemands vont donc abandonner ce premier forage et recreuser sur la droite avec une pente bien plus abordable.

Les rejets de craie de cette équipe seront évacués directement dans la carrière Strelitz Hohle, via le BRENDEL Tunnel. Quant à l’équipe provenant des abris, nos conclusions indiquent que les rejets de craie issus de cette liaison sont ceux entreposés dans un des abris du réseau interconnecté pouvant être le Stollen IIIC.

Nous pensons que le possible Stollen IIIC ne trouve d’utilité que dans le cadre de la guerre de mines du secteur ; celle-ci étant au point mort depuis la fin de l’année 1915, il est probable que cet abri a servi de zone de stockage pour les rejets de craie provenant de ces travaux.
Une nouvelle fois, la seule façon de vérifier cette présomption serait de vider totalement le possible Stollen IIIC de ses rejets de craie, afin de confirmer (ou non) le départ d’une galerie de mines.

Ainsi, la « troisième section » ne se résume qu’à la construction d’une galerie de connexion, longue d’à peine 17 mètres, entre la fin du BRENDEL Tunnel et le premier abri de la série interconnectée....
De toute évidence, ces travaux n’ont pu être effectués qu’une fois la deuxième section du BRENDEL Tunnel achevée par l’IR48, au plus tard au milieu de l’année 1916.
En 1918, les Français vont chercher à condamner le BRENDEL Tunnel lorsque les Allemands passeront à l’offensive, le risque étant que les envahisseurs réinvestissent la Strelitz-Höhle et ses tunnels.
Pour éviter cela, les Français vont monter des murs dans le BRENDEL Tunnel et jeter des pierres de taille depuis la surface dans certaines de ses sorties afin de bloquer son cheminement.
Nous pouvons encore voir les vestiges d’un mur d’obstruction à quelques mètres de l’entrée du tunnel.

Un très gros volume de pierres de taille obstruait partiellement le cheminement du tunnel jusqu’en 2026 ; l’ASAPE a engagé plusieurs équipes afin de rendre de nouveau accessible le BRENDEL Tunnel, notamment pour les visites scolaires.

Ces visites sont organisées gratuitement chaque année entre octobre et décembre sur le site de la Strelitz-Höhle.
Vous pouvez prendre contact avec l’ASAPE 14-18 pour organiser votre visite : asape1418@gmail.com





















































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