top of page
Rechercher

Analyse historique de la carrière "FRIEDRICH FRANZ HÖHLE"


L’ASAPE 14-18 poursuit sa mission d’étude et de numérisation des ouvrages souterrains de la Grande Guerre dans l’Oise.

Nous vous présentons l’analyse complète d’une carrière de cantonnement et de commandement allemand sur le secteur de l’Oise : la « FRIEDRICH FRANZ HÖHLE » (La carrière de Friedrich Franz).


Cartouche indiquant "Friedrich Franz Tunnel"                                                                                                                   (Ce tunnel sera rapidement abandonné pour la construction du SCHELIHA Tunnel)
Cartouche indiquant "Friedrich Franz Tunnel" (Ce tunnel sera rapidement abandonné pour la construction du SCHELIHA Tunnel)

Cette analyse sera complétée prochainement par la mise en ligne gratuite d’une numérisation 3D complète de cette carrière et de ses deux tunnels majeurs que sont le SCHELIHA Tunnel et le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel.


Nous rappelons que ce travail de modélisation 3D est intégralement financé par notre partenaire du Crédit Agricole Brie-Picardie et que ce projet a pu être concrétisé grâce à l’aimable autorisation du propriétaire de la carrière, qui est une propriété privée.


En juin 2026, le STAFF ASAPE 14-18 est mobilisé pour une double mission sur le secteur de Moulin-sous-Touvent (France, Oise). Elles consistent à numériser totalement une ancienne carrière d’extraction de pierre puis, dans un second temps, à effectuer la même mission sur les tunnels de liaison réalisés par les Allemands du Grenadier Régiment N°89, entre octobre 1914 et octobre 1915.


Staff ASAPE en pleine numérisation d'un des tunnels de la Friedrich Franz Höhle
Staff ASAPE en pleine numérisation d'un des tunnels de la Friedrich Franz Höhle

Une topographie LIDAR sera nécessaire sur l’un des tunnels (le SCHELIHA Tunnel), qui chemine sinueusement sous une pente.


Son tracé « particulier » ne nous permettait pas jusqu’à présent d’en définir précisément le cheminement et le débouché. C’est désormais chose faite en 2026, une nouvelle fois à l’aide de cette technologie de pointe, qui continue de nous éclairer sur les choix retenus par les forces allemandes quant aux tracés des tunnels.


Parallèlement à ces missions majeures, un relevé complet des graffitis va être effectué. Cette démarche n’a pas vocation à alimenter une collection de photos privée et encore moins à mettre en scène les membres de notre équipe, mais plutôt à fournir au public les explications historiques de ces graffitis, notamment les plus emblématiques de cette carrière et de ces tunnels.



Les sorties en surface de cette carrière vont être référencées avec précision à l’aide d’une borne GPS professionnelle. Ce matériel nous permet aujourd’hui d’atteindre une précision de l’ordre du centimètre et ainsi de caler les coordonnées de l’emprise des vides souterrains sur notre modèle numérique de terrain.


Pour atteindre ces objectifs, 15 membres de notre STAFF vont être mobilisés durant 48 heures non-stop sur le site. Une douzaine d’heures supplémentaires seront nécessaires les semaines suivantes pour finaliser le travail.


Topographie 3d complète de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE et de ses deux tunnels issue de notre modélisation.
Topographie 3d complète de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE et de ses deux tunnels issue de notre modélisation.

Pour plus de clarté dans l’analyse de ce complexe souterrain comprenant une carrière et deux tunnels, nous développerons cette analyse en trois parties :

`

I. La carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE

II. Le tunnel PRESSENTIN-JOHANNSSEN (Disponible le 04 septembre)

III. Le tunnel SCHELIHA (Disponible le 11 septembre)

 

I. La carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE


Il s’agit ici d’une des nombreuses carrières d’extraction de pierres de la vallée de l’Oise. Elle est située dans les pentes de la vallée de l’Oise, sur la commune de Moulin-sous-Touvent (France, Oise). Son entrée principale se trouve, lors de la guerre de position (octobre 14-mars 1917), assez proche de la première ligne française, à une distance de 430 m.


Soldats du GR89 devant la sortie du PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel débouchant dans la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. (1915)
Soldats du GR89 devant la sortie du PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel débouchant dans la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. (1915)

Le nom de la carrière est donné par les hommes du GR89 (Mecklenburgisches Grenadier-Régiment N°89). Ils sont originaires du land de Mecklembourg-Schwerin et la dénomination de la carrière fait directement référence au Duc qui est alors en fonction : Frédéric-François IV de Mecklembourg-Schwerin (Friedrich Franz IV. von Mecklenburg-Schwerin).


La topographie n’ayant que très peu changé depuis la Grande Guerre, nous pouvons affirmer que l’entrée principale de cette carrière était à la vue directe des observateurs français depuis leur poste d’observation situé en première ligne. Ceci étant, c’est également le cas dans le sens inverse : les Allemands ont, depuis l’entrée principale de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE, une vue totalement dégagée sur la première et la seconde ligne du système de défense français.



Officiers du GR89 devant la Friedrich Franz Höhle
Officiers du GR89 devant la Friedrich Franz Höhle

Ce panorama stratégique est complété par un observatoire d’artillerie qui est accessible directement depuis l’intérieur de la carrière et qui va culminer, d’un point de vue altimétrique, à presque 14 m au-dessus des positions françaises. Les historiques allemands font également état de l’installation, courant mars 1915, d’une position antiaérienne accessible par l’un des tunnels de cette carrière. Cette dernière permet de dissuader les nombreux observateurs aériens français, qui survolent quasi quotidiennement l’arrière-front allemand. Le célèbre aviateur français Georges GUYNEMER effectuera d’ailleurs quelques vols de reconnaissance sur ce secteur avant qu’il ne devienne un des « As » de l’aviation française quelques mois plus tard.


Afin de profiter pleinement de la position stratégique qu’offre la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE, les Allemands vont établir leur première ligne à 140 m sur le devant et leur seconde ligne à seulement quelques mètres en arrière. Ainsi, la carrière souterraine devient un élément intrinsèque de leur système de défense du secteur.


Ruines de la ferme de la Maison Rouge où est la première ligne allemande (1914-1917)
Ruines de la ferme de la Maison Rouge où est la première ligne allemande (1914-1917)

Rappelons que lors des combats de la fin septembre 1914, les Allemands décident de stopper leur retraite après l’échec de la bataille de la Marne. Malgré cette situation, les forces impériales vont choisir méticuleusement et souvent au prix d’âpres combats les positions sur lesquelles ils vont établir leurs tranchées…


La présence d’un monument à quelques mètres de l’entrée de cavage rappelle l’engagement des forces françaises dans cette vallée, au prix de nombreuses pertes.

Évidemment, les Allemands campent sur les positions dominantes du secteur et forcent ainsi les forces françaises à se figer aux points les moins avantageux.


Ainsi, sur le secteur de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE, les forces allemandes vont – et cela après de terribles combats dans la vallée de Puisaleine – chasser les Français de ce secteur, leur permettant ainsi de conserver toutes les positions hautes d’où se trouve cette carrière.

En octobre 1914, prend alors position le régiment Grenadier-Régiment GR89, venu tout droit du Mecklembourg. Ce régiment compte un peu moins de 3 000 hommes, déployés dans trois bataillons de 1 000 hommes. Ils vont devoir couvrir une ligne de front d’environ 2 300 m. Pour cela, le secteur est réparti en trois sous-secteurs, que vont défendre chacun les trois bataillons du régiment.


  • Le bataillon I : sera en charge du secteur allant de la « Bascule de Quennevières » jusqu’à la position TotenKopf Stellung. (Position de la Tête Morte)

  • Le bataillon II : sera en charge du secteur central. C’est le plus difficile à tenir. Il s’étend de la position de la tête de mort à celle du « WaldKamp Stellung ». C’est dans ce secteur que se tiendra le plus grand nombre d’explosions de mines souterraines du secteur de l’Oise.

  • Le bataillon III : a, quant à lui, la tâche de tenir la position boisée (enfin… ce qu’il en reste) de la « WaldKamp Stellung ». Il se tient également ici une guerre de mines, mais dans une moindre mesure que sur le secteur voisin tenu par leurs camarades du deuxième bataillon.


Modèle de locomotive allemande sur voie étroite pouvant circuler dans les tunnels.
Modèle de locomotive allemande sur voie étroite pouvant circuler dans les tunnels.

La FRIEDRICH FRANZ HÖHLE se trouve en plein cœur du secteur tenu par le premier bataillon du GR89. C’est pour cette raison qu’il va être rapidement décidé d’y installer le poste de commandement de ce bataillon. Notons que cette carrière marche « de pair » avec une autre carrière souterraine, située en arrière-front et servant exclusivement de dépôt de matériel. Il s’agit du « LAGER KELLER ». Le matériel, essentiellement les munitions, y est stocké, avant d’être acheminé dans la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE par voie ferrée.


À la différence de leurs camarades du deuxième et du troisième bataillon, le secteur qu’occupe le premier bataillon n’est pas sujet « à proprement parler » à la guerre de mines qui oppose les pionniers allemands aux sapeurs-mineurs français.

Nos connaissances actuelles du secteur font tout de même état de 9 sapes comme travaux souterrains offensifs côté français.


Il s’agit très certainement de « sapes russes ». C’est-à-dire qu’elles sont peu profondes et n’ont pas vocation ni les caractéristiques techniques pour s’opposer aux travaux souterrains allemands. Néanmoins, certaines de ces sapes présentent des longueurs assez conséquentes, ce qui pourrait laisser sous-entendre qu’elles ont été approfondies par la suite.


Ci-dessous : les relevés des distances officielles de ces 9 sapes françaises faisant face au premier bataillon du GR89 sur le secteur de Puisaleine :


Sape 0 : 7 m et à faible profondeur

Sape 1 : 10 m et à faible profondeur

Sape 2 : 7 m et à faible profondeur

Sape 3 : 18 m (profonde)

Sape 4 : 12 m et à faible profondeur

Sape 5 : 12 m et à faible profondeur

Sape 6 : 30 m (profonde)

Sape 7 : 12 m et à faible profondeur

Sape 8 : 27 m (possiblement profonde, sans confirmation historique)


Notons que 8 de ces 9 sapes françaises sont parfaitement repérées par les Allemands sur leurs cartes d’état-major du secteur. Les nombreux « coups de main » allemands sur ce secteur ont permis d’en faire un relevé précis. Les rapports allemands de ces missions de reconnaissance dans les lignes françaises indiquent que, sur les 8 sapes découvertes, 2 sont qualifiées de « profondes ».


Si l’on croise les données françaises et allemandes, il s’agirait des sapes N° 3 et N° 6, pouvant être de nature « offensive ». Les Allemands sont donc en « alerte » sur une possible poursuite de la guerre de mines sur ce secteur.


Durant toute la durée de la guerre de position de l’Oise (octobre 14 à mars 17), une seule explosion de mine est mentionnée sur ce secteur. Elle se serait produite durant la première quinzaine de janvier 1915 et serait d’origine allemande. Il s’agit ici de la première explosion de mines du secteur de l’Oise. Elle avait pour vocation de neutraliser un point fort français situé à quelques mètres en avant de leur première ligne.


Soldats de la première komp (LEIB) du premier bataillon du GR89 devant la Friedrich Franz Höhle (1915)
Soldats de la première komp (LEIB) du premier bataillon du GR89 devant la Friedrich Franz Höhle (1915)

La FRIEDRICH FRANZ HÖHLE est donc un site souterrain essentiel à l’organisation des défenses allemandes du secteur. Ce vaste espace souterrain, jadis utilisé comme carrière d’extraction de pierre, va naturellement devenir un lieu de cantonnement, de commandement, mais aussi un carrefour stratégique pour les tunnels de mobilité du secteur de Puisaleine. Ces derniers vont s’affairer à ces travaux souterrains dès le début de l’année 1915 et redoubleront d’efforts jusqu’à la fin de 1916.


Ainsi, tous les bataillons des régiments qui vont se succéder sur le secteur occuperont cette carrière entre 1914 et même lors du printemps 1918, lorsque les Allemands lancent leur offensive de la dernière chance intitulée Kaiserschlacht. Elle sera un échec et précipitera l’Allemagne, quelques mois plus tard, à solliciter l’armistice auprès de l’état-major français dans la forêt de Compiègne.


Voici quel serait le tableau d’occupation allemande de la carrière durant la Grande Guerre :

Période d’occupation

N° du régiment

Nom du régiment

Bataillon occupant la carrière

Provenance du régiment

01 octobre 1914

12 octobre 1915

GR89

Mecklenburgisches Grenadier-Régiment

1er bataillon

Mecklembourg-Strelitz

13 octobre 1915

07 mai 1916

IR94

Infanterie-Régiment Großherzog von Sachsen

2e bataillon

Thuringe

08 mai 1916

27 septembre 1916

IR48

Infanterie-Régiment von Stülpnagel

2e bataillon

Brandebourg

28 septembre 1916

18 janvier 1917

RIR 212

Réserve Infanterie-Regiment 212

3e bataillon

Hambourg

19 janvier 1917 

17 mars 1917

21 juin 1918

18 août 1918

RIR 390

Réserve Infanterie-Regiment 390

2e bataillon

Hesse-Nassau

Certaines unités venues en renfort ne sont pas mentionnées dans ce tableau, telles que le LIR55, le FR90, le FR76, le RIR210, etc. Leurs présences ne sont que temporaires et il ne s’agit pas de leur secteur d’affectation.


Afin que la carrière soit la plus praticable possible, une centrale électrique va y être installée afin d’éclairer les chambrées, mais aussi les futurs tunnels qui auront comme point de départ cette carrière. Un observatoire d’artillerie, un poste de secours, une infirmerie, une armurerie ainsi qu’une centrale à béton feront partie des aménagements internes réalisés dès les premiers mois de la guerre de position. Toute cette organisation est à mettre au crédit du premier bataillon du GR89.


Emplacement de la centrale électrique dans la Friedrich Franz Höhle.
Emplacement de la centrale électrique dans la Friedrich Franz Höhle.

De nos jours, seul l’emplacement de la centrale électrique et de l’observatoire d’artillerie peut être formellement localisé dans l’espace de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. Aucune carte de l’organisation interne de cette carrière n’existe, à notre connaissance.

L’observatoire est, lui, toujours intact. Il se présente sous la forme d’un puits vertical de plusieurs mètres partant de la carrière jusqu’à la surface et offrant une vue imprenable sur le secteur et surtout sur le système défensif français.


C’est d’ailleurs depuis cet observatoire que seront déclenchés les premiers tirs du nouveau mortier lourd allemand arrivé sur le secteur et installé à une centaine de mètres en arrière… D’après les éléments en notre possession, il s’agit d’une des rares positions de Minenwerfer de 250 mm du secteur.


En sens inverse, les Français disposent également d’une vue directe sur l’entrée de cavage depuis leur première ligne. Cette situation est tout, sauf idéale lorsque des officiers séjournent dans ce lieu. N’oublions pas que la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE abrite le poste de commandement du bataillon en charge du secteur.


Ainsi, ce qui est aujourd’hui l’entrée principale de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE ne l’était pas il y a 110 ans. Les cartes allemandes démontrent la présence d’autres accès à cette carrière, cette fois-ci à l’abri des observateurs français. Ces entrées sont aujourd’hui partiellement ou totalement effondrées.


L’une de ces entrées fera l’objet de violents bombardements ciblés fin novembre 1914. Quelques jours plus tard, le 07 décembre 1914, l’artillerie française remet cela : cette fois-ci, un obus explose à proximité d’un groupe d’hommes stationnés devant l’entrée de cavage. L’explosion tue 10 hommes et en blesse grièvement 10 autres.

C’est fort probable qu’à partir de la fin 1914, l’entrée principale de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE soit condamnée pour n’utiliser que les entrées secondaires, qui sont à l’abri des tirs directs d’artillerie française.


Albert THIERFELDER, du GR89.
Albert THIERFELDER, du GR89.

Nous avions enquêté en 2024 sur ces bombardements français de la fin 1914 et, à cette occasion, travaillé en étroite collaboration avec la famille du soldat Albert THIERFELDER, du GR89. Ce dernier tombe le 01 novembre 1914 dans les ruines de la ferme devant la carrière. Nos conclusions avaient permis de localiser l’emplacement de la fosse commune où se trouve très certainement toujours le corps de ce soldat aux côtés de cinq autres.


Retrouvez cette enquête-analyse à cette adresse :





Notons l’accès depuis cette carrière à deux abris de grande profondeur :

·      Le Kaiser Wilhelm Stollen,

·      Le Friedrich Franz Stollen.


Seul l’accès à ce dernier est toujours visible de nos jours avec un magnifique cartouche indiquant « Friedrich Franz Tunnel » (et non autre chose…).


Dans les faits, il ne s’agit pas de « tunnels », mais d’accès à des pièces souterraines plus profondes.


Néanmoins, nous ne pouvons pas écarter l’hypothèse qu’un projet de tunnel portant le nom de « FRIEDRICH FRANZ TUNNEL » ait pu être envisagé au départ de cet endroit précis par les Allemands du GR89.


Si tel est le cas, le projet est rapidement abandonné au profit du SCHELIHA Tunnel qui – lui – prend bien son départ à moins de 10 m de là.


En ce qui concerne l’espace dédié à la centrale électrique, une des nombreuses alcôves de cette carrière se trouve bétonnée au sol avec de nombreux câblages et supports électriques encore présents. Ces vestiges traduisent sans nul doute que c’est, dans cet espace, que la centrale se trouvait dès la fin 1914. Un bas-relief, aux couleurs de l’Allemagne (noir, blanc, rouge), est toujours présent où l’on distingue le monogramme de l’IR48.



A gauche le départ du "SCHELIHA Tunnel" à droite le projet du "FRIEDRICH FRANZ Tunnel"
A gauche le départ du "SCHELIHA Tunnel" à droite le projet du "FRIEDRICH FRANZ Tunnel"

Il s’agit du régiment N°48 (von Stülpnagel, 5e de Brandebourg) qui va prendre la relève du régiment précédent dans cette carrière à compter du mois de mai 1916. C’est le dernier régiment d’active qui occupera le secteur de Puisaleine avant l’arrivée des réservistes.

La trace rupestre présente dans la salle du groupe électrogène présente également un indice qui ne laisse plus de doute sur la finalité de cet espace : un éclair est représenté sur la trace rupestre, qui est l’emblème des électriciens dans les régiments allemands.

Chaque régiment possède des groupes d’électriciens spécialement dédiés à ce genre de travaux. Ils sont en charge de l’entretien du matériel, mais également d’électrifier les ouvrages (abris, tunnels et carrières souterraines).


À quelques pas de là, sur la plaine de Quennevières, nos récentes recherches démontrent bien la présence de ces groupes spécialisés en électricité. Ils avaient d’ailleurs leur propre local dans l’une des premières maisons de la commune de Moulin-sous-Touvent. Une centrale électrique alimentait la carrière voisine mais également… le champ de bataille !

Nous avons désormais la certitude que le système défensif allemand comprenait un réseau électrique positionné devant la première ligne avec pour vocation de détecter les incursions françaises. À ce jour, nous poursuivons ces recherches, mais nous n’avons encore trouvé aucun document présentant ce système en détail.


Si vous avez des informations à ce sujet, vous pouvez toujours prendre contact avec nous : 📧 asape1418@gmail.com


Toutefois, et malgré les nombreux coups de main français sur le secteur de Puisaleine à partir de 1916, rien ne démontre aujourd’hui qu’un tel système de surveillance électrique soit installé aux abords de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE et que sa centrale électrique alimente un système similaire. Dès lors, elle n’a eu comme vocation que l’alimentation de l’éclairage de la carrière et surtout de ses tunnels qui, comme vous le verrez dans les chapitres II et III, sont éclairés sur toute leur longueur.


Intérieur de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. Les deux niveaux de creusement sont bien visibles sur les piliers.
Intérieur de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. Les deux niveaux de creusement sont bien visibles sur les piliers.

Dans la partie principale de la carrière, nous constatons ce qui s’apparente à deux niveaux de creusement. La carrière présente en son centre une hauteur sous plafond d’environ 6 m, alors que le reste de celle-ci plafonne aux alentours de 2,50 m à 3 m.


Il s’agit d’un aménagement réalisé par la famille du propriétaire actuel afin de permettre aux machines agricoles d’entrer dans cette carrière afin d’y entreposer des pommes de terre. Tous les vestiges ont donc été sortis dans les années 70 pour être entassés devant la bouche de cavage. Le restant des artefacts sont pillés depuis maintenant de nombreuses années… Pour ceux sortis par le propriétaire lors de son aménagement, il s’agissait, d’après son témoignage, essentiellement d’une très grande quantité de bouteilles.


Ces aménagements contemporains expliquent pourquoi le sol de cette carrière, dans sa partie principale, est aujourd’hui totalement vierge de tout vestige et pourquoi les graffitis se trouvent tous à plus de 3 m de hauteur sur les piliers…


Il est donc indispensable de lever les yeux à cette hauteur afin d’effectuer notre relevé de graffitis, qui, rappelons-le, fait partie de nos objectifs dans le cadre de ce projet.

Au total, dans cet espace de cantonnement/commandement, une dizaine de graffitis sont inventoriés.


Pour cette analyse, nous retiendrons quatre graffitis majeurs :


Trace N°1 : "Les électriciens du régiment IR48"
Trace N°1 : "Les électriciens du régiment IR48"

Le premier est évoqué un peu plus haut dans cette analyse. Il s’agit d’un blason de la compagnie d’électriciens de l’IR48 aux couleurs de l’Allemagne. Il est exceptionnel dans le sens où il est rare de trouver des traces en couleur sur notre secteur et d’autant plus des traces du groupe d’électriciens d’un régiment. Le seul existant à notre connaissance se trouve dans une carrière voisine, mais se trouve être une trace « directionnelle » et non régimentaire.


Trace N°2 " Nuit de Noel 1914"
Trace N°2 " Nuit de Noel 1914"

La seconde trace s’avère être une trace rupestre célébrant le premier Noël de la Grande Guerre passé ici par le régiment GR89. Dans un ruban gravé, le mot « Weihnachtsnacht » (Nuit de Noël) y est gravé.

« 1914 » devait très probablement suivre cette mention, mais elle fut effacée les années suivantes, sûrement par les Allemands eux-mêmes, voyant cette guerre s’éterniser et les nuits de Noël s’enchaîner… Une photo de cette nuit de Noël 1914 dans ce lieu même subsiste dans l’historique du régiment 89.


Officiers du GR89 le soir de Noel 1914 dans la Friedrich Franz Höhle.
Officiers du GR89 le soir de Noel 1914 dans la Friedrich Franz Höhle.

Notons qu’en cette fin d’année 1914, se tient après une violente offensive française sur le secteur durant la deuxième quinzaine de décembre 1914. Les Allemands sont épuisés et, à contrario de ce que nous pouvons lire dans leur historique, il est désormais avéré qu’ils ont subi de très lourdes pertes en hommes, mais plus grave : en officiers…

L’offensive française n’est pas couronnée de succès. Ils laisseront sur le champ de bataille de nombreux corps qui y reposent toujours. Aucun gain de terrain significatif n’est à retenir, hormis une petite section de première ligne allemande qui sera, fin 1915, pulvérisée par l’effet d’une mine en date du 23 décembre 1915.

Vous pouvez retrouver l’analyse de cette explosion dans notre ouvrage disponible à cette adresse :


Trace n°3 : "Les mitrailleurs de l'IR48"
Trace n°3 : "Les mitrailleurs de l'IR48"

La troisième trace est celle laissée, le 15 août 1916, par plusieurs hommes de la 3e compagnie (3. Komp.) de mitrailleurs, qui accompagnent le régiment IR 48 dans ce secteur.

Elle se présente sous la forme d’un cartouche rectangulaire, dans lequel est gravé un cœur. Les initiales de soldats y sont indiquées : « JE – PM ».

Au centre du cœur, les lettres « MGK » indiquent qu’il s’agit bien ici d’hommes issus d’une Maschinengewehr-Kompanie (compagnie de mitrailleurs).

Les chiffres « 14-16 » indiquent probablement la période écoulée depuis le début des hostilités, soit 1914-1916.


Enfin, la dernière série de lettres et de chiffres, « CK et 3K », correspond très probablement au nom ou aux initiales des soldats ainsi qu’au numéro de leur compagnie.


Trace N°4 : "Les mitrailleurs du RIR390"
Trace N°4 : "Les mitrailleurs du RIR390"

La quatrième trace rupestre retenue est celle se situant à l’entrée de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE, une nouvelle fois laissée en hauteur à plus de 3 m du sol… Il s’agit d’une trace régimentaire laissée par une autre compagnie M.G.K. (MaschinenGewehr Kompagnie), celle du deuxième bataillon du régiment de réserve N°390 (RIR 390).



Staff ASAPE dans le SCHELIHA Tunnel
Staff ASAPE dans le SCHELIHA Tunnel

Après leur retraite stratégique de mars 1917 sur la ligne Hindenburg, les Allemands sont de nouveau dans l’Oise, sur le secteur de Puisaleine, aux alentours du 30 mai 1918. Alors que dans la Somme les Allemands enfoncent les lignes britanniques jusqu’aux portes d’Amiens, dans l’Oise, l’ironie de l’Histoire veut que les Allemands vont se retrouver stoppés dans leur offensive dans les mêmes positions qu’ils ont abandonnées un an auparavant.

Début juin, les Allemands de l’IR390 ne sont qu’à une centaine de mètres de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE, mais ne l’occupent pas encore.


Les forces françaises prennent alors la décision, dans l’urgence, de neutraliser le carrefour de tunnels se situant en contrebas de la carrière. C’est un véritable boulevard souterrain pour les forces impériales en progression et les Français ne veulent absolument pas voir déboucher, par l’un des tunnels, une partie du bataillon en approche.


Ainsi, dans la nuit du 14 au 15 juin 1918, un groupe de sapeurs est envoyé afin d’effectuer cette mission de neutralisation. Ces derniers pénètrent dans le réseau allemand, abandonné en mars 1917, via les caves de l’ancienne ferme dite « de la Maison Rouge ». Toujours d’après les récits français d’époque, les sapeurs découvrent alors trois accès vers des tunnels ; néanmoins, deux d’entre eux ne sont pas praticables.


Officiers du GR89 à la sortie du PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel (1915) - Montage photos ASAPE1418
Officiers du GR89 à la sortie du PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel (1915) - Montage photos ASAPE1418

Avec les cartes d’époques allemandes, nous comprenons que les Français, en rentrant dans les caves de la ferme, débouchent de façon perpendiculaire sur le ORTZEN Tunnel. Ceci laisse supposer que sur leur droite et leur gauche se trouvent les entrées Nord et Sud de ce tunnel. Sur les cartes de 1916, il ne semble déjà plus utilisé par les Allemands et semble donc avoir été neutralisé déjà à l’époque.


Pour les sapeurs-mineurs en mission, il ne reste donc qu’une seule entrée praticable : celle devant eux, et il s’agit de l’accès au SCHELIHA Tunnel. Ce dernier fait la liaison entre la première ligne allemande, qui se trouve au niveau de cette ferme, et la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE.


Les Français décident de pousser leurs explorations dans ce tunnel sur environ 40 mètres et tombent – de nouveau – sur le nœud de tunnels formé. Ce dernier est formé par le SCHELIHA Tunnel et, sur la droite, le FALKENHAUSEN Tunnel. Ce dernier chemine sur plusieurs centaines de mètres sous la première ligne allemande de 1914-1917, en direction des hauteurs de l’ancien hameau de Puisaleine.

Stratégiquement, c’est ici, à cette jonction d’ouvrages souterrains, que les sapeurs décident de neutraliser les tunnels à l’aide de 25 kilogrammes de mélinite et 35 kilogrammes de cheddite. L’explosion sera déclenchée – avec succès – le 15 juin 1918 à 03 h 30.


D’après l’historique allemand de l’IR390, c’est la 8e Kompanie qui prend ses quartiers en date du 21 juin 1918 dans la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. Ce régiment arrive donc moins d’une semaine après que les Français ont neutralisé le tunnel principal, qui aurait pu les amener encore plus loin vers l’avant… Les différentes compagnies du régiment RIR390 tiendront la carrière durant 59 jours.


Vallon de Puisaleine (Juin 1916)
Vallon de Puisaleine (Juin 1916)

Les Français lancent leur contre-offensive le 18 août 1918 au matin dans la vallée de Puisaleine et sur la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE. Cette dernière est enlevée aux mains des Allemands au prix de très lourds combats.


Ainsi, la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE est occupée par les Allemands d’octobre 1914 à mars 1917, puis de nouveaupar les Allemands entre juin et août 1918. Véritable citadelle souterraine et extrêmement bien défendue, elle tombera définitivement aux mains des Français dans la journée du 18 août 1918.


Comparée à sa voisine de la STRELITZ HÖHLE (carrière de Strelitz), également transformée en poste de commandement allemand mais réutilisée après-guerre en tant que champignonnière, la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE restera « dans l’état » jusque dans les années 70, où elle fut réhabilitée en lieu de stockage agricole.


Départ du "PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel depuis le front de taille de la Friedrich Franz Höhle.
Départ du "PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel depuis le front de taille de la Friedrich Franz Höhle.

En grande partie toujours en bon état, elle permet aujourd’hui de découvrir les aménagements réalisés par les différents régiments allemands, que ce soit durant la guerre de position ou lors de l’offensive du printemps 1918. Les ouvrages les plus remarquables restent évidemment les deux tunnels de cette carrière.

Le premier, le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel, qui fait la liaison vers l’arrière-front allemand.

Le second, le SCHELIHA Tunnel, lui, dessert la première ligne allemande dans le ravin de Puisaleine.


Rendez-vous prochainement pour l'analyse des deux tunnels de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE.
Rendez-vous prochainement pour l'analyse des deux tunnels de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE.

 


 
 
 

Commentaires


bottom of page