Oublié depuis la fin de la Grande Guerre, L’ASAPE 14-18 localise le PUITS VI et découvre sa « Galerie des Zouaves »

Notre association poursuit l’étude complète de la guerre de mines dans l’Oise ; à cette occasion, nous venons de localiser et d’explorer pour la toute première fois depuis la fin du premier conflit mondial un nouvel ouvrage souterrain français : le « puits N° VI ».
Mise en chantier le 3 février 1915 par les sapeurs-mineurs de la compagnie 19/1 du 2ème génie, sa galerie d’attaque prend son départ à 5,30 mètres de profondeur et offre un cheminement d’à peine 16 mètres en direction de la première ligne allemande située à plus de 100 mètres au-delà du no man’s land.
L’ouvrage du puits N° VI découvert par l’association ASAPE 14-18, bien que très modeste sur les plans d’époque en notre possession se révélera, au final, être le plus riche en termes de traces rupestres !

Les 16 mètres de cheminement vont offrir la plus belle concentration de graffitis de soldats de la Première Guerre mondiale avec 44 œuvres pariétales ! La majorité d’entre elles sont l’œuvre des soldats de la compagnie 19/1 du 2ème génie durant la période comprise entre la mi-octobre 1914 et le début juillet 1915, mais également de la compagnie M7 du 4ème génie qui intervient sur le puits N° VI entre juillet 1915 et mars 1917.

D’autres traces ne peuvent être attribuées qu’au 2ème Zouaves, un régiment d’élite qui occupe alors les tranchées de première ligne du secteur entre le 18 septembre 1914 et le 7 juillet 1915. L’avance de cette galerie va pourtant être rapidement abandonnée au bout de 16 mètres, pour être utilisée jusqu’en mars 1917 comme lieu d’écoutes afin de détecter d’éventuelles incursions souterraines allemandes vers les lignes françaises.
À cet effet, le front de taille de la galerie va être transformé en véritable « poste d’écoute » afin que les sapeurs-mineurs effectuent ici leurs relevés quotidiens des bruits de travaux ennemis.
La galerie du puits N° VI reste cependant qualifiée dans différents rapports de « galerie d’attente » dans l’hypothèse où la guerre de mines s’intensifierait et que les pionniers allemands décident de prendre cette portion du front comme objectif… Elle reste donc entretenue et opérationnelle par le génie français durant la guerre de position dans l’Oise.
La recherche :
Nous sommes à la sortie de l’hiver 2025, notre équipe est en cours de planification des travaux de recherches de la saison 2026. Pour cette nouvelle saison, plusieurs projets majeurs s’offrent à nous, mais nous privilégions d’engager nos forces en local, dans l’Oise, sur le puits de mines français N° VI.
Avant le lancement de ces travaux, les interrogations et les discussions animent les membres de l’équipe terrain : « Est-il vraiment nécessaire d’engager maintenant toute notre logistique lourde afin d’ouvrir un puits de mines qui, à l’époque déjà, se trouvait bien trop loin du théâtre d’opérations souterrain ? De plus, la galerie ne présente que 16 mètres de cheminement… »
Sur ce dernier point, il est vrai que la galerie, prenant naissance en bas du puits N° VI, est très vite reléguée au second plan de la guerre de mines du secteur… Mise en chantier le 3 février 1915, l’équipe du génie du 19/1 reçoit l’ordre, un mois plus tard, le 7 mars 1915, de stopper les travaux afin d’être envoyée en renfort sur le puits voisin : le puits N° Vbis.
Après cette date, son historique est quasi inexistant dans les archives du génie français ; elle n’apparaît même plus dans les rapports recensant tous les puits de mines du secteur.
Voici l’extrait de l’analyse des travaux de mines du secteur par le capitaine de la compagnie : « Ce puits a été abandonné le 7 mars 1915, le personnel des mineurs étant employé à d’autres travaux de mine plus urgents. »

D’autres membres de notre STAFF terrain avancent l’hypothèse selon laquelle la situation géographique du puits N° VI, qui va être transformé rapidement en poste d’écoute, a peut-être été propice à la réalisation de graffitis...
Dans la perspective de notre étude globale de la guerre de mines dans ce secteur, aucune galerie ne peut être mise de côté ; décision est donc prise d’engager le STAFF terrain sur le puits N° VI au deuxième trimestre 2026.
Les forestiers nous avaient signalé, il y a de cela quelques années, un affaissement de terrain, de forme carrée, aperçu après l’abattage d’un arbre. À cette époque, nous n’avions pas à notre disposition la technologie LIDAR et nous avions laissé ce témoignage et cette localisation « en réserve ».
En 2026, l’ASAPE 14-18 décide de ressortir les coordonnées GPS de cet affaissement et de programmer un survol de la zone avec le drone LIDAR afin d’obtenir un modèle numérique de terrain ; cette technologie étant capable de relever une différence au niveau du sol d’1 cm, l’affaissement « carré » va être rapidement confirmé.
Le vol est effectué à la sortie de l’hiver et le modèle numérique fourni est moins « parlant » que ce que nous espérions ; en effet, le secteur du puits N° VI est criblé par les obus de gros calibres allemands et les forces françaises ont dans ce secteur précis creusé et rebouché de nombreuses tranchées afin d’adapter leur stratégie de défense.

Les entrées d’abris sont nombreuses également, ce qui rend l’analyse sur table très complexe. Il faut se rendre à l’évidence : il est impossible, sur table, de localiser le fameux « trou carré » décrit par les forestiers et pouvant être l’accès au puits N° VI.
Retour donc aux anciennes méthodes pour le STAFF ASAPE : la prospection de terrain avec les cartes d’époque et les relevés LIDAR issus du drone.
Une demi-journée sera tout de même nécessaire, sur un périmètre d’à peine 50 m², pour que l’équipe localise l’affaissement d’environ 1 mètre de profondeur décrit par les bûcherons.
Une localisation GPS professionnelle est réalisée et nous la superposons avec un canevas de tirs d’époque, méticuleusement calqué sur le modèle numérique de terrain issu des relevés LIDAR ; cela nous permet d’avoir la quasi-certitude que cet affaissement est bien la « bouche » du puits de mines français N° VI.

Les archives contradictoires des 2ème et 4ème génie nous renseignent sur la profondeur du puits : 5,30 mètres, alors que d’autres données indiquent 7,10 mètres et qu’une dernière parle de 15 mètres. Concernant cette dernière indication, le commandant du génie a vraisemblablement confondu la longueur de la galerie avec la profondeur du puits ; nous écartons donc cette possibilité.
L’expérience de l’ASAPE 14-18 en matière d’ouverture de puits de mines de la Grande Guerre permet de décrypter ces différentes profondeurs rapportées dans les documents d’archives à notre disposition.
7,10 mètres correspond à la profondeur du puits, mesurée depuis la surface. Les sapeurs-mineurs entrent en demi-galerie à cette profondeur dans l’après-midi du 15 février 1915.
Pour les 5,30 mètres, il s’agit uniquement de la hauteur du puits creusé dans le roc (craie tendre).
L’affaissement de surface en 2026 étant de 1 mètre, il reste donc une profondeur de 6,10 mètres à purger avant de découvrir la galerie de 16 mètres du puits N° VI.
Le puits est-il intact ? Est-il comblé avec des vestiges du champ de bataille ? Sommes-nous bien sur le bon affaissement de surface ?

Tous ces impondérables peuvent transformer ce chantier en véritable parcours du combattant pour le staff ASAPE…
En attendant le chantier d’ouverture, une équipe dégage l’arbre tombé durant l’hiver et les abords du site. Un rapide sondage permet déjà de constater que la roche est proche de la surface, à environ 80 cm. À l’inverse, le centre de l’affaissement ne présente aucune résistance, ce qui semblerait confirmer que le puits se trouve bien en plein cœur de l’affaissement.
Gros projet, grosse logistique :
Pour la réalisation de ce projet, l’ASAPE mobilise en roulement 27 membres de son équipe terrain ; nous resterons sur zone durant 11 jours et 10 nuits, avec permanence 24h/24 sur le camp de base.
La météo n’est pas de notre côté : il fait 30 degrés le premier jour et une vague d’orages est annoncée dans les 48 heures après notre installation. Nous n’avons pas le choix, il faut donc purger ce puits N°VI et sécuriser son accès en 48 heures !
Installation du camp de base ASAPE 14-18
Si le puits est intact et sans ferraille du champ de bataille ni détritus, notre savoir-faire nous permet de descendre d’un mètre en profondeur, toutes les heures, en toute sécurité.
Sur le papier, 6 à 7 heures de travail sont donc suffisantes pour que la « Taupe Gun » de l’ASAPE 14-18 atteigne cet objectif. Le reste des jours de ce projet est consacré à l’analyse de la galerie du puits N°VI, sa topographie, ainsi qu’à l’étude des galeries de mines allemandes lui faisant face.
D’autres projets annexes seront réalisés, avec toujours l’objectif de contextualiser cet ouvrage souterrain dans le système de défense français face aux ouvrages allemands.
Durant la première demi-journée, l’équipe installe toute la logistique permettant l’accès au puits : trépied de levage, matériel de descente sur corde, ainsi que tout le matériel nécessaire pour progresser en profondeur et sans danger.
Le STAFF engagé est composé de :
notre « Taupe Gun », les membres ASAPE qui vont purger le puits, en roulement de 30 à 40 minutes chacun sur les 6,10 mètres qui les séparent de l’entrée de la galerie du puits
une équipe de surface ayant pour mission de relever les rejets via le trépied de levage, également chargée de surveiller la présence d’éventuels vestiges dans les rejets, ces derniers pouvant nous indiquer la période de fermeture du puits ;
l’équipe de relais qui surveille les abords du puits pour la sécurité ;
une équipe « médicale » : nous comptons parmi nos membres engagés sur ce chantier un infirmier, deux aides-soignants et un pompier volontaire ;
une équipe pour la communication ;
enfin, il ne faut pas l’oublier : une équipe qui stationne au camp de base pour la surveillance et pour acheminer le matériel nécessaire sur le site, si besoin.
Toutes ces équipes sont sous la supervision du responsable de sécurité et de notre chef de projet.
Les travaux d’ouverture du puits N°VI :
Pour cette première journée, nous débutons les 6 heures de travail en relais ; le premier mètre est relativement simple à extraire : il s’agit de terre meuble.
Rapidement, nous découvrons alors un cadre taillé dans la masse de cran ; bien qu’il soit cassé sur deux de ses côtés, il mesure 1,30 mètre sur 1,30 mètre, dimensions correspondant bien à celles d’un puits de mines français.
L’orientation prise par ce cadre correspond également au tracé présent sur les cartes d’époque en notre possession. Jusqu’ici, tout correspond aux autres puits de mines français découverts par l’ASAPE 14-18 entre 2022 et 2024 : les puits VII et V.
Notons la présence d’un trou circulaire d’environ 30 cm de diamètre sur l’un des côtés de ce cadre ; à ce stade du chantier, nous supposons qu’il s’agit d’un emplacement pour un madrier ou éventuellement pour la structure du treuil se trouvant à l’aplomb du puits, il y a maintenant 110 ans.
Plus tard, nous comprendrons que ce trou creusé directement dans la masse permettait le passage de la conduite d’aérage remontant de la galerie du puits jusqu’à son ventilateur situé en surface ou dans un abri sur le côté.
Retrouvez le récit des découvertes des puits V et VII à ces adresses :
L’équipe se félicite d’avoir, en moins de 2 heures, découvert ce que l’on pense être l’entrée du puits N°6 ; si tout va bien après ce cadre, le puits plonge à la profondeur de 5,30 mètres.
C’était la partie la plus périlleuse : la terre restant meuble entre la surface et le puits, il sera désormais beaucoup plus sécurisant de travailler dans le puits lui-même, qui est taillé directement dans la masse.

Malheureusement, notre joie est de courte durée : le cadre découvert n’est en effet épais que de 15 cm ! En dessous, c’est de nouveau de la terre meuble et nous ne trouvons pas les parois du puits !
Nous n’avons jamais rencontré une telle configuration dans les chantiers précédents.
Le puits est-il totalement effondré ? Était-il coffré sur les premiers mètres ?
Malgré les dimensions et l’orientation du premier cadre, le doute s’installe dans l’équipe terrain de l’ASAPE… Certains évoquent la possibilité d’être sur le toit d’un abri, peut-être même un abri servant à l’artillerie de tranchée avec un espace ouvert au plafond afin de lancer des projectiles de type « crapouillot ».
S’il s’agit bien du plafond d’un abri et non pas de la « bouche » du puits N°VI, il va falloir vider totalement cet abri afin d’atteindre son sol pour en avoir la confirmation.
Cette éventualité compromettrait tous les délais que nous nous sommes fixés, à savoir boucler l’ouverture du puits N°VI avant les premiers orages… Il faudrait au minimum un jour et demi de travail afin de vider et sécuriser ce possible abri effondré.
Nous prenons la décision de poursuivre la recherche, en profondeur, dans l’axe du cadre découvert. L’équipe de « relais » de l’ASAPE descend dans les abris voisins de quelques mètres afin de s’assurer qu’aucune liaison souterraine n’existe entre ces abris et notre chantier ; le résultat est rassurant : aucune liaison n’existe.
La « Taupe Gun » poursuit quant à elle sa descente sur le site de recherche principal. À 2,50 mètres, il n’y a toujours aucun signe de parois pouvant indiquer que nous sommes bien dans le puits N°VI.
L’unique signe positif vient du sol lui-même qui est toujours aussi « meuble » ; cela suggère qu’il s’agit bien d’un rebouchage effectué avec de la terre de surface. Une seule solution pour découvrir les parois du puits : ouvrir plus large notre accès, trouver une des parois et la suivre en profondeur.
Enfin, après 4 heures de travail, une première paroi est découverte en milieu d’après-midi, suivie rapidement d’une deuxième à l’opposé ; la distance entre elles est d’1,30 mètre…
Nous y sommes ! Nous avons bien découvert le puits N°VI.

À présent, il faut désormais dégager le dessus de ce puits afin de mettre en sécurité notre équipe de taupes. De la terre est toujours en suspension, notamment dans l’axe de la tranchée d’origine, terre qui pourrait glisser directement dans le puits lors du chantier.
Il s’agit principalement de remblais, avec des déchets des années 80 : bouteilles de bière, sacs en plastique, etc. Cette tâche, qui représente un volume de 2 à 3 mètres cubes, va nous occuper tout le reste de la première journée.
La deuxième journée va être consacrée uniquement à purger le puits N°VI sur les 4,50 mètres de profondeur restant avant de découvrir le haut de son « attaque ». (Il s’agit du nom donné à la galerie principale d’un puits de mines. En règle générale, l’orientation prise par celle-ci est définie par l’officier du génie vers un point précis des lignes adverses, et plus généralement vers les bruits des travaux souterrains ennemis.)

En découvrant l’axe de cette galerie, nous pourrons par la suite préciser quel était l’objectif des sapeurs-mineurs français en février 1915. Il suffira simplement à l’ASAPE de projeter l’axe du puits N°VI en direction des lignes allemandes afin de savoir quelle galerie allemande était prise pour cible.
Sur le chantier, la descente se poursuit sans encombre pour l’équipe. Nous découvrons les encoches dans les parois permettant aux sapeurs-mineurs de descendre dans le puits ; au total, 7 encoches seront découvertes de chaque côté du puits. Il y avait en plus, à l’époque, une échelle de corde réalisée en fil de fer, fixée sur l’une des parois du puits ; nous n’avons cependant pas retrouvé trace de cette dernière, comme ce fut pourtant le cas dans les puits N°VII et N°V.
La purge du puits N°VI se révèle à mi-parcours semée d’obstacles.
En effet, nous découvrons à présent d’énormes pierres ; en les dégageant, nous comprenons qu’il s’agit des parties manquantes du cadre situé en haut du puits.
Il faut les scinder directement sur place avant de les extraire avec notre treuil. Un peu plus bas, ce sont des piquets de barbelés plantés en travers qu’il faut retirer ; comme l’un ne va jamais sans l’autre, du barbelé en grande quantité est aussi découvert.
Notre tirefort ayant rendu l’âme, il nous faut couper ces barbelés au coupe-boulons par tronçons de 50 cm afin de les remonter à la surface dans les auges.
Le dernier mètre nous réserve encore une surprise désagréable : cette fois-ci, nous sommes face à deux tôles posées à la verticale et écrasées par le poids du remblai qui se situe au-dessous.
Dégagement des tôles par l'équipe...
Ce sont des tôles françaises dites « simples » et non blindées (Ouf !). Nous décidons de percer un trou directement dedans afin de les sortir verticalement avec notre palan ; une bonne heure sera nécessaire pour les remonter à la surface. Après une bonne centaine d’années sous terre, elles sont toujours en parfait état et seront réutilisées en fin de projet pour la fermeture du puits.

Ces tôles découvertes ainsi que leur disposition à la verticale indiquent clairement qu’elles ont servi à obstruer l’entrée de la galerie du puits qui, d’après nos relevés, se situerait à environ 1 mètre en dessous.
La fin de journée approche, le ciel s’assombrit, signe que les orages arrivent ; les mesures aux télémètres s’enchaînent pour motiver nos taupes : 50 cm puis 30 cm, avant le plafond de la galerie…
Arrivés à 5,30 mètres de profondeur, la pelle d’un de nos membres part dans un trou situé sur la face nord du puits…
Quelques auges de remblais supplémentaires et nous découvrons enfin le plafond de la galerie d’attaque du PUITS N°VI !
Il nous aura fallu en tout presque 12 heures de travail sur 2 jours pour sécuriser et purger le puits. Hormis des munitions, nous avons rencontré tous les obstacles possibles pour ce type de chantier : une entrée de puits effondrée, du barbelé, des piquets, des tôles et de grosses pierres !

Une heure de travail sera encore nécessaire en cette fin de deuxième journée pour dégager 1 mètre de passage permettant d’accéder aisément à la galerie, puis nous installons notre échelle depuis la surface.
Une première photo est prise, la galerie de 16 mètres est intacte ! Sur la paroi de droite, nous distinguons facilement au moins 3 œuvres sculptées ! L’excitation est là, mais il faudra attendre le lendemain pour effectuer l’exploration de cette petite galerie.
L’orage gronde au loin, il faut évacuer l’équipe vers le camp de base...

L’exploration :
12 heures se sont écoulées depuis l’ouverture de la galerie d’attaque du puits N°VI. Bien qu’aucune ventilation ne soit nécessaire pour 16 mètres de cheminement, nous avons préféré laisser l’air frais pénétrer dans l’ouvrage.
En définitive, pas d’orage durant la nuit, mais une bonne pluie le matin a rendu les abords du puits délicat ; il faut donc, pour le premier binôme d’exploration, redoubler de vigilance, notamment lors de la descente…
Comme pour chaque découverte, la première exploration est enregistrée totalement en vidéo HD par l’une de nos GoPro afin de garder la trace de l’état d’origine de l’ouvrage ; cette vidéo permet également de rédiger le présent article avec les images d’origine.

Comme pour le puits N°V, découvert en 2024, le sol du puits N°VI est totalement propre, sans aucun vestige sur les premiers mètres. Bien que les supports soient présents sur la partie gauche en hauteur, les conduites d’aérage ont été démontées ; elles ont sûrement été réutilisées en mars 1915 pour le puits voisin, le puits N°Vbis.
La galerie présente des dimensions « standards » d’1,30 mètre de hauteur sur 0,80 mètre de large ; elles correspondent à une « demi-galerie » d’après le manuel du génie français.
Pas de surprise quant à son cheminement : il est conforme au plan d’époque du génie avec une quasi-ligne droite de 16 mètres. Quelques rectifications de trajectoire sont tout de même visibles sur ce petit cheminement, traduisant le fait qu’un objectif en surface ou en souterrain est bien défini pour l’attaque du puits N°VI lors de sa mise en chantier le 3 février 1915 par la compagnie 19/1 du génie.
Il n’a fallu parcourir qu’à peine un mètre au premier binôme d’exploration pour découvrir les premiers graffitis…

Sur la paroi de droite, les graffitis dits « techniques » sautent aux yeux. Comme dans la grande majorité des ouvrages de mines français, le nombre de mètres parcourus depuis l’entrée de la galerie sont indiqués ; cela permet aux sapeurs-mineurs de calculer leur avance vers l’ennemi et sert également à l’officier en charge de ce puits de contrôler l’efficacité de ses mineurs.
Dans le puits, nous retrouvons également des informations techniques concernant la hauteur au plafond ; cependant, elles ne correspondent pas à celles indiquées sur la paroi de droite : en effet, il y a environ 15 cm de différence entre les mesures inscrites au plafond à l’aide d’un crayon fusain et celles laissées sur la paroi de droite…
Nous pensons que les traces rupestres au plafond sont les premières laissées par l’équipe en charge de la construction de la galerie principale ; elles seront ensuite rectifiées avec des mesures correctes et plus précises sur la paroi de droite. Nos mesures télémétriques et LIDAR confirment que ces mesures sont les plus justes.
Au total, 18 traces techniques seront inventoriées, se trouvant soit au plafond, soit sur la paroi de droite.
L’exploration se poursuit avec, cette fois-ci, des traces dites « personnelles » ; elles sont laissées par différents soldats sur les parois de droite et de gauche. Certaines sont simplement des esquisses au fusain ou à l’encre violette, d’autres sont gravées sur les parois et certaines vont être sculptées profondément.
Au total, 26 traces personnelles seront inventoriées par l’équipe ASAPE lors de l’étude de ce puits. Certains membres sont restés plusieurs heures d’affilée afin de déchiffrer sous différents angles cette exceptionnelle concentration de graffitis, véritable témoignage du passé.
Nous retrouvons des noms de soldats, mais ces traces à caractère personnel représentent aussi bien des soldats français que des soldats allemands ; on découvre entre autres, lors de notre première exploration, une magnifique tête de soldat allemand équipée d’un casque à pointe, gravée sur la paroi, malheureusement totalement dégradée.
Ces traces datant des premiers mois de guerre, il est possible que durant l’année 1915, avec l’enlisement de la guerre de position, les représentations d’Allemands dans cette galerie ne fussent plus vraiment appréciées par les troupes françaises qui voyaient leurs camarades tomber au fur et à mesure…

Deux portraits de Zouaves, dont une superbe réalisée au fusain à 5 mètres de l’entrée, sont sûrement l’œuvre d’un ou de plusieurs soldats de cette unité d’élite, et plus particulièrement du deuxième régiment qui occupe le secteur du puits N°VI entre octobre 1914 et juillet 1915.
D’autres portraits exécutés dans cette petite galerie représentent des soldats français, des femmes, mais aussi des soldats allemands ; d’après l’équipement de ces derniers, il s’agit de soldats de 1914 ou début 1915, ce qui correspond à la construction et à l’utilisation active de ce puits de mines.
Nous développerons la présence du deuxième Zouaves sur ce secteur précis dans un article complet disponible prochainement sur tous nos supports médias.
Soulignons qu’un grand nombre de traces personnelles répertoriées sont à caractère sexuel ; de nombreux sexes masculins sont gravés sur les parois ainsi que différentes mises en scène à caractère érotique…
(Peut-être est-ce la raison pour laquelle certains d’entre nous ont passé plusieurs heures dans cette galerie ? À ce jour, cette question reste toujours sans réponse !) 😉

Si l’on cumule les traces personnelles et les traces techniques inventoriées par l’ASAPE 14-18 dans la galerie d’attaque de ce puits, le total se monte à un minimum de 44 traces rupestres.
Cela fait environ 3 traces par mètre parcouru !!!
À ce jour, la galerie d’attaque du puits N°VI est donc l’ouvrage souterrain présentant la plus grande densité de témoignages rupestres laissés par les soldats français de la Grande Guerre dans un ouvrage de mines du secteur de l’Oise.
Pour rappel, le puits N°VII présente 78 mètres de cheminement pour un total de 84 traces inventoriées, soit une trace par mètre parcouru ; le réseau des puits N°V et Va, avec ses 171 mètres de cheminement, comptabilise quant à lui 158 traces, soit un peu moins d’une trace par mètre.

Poursuivons l’exploration de la galerie du puits N°VI avec la découverte de quelques vestiges, notamment un petit sceau ; à ce jour, nous n’avons pas trouvé de référence dans les différents manuels sur la fonction de cet objet.
Vous pouvez nous aider dans ces recherches en envoyant un email directement à l’adresse suivante : asape1418@gmail.com.
Une cartouche de Mauser 7,92 mm est également découverte dans la galerie. Cette munition allemande dans un ouvrage français n’est pas sans rappeler les nombreuses munitions 7,92 mm ainsi que le chargeur de P08 découverts quelques années auparavant dans le puits Va. Cependant, ici, dans le puits N°VI, pas de « stand de tir improvisé » après-guerre… Cette munition a dû être déposée là après-guerre et avant la fermeture définitive de l’ouvrage.

Au fond de la galerie, le front de taille s’arrête net, sa partie gauche n’étant même pas finie d’être abattue par les sapeurs-mineurs, signe que l’arrêt des travaux fut brutal en mars 1915.
D’après nos informations, les sapeurs-mineurs du génie de la compagnie 19/1 furent remplacés à la mi-mars 1915 par ceux du génie de la compagnie M7 ; ces derniers n’auraient pas travaillé bien longtemps dans cet ouvrage, peut-être quelques jours, avant de recevoir l’ordre de stopper leur tâche et d’être ensuite transférés aux travaux des puits Vbis et Vter situés tous deux à quelque 100 mètres sur la gauche du puits ; ces deux autres puits sont justement supervisés par la compagnie M7 du 4ème génie.
En date du 16 mars 1915, lorsque l’ordre est donné d’arrêter les travaux dans cet ouvrage, le sergent Combet, le caporal Audibert et le maître ouvrier Massion sont, semble-t-il, en cours de travail dans la galerie. Ces trois hommes font partie de la 6ème escouade de la compagnie M7 du 4ème génie, l’adjudant ayant sous ses ordres cette escouade coordonnait également les travaux des puits Vter et Vbis.
Ceci nous permet d’affirmer que le puits N°VI est bien sous la responsabilité de cette compagnie de sapeurs-mineurs au milieu du mois de mars 1915.

Revenons à notre exploration du dernier mètre de la galerie d’attaque.
Durant les 15 premiers mètres, le sol de la galerie était lisse et compacté et change pourtant de structure dans le dernier mètre de la galerie : il devient meuble.
Devant nous se trouve l’espace dans lequel les sapeurs-mineurs procédaient aux écoutes quotidiennes ; il est possible que la consistance meuble du sol soit liée à la présence quotidienne, durant 2 ans minimum, des écouteurs français.
On peut également avancer l’hypothèse selon laquelle un sol meuble « non compacté » diminue les bruits induits au sol ; cela était susceptible de permettre aux sapeurs-mineurs de stationner dans ce poste d’écoute sans provoquer de bruits. Rappelons que les bruits peuvent être perçus à plus de 100 mètres par l’ennemi.
Divers témoignages du secteur évoquent des postes d’écoute français recouverts de sacs en toile de jute, voire de paille, afin de limiter les bruits de pas. Si nous nous en tenons au manuel français du génie, il était pourtant formellement déconseillé d’introduire de la paille dans les galeries de mines.
Dans tous les cas, aucun vestige de paille ni même de sac en toile de jute n’est découvert au niveau du sol au poste d’écoute du puits N°VI.
Des traces de noir de fumée indiquent que plusieurs bougies sont restées allumées ici durant des heures ; cela confirme bien la présence en ce lieu de soldats occupés à leur tâche de surveillance des bruits provenant des galeries adverses.
Les hommes du génie ont pris un soin particulier à tailler et à lisser directement dans les parois de droite, de gauche ainsi que sur le front de taille, trois niches similaires en forme et taille ; elles mesurent chacune 80 sur 60 centimètres.
Quelle était la finalité de ces trois niches ?
Bien que qualifiée de « galerie d’attente », la galerie du puits N°VI n’a servi en fait qu’à effectuer des écoutes souterraines entre février 1915 et mars 1917.
Il ne peut donc s’agir que de niches destinées à poser soigneusement un géophone.
Malheureusement, comme beaucoup de documents concernant ce secteur, cette compagnie de sapeurs-mineurs et cette guerre de mines de l’Oise, les rapports d’écoutes ainsi que les plans détaillés de cette galerie ne figurent pas dans les archives de Vincennes.
Difficile donc aujourd’hui de déterminer quels bruits provenant de quelles galeries allemandes étaient perceptibles depuis le fond de la galerie du puits N°VI.

Quelques éléments ont toutefois survécu et permettent aujourd’hui de comprendre l’histoire de ce puits dans ses premiers jours d’existence.
Le 7 février 1915, alors que les sapeurs-mineurs de la compagnie 19/1 se trouvent à 4,50 mètres de profondeur, il est rapporté les bruits perçus :
« Les écoutes ont décelé un bruit de travaux venant de l’avant : pioches et perforatrices ou ventilateur. Ces bruits viendraient de la direction de l’écoute située en avant du puits 6. Ils se sont produits à partir de 1 heure du matin. L’ennemi aurait changé ses horaires de travail, auparavant il travaillait jusque minuit. »
Le 25 mars 1915, les écoutes réalisées dans le puits N°VI indiquent que les bruits perçus depuis ce poste d’écoute sont similaires à ceux constatés depuis le poste d’écoute voisin, celui du puits N°Vbis. En toute logique, ces bruits paraissent plus lointains, le puits N°VI se trouvant 70 mètres à l’est et légèrement en arrière du puits N°Vbis.
Quant aux bruits entendus aux alentours de la mi-mars 1915, il s’agit très vraisemblablement des bruits provenant de la galerie allemande du « PARIS Stollen », dans laquelle les Allemands du PB9 s’activent à creuser un rameau descendant afin de contrer l’avance en cours dans le puits N°Vbis.
Durant le mois de mars 1915, plusieurs séries d’explosions souterraines sont entendues régulièrement par les écouteurs français, que ce soit depuis le puits N°VI ou depuis le puits N°Vbis ; ces séries d’explosions sont liées à la méthode allemande de travail qui consiste à « pétarder » le front de taille des galeries afin d’avancer plus rapidement.
Par chance, le « PARIS Stollen » est encore accessible de nos jours, ce qui nous a permis de repérer des trous de forage au nombre de 6 dans son front de taille et d’en déduire que les séries d’explosions perçues par les Français proviennent bien du chantier du « PARIS Stollen ».

Malgré un secteur qui est en pleine ébullition côté allemand, décision est prise de stopper l’avance du puits N°VI ; il est vrai qu’il se trouve à 125 mètres de la première ligne allemande et à 87 mètres de la tête de galerie de mines allemande la plus proche, qui est le « CARL ALEXANDER Stollen ».
Le « PARIS Stollen » ne prend d’ailleurs même pas pour cible le puits N°VI : les Allemands visent en effet l’avance du puits N°Vbis, qui est beaucoup plus menaçante.
Rappelons que des travaux de mines peuvent être perçus par l’ennemi à une distance de 80 mètres, voire 100 mètres dans certaines conditions favorables ; c’est ce que notre étude a révélé en 2022 à l’aide d’ingénieurs du son.
🌐 Retrouver cette étude à cette adresse : https://www.asape1418.fr/post/les-écoutes-souterraines-du-puits-n-7
Soulignons que nous avons effectué ces mesures sans aucun bruit de surface, sans explosions ni bruits de troupes dans les tranchées.
Si l’on détermine un périmètre de 100 mètres à partir du puits N°VI, nous pouvons affirmer que les bruits issus de ce chantier français sont sûrement passés inaperçus en début de chantier, au mois de février 1915, mais sont devenus « détectables » par au moins deux galeries de mines allemandes à partir de mars 1915.
Ces galeries allemandes se trouvent sur la gauche de l’attaque du puits N°VI :
« CARL ALEXANDER Stollen », distante de 96 mètres de la tête du puits ;
« PARIS Stollen », distante de 109 mètres de la tête du puits.

D’après nos topographies souterraines du secteur, une seule des deux galeries allemandes, le « CARL ALEXANDER Stollen », semble avoir adapté son cheminement pour se placer sur l’axe d’attaque de la galerie du puits N°VI, mais rien n’est réellement certain compte tenu de la distance les séparant.

Nous publierons prochainement une analyse complète du « CARL ALEXANDER Stollen ». Les traces rupestres découvertes dans cette galerie indiquent que les hommes du GR89 et du PB9 sont à l’origine du premier tracé qui se compose à l’époque d’une descenderie unique, ne prenant pas la direction du puits N°VI ; elle aurait été réalisée au cours d’une période comprise entre octobre 1914 et octobre 1915.
Ainsi, ce qui semble être un dispositif de contre-mine allemand contre le puits N°VI serait en réalité tout à fait fortuit de la part des forces allemandes.
Il est toutefois intéressant de se questionner sur la direction prise par les sapeurs-mineurs français du puits N°VI.
L’axe de progression est le plus souvent déterminé « en direction des bruits ennemis entendus ». Si l’on s’en réfère à cette règle, nous pouvons projeter l’axe de la galerie du puits N°VI en direction de la première ligne allemande afin de découvrir quelle galerie est prise pour cible.
Le résultat est sans appel : notre carte, sur laquelle sont mentionnés tous nos relevés topographiques des galeries allemandes, indique un point dans la tranchée de première ligne où aucune galerie de mines n’est référencée !

C’est d’ailleurs l’une de nos « zones blanches » et nous sommes persuadés qu’une ou plusieurs galeries allemandes restent à découvrir…
Ainsi, la projection de la galerie du puits N°VI pourrait nous donner un précieux indice sur l’emplacement d’une possible galerie de mines allemande toujours cachée à ce jour.
À l’été 2026, nous avons engagé nos moyens technologiques afin de découvrir l’ouvrage souterrain possiblement dissimulé sur une portion de 30 mètres de première ligne allemande… Deux zones retiennent désormais toute notre attention et seront étudiées lors de la saison 2027 par les membres du Staff ASAPE 14-18.
Conclusions :
Le puits N°VI, profond de 7,10 mètres depuis la surface, sera refermé après notre étude de 11 jours. Conformément au partenariat avec le propriétaire, nous ne pouvons laisser le puits ouvert en l’état. Les tôles découvertes et relevées lors des travaux d’ouverture seront réinstallées sur le cadre d’origine avant de le recouvrir de 2 mètres de remblais.
Bien entendu, toutes les coordonnées GPS sont à la disposition des professionnels de l’Histoire afin que les générations futures, si elles le souhaitent, puissent accéder à ce puits et poursuivre l’analyse avec d’autres technologies.

La majorité des vestiges découverts lors des travaux sont déposés dans le cheminement de la galerie du puits, avec une bouteille scellée contenant les noms des membres de l’ASAPE ayant participé à ce projet.
Du côté de l’inventaire des graffitis, le relevé affiche un total de 44 traces rupestres, toutes photographiées et mesurées. La topographie et la modélisation LIDAR de l’ouvrage et de son environnement de surface sont également réalisées et complètent ainsi notre modèle numérique du secteur.
À notre niveau, nos objectifs sont remplis et tous ces éléments sont à la disposition du public dans le présent article.
Ces 11 jours sur le site ont permis également de faire de très belles découvertes. L’une d’entre elles en particulier est sans doute, d’un point de vue historique, la plus importante depuis la création de l’ASAPE 14-18…
Pour cette découverte EXCEPTIONNELLE, il vous faudra attendre 2028, le temps d’analyser ce nouvel ouvrage souterrain complexe découvert… 😜
ENVIE DE NOUS REJOINDRE POUR LA SAISON SAISON 2027 ?
Rendez-vous dans la rubrique "Adhérer" de ce site....
L'équipe ASAPE 14-18






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