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Oubliés depuis 1918, l’ASAPE 14-18 découvre les puits de mines français « V » et « Va » dans le sous-sol de l’Oise.


Après plusieurs mois d’étude, l’ASAPE 14-18 partage aujourd’hui le récit de sa dernière découverte historique :  la découverte et l’exploration des puits de mines français numérotés « » et « Va ».

Jonction entre le "rameau de droite" du PUITS V et sa "galerie enveloppe droite"
Jonction entre le "rameau de droite" du PUITS V et sa "galerie enveloppe droite"

Oubliés depuis leurs fermetures en 1919, ces deux ouvrages témoins de la guerre de mines de l’Oise sont restés intacts et inexplorés depuis cette date. Ce fut donc une première - 107 ans après la fin des conflits - de pénétrer dans ces ouvrages dans lesquels le temps semble s’être figé, le jour où les soldats ont quitté les lieux.


Au fond d‘un puits d’accès profond de plus de 11m se développent - dans la strate calcaire de l’Oise - 171 mètres de cheminement de galeries, toutes parfaitement conservées.

Les parois de ces galeries témoignent de l’occupation des lieux entre le 24 Février 1915 et le 10 Août 1918 avec de nombreuses traces crayonnées ici et là, laissées par ces soldats. Ces témoignages rupestres sont tous dans un état de conservation remarquable.  Au total, l’équipe ASAPE 14-18 va faire l’inventaire de 158 traces rupestres.


Ce sont des témoignages exceptionnels de ceux qui ont combattu pour la France, contre un ennemi invisible, sous terre, dans cette guerre des nerfs qu’est la guerre de mines.

 

Affaissement donnant accés au PUITS V
Affaissement donnant accés au PUITS V

A la sortie de la période hivernale, l’équipe ASAPE organise - comme à son habitude - une journée d’étude sur l’une de nos parcelles partenaires. Il s’agit d’un ancien champ de bataille aujourd’hui rendu à la végétation et partiellement préservé.   

C’est le moment de faire les constations des éventuels dégâts des tempêtes hivernales.

Cette année, les Hauts-de-France n’ont pas été épargnés et une grande quantité d’arbres sont au sol. Les bûcherons s’activent d’ailleurs pour débarder toutes les grumes avant qu’elles ne pourrissent sur le sol. Les traces de ces engins nous permettent de se frayer des passages dans les ronciers, normalement inaccessibles.





C’est en suivant une des pistes laissées par ces engins de débardage qu’une des équipes de prospection remarque que les roues de ces machines ont dégagé un petit accès sous un arbre déraciné.


Un appel au talkie-walkie - à nos 4 équipes de prospection du jour - les fait tous converger très rapidement sur ce site afin de lever le doute sur ce qui n’est - pour le moment – qu’un simple trou pas plus grand qu’un terrier de renard.

Quinze minutes plus tard, l’un de nos membres passe sa tête dans l’affaissement pour en déterminer l’origine et… « C’EST UN PUITS ! »

Depuis la surface, il est déja possible d'appercevoir la structure du PUITS V mesurant 11m30
Depuis la surface, il est déja possible d'appercevoir la structure du PUITS V mesurant 11m30

Cela ne fait aucun doute pour les membres de l’ASAPE 14-18 qui successivement regardent dans ce petit espace et y découvrent ce qui s’y trouve.

Il s’agit d’un puits de mines !  La présence d’une gaine de ventilation - encore fixée sur sa paroi de droite – confirme déjà qu’il s’agit bel et bien d’un ouvrage de mines français relatif à la guerre souterraine du secteur.   


D’après les coordonnées GPS superposées à un canevas de tir de l’époque (carte militaire d’Etat-Major), nous sommes - selon toute vraisemblance - devant l’emplacement du puits, numéroté « V » (5) -.

D’après les documents d’archives, les soldats français ont atteint ici la profondeur de 11m30 -au soir du 24 février 1915 avant   d’ouvrir au fond, une galerie de mine partant vers le no man’s land.  

Plan du PUITS V dressé le 28 janvier 1916
Plan du PUITS V dressé le 28 janvier 1916

Ce puits (de mines) mesure 1m30 sur 1m30. Considérant ces dimensions, c’est ce que le service du Génie français appelle dans son manuel, un « grand puits ». L’Équipe ASAPE 14-18 en reste là pour cette journée et constitue un comité de pilotage pour ce projet.

Durant ce temps, toutes les données historiques (Récits, témoignages, documents techniques, cartes allemandes et françaises) sont compilées sur notre serveur.  




Un de nos membres se rend au Service Historique de la Défense à Vincennes où sont entreposées les archives militaires françaises et il retrouve le plan d’origine du puits V. 


C’est ainsi que nous comprenons que le puits V - découvert fortuitement par l’ASAPE 14-18 - est connecté en souterrain à un autre ouvrage français se situant à environ 75m plus à droite : Il s’agit de la galerie Va !

 

Le comité de pilotage du projet évoque alors l’idée d’entrer dans ce réseau via la galerie Va qui - comme son nom l’indique donne accès au souterrain par le biais d’une galerie et non d’un puits. Techniquement c’est beaucoup moins contraignant pour notre équipe…

 

Nous planifions un survol avec un drone équipé d’une caméra L.I.D.A.R afin d’avoir une carte de la surface précise de l’ordre du centimètre. Cette mission va permettre de cartographier une zone prédéfinie de 300m sur 300m, comprenant les lignes allemandes, les lignes françaises, le site du puits V et éventuellement, un affaissement de terrain dans la zone de la galerie Va.

Imagerie L.I.D.A.R (Asape14-18 / Dronereco) du secteur des PUITS V et Va [2024]
Imagerie L.I.D.A.R (Asape14-18 / Dronereco) du secteur des PUITS V et Va [2024]

Malheureusement, que ce soit sur cette carte L.I.D.A.R ou lors de la prospection terrain, le lieu d’entrée de la galerie Va est totalement « marmité » par les impacts de l’artillerie de tranchée allemande. Il est donc impossible de trouver l’entrée de cette galerie dans la zone de 10x10m délimitée pour ces recherches.

Il est totalement proscrit de mettre le moindre coup de pelle en surface ici – sur ce champ de bataille - pour trouver cette entrée.

Décision est donc prise d’engager le STAFF ASAPE 14-18 sur le puits V et pour une première phase de 3 jours.

 

Cette première phase consistera à : 

1.     Sécuriser l’accès jusqu’à ce puits pour notre équipe et sa logistique.

2.     Établir une plateforme pour fixer solidement notre structure permettant l’accès de notre STAFF au fond du puits.

3.     Effectuer une première exploration.


1° PHASE :


A-LES TRAVAUX


L’équipe terrain ASAPE est composée pour cette occasion de 29 membres, regroupés en deux équipes qui vont se relayer sur ces trois jours.

Préalablement à l’arrivée de ces équipes, le camp de base est installé pour la conduite des travaux.  Le camp va également servir à ceux qui vont cantonner sur place la nuit pour effectuer la surveillance du site et éviter tout accident.

 

De prime abord, on pourrait croire que le puits V se trouve en plein « no man’s land » mais les cartes d’époque - corroborées par notre modèle numérique de terrain issu du vol L.I.D.A.R, -indiquent que le puits V est établi dans un boyau menant au petit poste avancé français. La première ligne française (celle qui va être appelée par la suite « doublure ») se trouve à 53m en arrière de la « bouche » du puits V. 

La première ligne allemande se trouve- quant à elle - 142 m devant.

La logistique ASAPE 14-18 s’installe sur le site du puits V et le dégagement des abords du puits est effectué afin de sécuriser l’environnement.   

Une première descente de contrôle est effectuée afin de s’assurer de la stabilité de la roche. Les conclusions sont que la strate calcaire porteuse de l’Oise assure toujours - 107 ans plus tard- la stabilité du puits et cela sans aucun signe de fragilité. 

La conduite d’aérage est bien fixée sur la partie droite du puits. Les vestiges de l’échelle d’origine sont toujours en place, fixés sur la paroi opposée à la conduite d’aérage. Il s’agissait d’une échelle de fortune réalisée à partir de câbles de fer. 

 

Sur les parois de droite et de gauche, des niches sont creusées afin que les soldats puissent caler leurs pieds lors des descentes ou des remontées.

 


Dans le cas de la découverte d’un précédent puits en 2022 (le PUITS VII), nous avions également découvert ces mêmes niches ainsi qu’une échelle identique. Toutefois, cette dernière était écrasée au fond du puits.


Dans le cas de Puits V, l’échelle est toujours intacte et en place.

Il est 11h00, il est temps de débuter. L’équipe va se relayer pour sécuriser l’accès durant 8heures sans interruption.  

Aucun vestige (outils) - ni même le moindre étui de cartouche - n’a été découvert lors de cette phase de travaux.

Lors de la découverte du puits précédent (Le puits VII), nous avions – lors des travaux de désobstruction - découvert tous les outils inhérents au travail des sapeurs/mineurs (Pelles, pioches, barres à mines, le treuil, le crochet du puits et même une lampe de mineur encore sur son support).

Ici dans le cas du puits V, il est totalement vide de tout vestige.  


Vers 18h00, Le binôme en place atteint la profondeur des -10m. La hauteur du puits - vue d’en bas - est vertigineuse. La conduite d’aérage est toujours en place ainsi que l’échelle découverte 5m plus haut.

Vers 19h00, le binôme informe l’équipe en surface qu’une odeur suspecte apparaît. C’est une odeur spécifique des lieux souterrains fermés. C’est enfin le signe que nous approchons d’un milieu confiné depuis plus de 100ans…

 

NOUS Y SOMMES !

 

L’entrée de la galerie est désormais débouchée. La conduite d’aérage que nous suivions depuis le haut du puits présente un coude à 90° afin de poursuivre son cheminement dans la galerie du puits V. 


Première image de l'intérieur de la galerie du PUITS V
Première image de l'intérieur de la galerie du PUITS V

Pour le STAFF ASAPE 14-18, Il va falloir désormais attendre et procéder à la ventilation de l’ouvrage durant la nuit. L’atmosphère doit être entièrement renouvelée.

La première équipe d’exploration est prévue pour le lendemain. 

Avant de remonter, le binôme prend les premières images de la galerie du puits V depuis le bas du puits. Ces premières photos montrent une pièce partiellement comblée avec un départ de galerie dans le prolongement de l’axe du puits V.  Tout est donc prometteur pour l’exploration du lendemain.


B-  LA PREMIERE EXPLORATION

Cette deuxième phase consiste à :

1.     Effectuer une première exploration en toute sécurité.

2.     S’assurer de l’intégrité de l’ouvrage pour le reste de l’équipe.

3.     Prendre des mesures du taux d’oxygène tous les 25m.

4.     Capter une vidéo d’exploration afin de garder en mémoire l’état initial de découverte de l’ouvrage.

 

Puits de 11m30 donnant accés à la galerie du PUITS V
Puits de 11m30 donnant accés à la galerie du PUITS V

La galerie est ventilée toute la nuit. C’est le moment d’effectuer une première exploration de cet ouvrage qui n’a pas vu la lumière et un être humain depuis la fin du premier conflit mondial.

Pour cette première exploration, nous composerons une équipe composée de 3 membres au lieu de 2 habituellement. L’ouvrage souterrain est - d’après les cartes -relativement vaste. Il faut donc - si nécessaire - effectuer des relais.  Un autre groupe se tient prêt à intervenir - en cas de nécessité -.








L’équipe d’exploration se trouve en bas du puits de 11m30 et se glisse dans la galerie qui prend naissance en bas. Ce puits fut construit entre le 03 et le 24 Février 1915 par différentes équipes du génie notamment la Compagnie 19/1 et la Compagnie M7. 

Nous entrons dans la galerie et après 1m, nous débouchons dans une pièce mesurant 2m50 de largeur sur 3m50 de longueur.


Logement de mineurs du PUITS V (image issue de la numèrision 3D)
Logement de mineurs du PUITS V (image issue de la numèrision 3D)

Toute la partie gauche est comblée avec des rejets de craie liés à la construction. Nous retrouvons des vestiges de toile de jute. Ce qui pourrait indiquer que ces débris étaient- à l’origine- entreposés en sacs. Quelques vestiges se trouvent au-dessus de ce tas, (supports en fer et conduites d’aérage découpées).  

Il s’agit ici d’un logement de mineurs - une pièce spécifique aux ouvrages de mines où sont entreposés les matériaux de construction. Cet espace peut aussi servir à ranger le matériel de secours.




Ce logement de mineurs a ici plutôt servi de lieu de stockage afin d’entreposer les déblais liés à la construction d’une partie de la galerie du puits V. La présence de sacs en toile de jute peut indiquer que ces déblais étaient jadis mis en sacs afin d’effectuer un bourrage en arrière d’une chambre d’explosion (de mines).


Notons que le plan d’origine en notre possession ne faisait pas mention de ce logement de mineurs dans les premiers mètres de la galerie du puits V.   

Dans cette pièce se trouvent les premières traces rupestres. Elles sont essentiellement techniques avec les métrages « 2 » - « 3 » et « 4 », indiquant la distance de cheminement de la galerie depuis le bas du puits.

A l’opposé du puits et à l’autre bout de ce logement de mineurs s’ouvre la galerie de mine à proprement parlé.


Nous la nommons « Attaque V ». Cette galerie est élaborée en bas du puits, à partir du 24 Février 1915, par la Compagnie M7 du 4ème Génie

Elle est parfaitement taillée à la pioche sur toute les parois et mesure 1m40 de hauteur sur 1m de largeur.  Étant donné ses dimensions, il s’agit – d’après le manuel du Génie - d’une « demi-galerie ». Cette galerie est totalement intacte et le sol est comme nettoyé ! Il n’y a rien qui traîne. Pas un caillou !

Galerie principale du PUITS V
Galerie principale du PUITS V

La conduite d’aérage que nous avons découverte dans le puits se poursuit dans cette galerie, fixée solidement sur la partie haute et à droite.

C’est également sur cette paroi de droite qu’est notée - à chaque mètre - la distance parcourue depuis le bas du puits. Elles sont inscrites au fusain sur un support lissé.

 




A 17m de cheminement se trouve une niche pour matériel creusée dans la paroi de droite. Elle est vide et seuls, des vestiges boisés, laissent supposer qu’une caisse devait s’y trouver, il y a maintenant plus de 100ans.

Les traces de métrages s’enchaînent sur la paroi de droite jusqu’à la distance de 29m où une trace rupestre plus imposante s’offre à nous : « Courage, nous les auront 1916 ». Il s’agit ici d’une référence à l’ordre du Général PETAIN sur le front de Verdun qui conclut son célèbre ordre du jour du 10 Avril 1916 par « Courage, on les aura ».

Trace rupestre "Courage nous les auront 1916" laisé par le Sapeur/Mineur MOLIEX
Trace rupestre "Courage nous les auront 1916" laisé par le Sapeur/Mineur MOLIEX

Cette trace, avec sa faute d’orthographe « nous les auron» est écrite à l’encre violette sur la paroi de la galerie principale du puits V en 1916 très probablement après Avril 1916 par le Sapeur/Mineur « MOLIEX » du 4ème Génie de la Compagnie M7.  Son patronyme ayant été retrouvé en bas de cette trace rupestre.


Grenades suffocantes Mlle 1914
Grenades suffocantes Mlle 1914

L’équipe poursuit son exploration pour atteindre les 37m de galerie.  Sur la gauche, une petite niche creusée dans la paroi contient encore deux grenades de type suffocantes modèle 1914. Il s’agit ici de grenades remplies de liquide lacrymogène ( Ether bromacétique ou chloracétone).  Au-dessus de cette niche, une trace indique « ARTIFICES ».  Il s’agit ici d’un espace de stockage règlementaire pour faire face à une éventuelle incursion souterraine de la part des Allemands.

 

Dans un tel cas : le combat se déroulera alors au corps à corps et il est recommandé de garder quelques grenades suffocantes à portée de main, à des endroits stratégiques (Ici, à proximité immédiate d’une intersection de galeries) afin de refouler l’ennemi hors de la galerie.  

Jonctions d'aerage entre la galerie principale du PUITS V et ses rameaux de gauche et droite.
Jonctions d'aerage entre la galerie principale du PUITS V et ses rameaux de gauche et droite.

A 38m de cheminement s’ouvre une intersection dite en « V ». Elle donne naissance à deux galeries, une à droite et une à gauche.  Les conduites d’aérage sont désormais fixées au plafond et sont soigneusement soudées entre elles afin de les alimenter en air.

D’après les rapports français du Génie en notre possession, les sapeurs /mineurs de la compagnie M7 sont arrivés à ce point des travaux le 28 Mars 1915.

 

A cette intersection, de nombreux patronymes sont gravés dans la roche. Les plus distincts sont deux graffitis datant du 04 Août 1918 - soit bien après la Guerre de Mines du secteur (1914-1917) -.





Ils sont laissés par les soldats LAMOUREUX et JIQUELLE du 10 RI.

Ils sont alors en position en surface et tentent d’enrayer l’avancée allemande liée à l’offensive du Printemps 1918.  Ces hommes d’infanterie cantonnent en surface et profitent d’un moment de calme pour « visiter » les ouvrages souterrains que leurs camarades du 4ème Génie ont élaborés 2 ans plus tôt.

Traces rupestres des soldats LAMOUREUX et JIQUELLE du 10Ri  - (04 Aout 1918)
Traces rupestres des soldats LAMOUREUX et JIQUELLE du 10Ri - (04 Aout 1918)

Revenons à l’exploration : Les relevés d’oxygène sont plus que convenables (19.2% au lieu de 20.9% d’O2). L’équipe poursuit donc son cheminement dans la galerie de gauche indiquée comme « galerie Pv-gauche ».

Une nouvelle fois, c’est sur la paroi de droite de cette nouvelle galerie que les traces rupestres techniques vont être inscrites, soit au fusain soit à l’encre violette et cela, à chaque mètre.

Cette fois ci, elles prennent en compte la distance depuis l’intersection précédente et non plus depuis le bas du puits.

 

Cette galerie avance toujours avec des dimensions qui correspondent au standard d’une « demi galerie » (1m40 de hauteur sur 0.80 de large) sur une distance de 9m.   L’équipe d’exploration constate que les parois deviennent de plus en plus noircies. Elles sont comme - recouvertes par une poudre - que nous identifions (à l’odeur) comme de la poudre noire.

 

A 10m, s’ouvre « en équerre » (à 90°) une nouvelle galerie sur la gauche. Nous la nommons « galerie enveloppe V – gauche ». Devant nous se poursuit la « galerie V - gauche » sur quelques mètres, avant de se trouver totalement bouchée par des rejets de craie.

 

Seul, un espace de 15cm sur le haut permet de voir qu’elle se poursuit vers l’avant sur plusieurs mètres.  L’Equipe d’exploration arrive à pénétrer en rampant sur… de 2m et observe une trace rupestre laissée à l’encre violette sur la paroi de gauche indiquant : « FIN DE BOURRAGE ».

Trace rupestre "Fin de bourrage"
Trace rupestre "Fin de bourrage"

Nous nous trouvons donc en « queue de bourrage ». Par la suite, nous découvrirons – d’après des documents d’archives - que cette galerie obstruée, possèdes-en son extrémité- une chambre d’explosion, chargée de 800kgs de poudre noire…

 Les travaux sont arrêtés une première fois le 02 Juillet 1915 au bout de 20m. 

 

Néanmoins, rien n’explique -au stade de cette première exploration - pourquoi les parois sont très légèrement brûlées et recouvertes de cette poudre noire elle-même partiellement brûlée.

Notons que les conduits d’aérage ont été enlevés dans cette galerie qui semble chargée d’explosifs. 




Coude à 90° pour l'aerage de la "galerie enveloppe Gauche" du "rameau de gauche" du PUITS V
Coude à 90° pour l'aerage de la "galerie enveloppe Gauche" du "rameau de gauche" du PUITS V

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Ils vont être réinstallés dans la nouvelle galerie qui s’ouvre à l’équerre : la galerie enveloppe V –  gauche. Ce détail indique que la construction de cette galerie se fait dans un second temps (Après la fin de l’été 1915)


Dans cette nouvelle galerie et après avoir progressé de 3m50, une marche taillée dans le sol réduit la hauteur de la galerie à 1.20 (initialement, la galerie mesurait 1.40 de hauteur).

La conduite d’aérage est arrêtée à 8m mais la galerie se poursuit sur un total de 12m. En son extrémité le front de taille est parfaitement finalisé à la pioche. Cela sous-entend que les Français n’ont pas souhaité poursuivre au-delà de ces 12m dans cette galerie enveloppe V – gauche. 


Le patronyme « MOLIEX » - sapeur mineur de la Compagnie M7 du 47ème Génie est encore retrouvé au fond de cette galerie. Nous supposons que ce soldat était au service des écoutes de cette compagnie. Ceci expliquerait pourquoi son patronyme est découvert en extrémité de diverses galeries. Nous avions d’ailleurs déjà retrouvé son nom dans la galerie de mine du puits VII, en 2022.


Trace technique du Génie - plafond de la galerie enveloppe gauche.
Trace technique du Génie - plafond de la galerie enveloppe gauche.

Notons qu’au plafond, une grande ligne laissée au noir de fumée, commençant par un point entouré d’un cercle et se terminant par une flèche et les lettres « RP » sont bien visibles. Nous retrouvons ces types de marquages – au plafond - comme indications de direction à prendre lors des travaux de construction.  Ce fut également le cas dans le puits VII 

Un peu avant ce front de taille, nous découvrons une trace rupestre sur une paroi qui se trouve être une consigne laissée par un officier du Génie. Malheureusement, seuls quelques mots sont aujourd’hui déchiffrables « Le commencement…levée de la garde… ».

L’équipe ASAPE 14-18 revient sur ses pas jusqu’à la première intersection située au bout du cheminement de 38m de la galerie principale (l’Attaque).



Après avoir exploré la partie se situant vers la gauche, il est temps désormais d’explorer la galerie partant sur la droite : la « galerie V-droite ».

Elle chemine sur 13m, toujours avec - sur sa paroi de droite - tous les mètres - une trace rupestre indiquant la distance parcourue depuis l’intersection précédente. En hauteur sur la droite se poursuit toujours la gaine d’aérage qui reste donc – ininterrompue - depuis sa découverte dans le puits d’accès…

 

Au bout de 15m, un rameau s’ouvre « à l’équerre » sur la gauche.  Ce rameau est ouvert par les hommes de la compagnie M7 le 12 Juillet 1915.

En effet, depuis maintenant 10 Jours, les sapeurs/mineurs travaillant en ce point signalent des bruits de construction provenant d’une galerie allemande, qui semble se rapprocher. 

Ordre est donné d’ouvrir ce rameau en direction des bruits entendus. Le 16 Août 1915, il est procédé au chargement de ce rameau avec 500Kg de cheddite. 

Rameau de droite du PUITS V
Rameau de droite du PUITS V


110 ans après ce chargement d’explosifs, notre équipe d’exploration repère immédiatement l’odeur typique de la « cheddite » lorsqu’elle passe devant l’entrée de ce rameau.

Nous avions pris en compte ce risque lors du briefing. Toutefois, l’odeur étant assez forte (lors de cette première exploration), il est légitime de se demander si ce fourneau a réellement explosé comme l’indique un rapport français de février 1917…

Ce rameau est totalement rempli de sacs de bourrage (remblais en sacs de toile de jute) du sol au plafond.






Il est donc impossible d’estimer la distance qui sépare cette « queue de bourrage » de la chambre d’explosion. Toutefois, si l’on prend en considération la profondeur de la chambre (11m30) et la quantité d’explosifs (500Kgs), nous estimons à environ 10m la longueur nécessaire de bourrage.

Fourneau de 500kg de cheedire du rameau de droite du PUITS V
Fourneau de 500kg de cheedire du rameau de droite du PUITS V

Nous laissons ce rameau et poursuivons notre exploration dans la galerie « Pv- droite»D’après les constatations terrain, tout démontre que les travaux de construction ont marqué ici une pause - sûrement à l’été 1915 - après la détection de ces bruits souterrains ennemis.  


La galerie se poursuit lors d’une deuxième phase de construction, très probablement lors du dernier trimestre 1915. Il est alors question pour le génie français de rester sur la défensive et de concevoir une galerie transversale (galerie enveloppe) qui reliera la galerie « Pv- droite » aux systèmes de galeries des puits V.Ter et V.Bis.



Sur le papier, le cheminement envisagé pour ce projet aurait été d’environ 206m... Toutefois, l’idée est abandonnée rapidement. En effet, l’un des débouchés prévus (Le puits Vter), situé à 128m est constamment bombardé par les Allemands et une guerre de mines active s’y déroule entre pionniers allemands et sapeurs français.


Le Génie français décide donc -en cette fin d’année 1915 - d’ouvrir un nouveau réseau souterrain : La galerie Va qui est mise en chantier le 05 Janvier 1916.

Le 11 décembre 1915, les travaux sont bien en cours pour prolonger la galerie « Pv- droite» Elle a pour vocation de rejoindre le nouveau réseau en préparation : « La Galerie V.a » 

Ce nouveau cheminement est strictement défensif. Il n’est pas question de prendre la direction du no man’s land mais plutôt de cheminer parallèlement à la première ligne française afin de concevoir une « barrière souterraine » aux alentours de -11/-12m de profondeur afin de contrer toutes les tentatives d’incursions allemandes. Cette nouvelle galerie en cours depuis la galerie Pv droite portera le nom de « galerie Pv-enveloppe droite » .

Nous découvrons cette structure lors de la première exploration.

 

Elle débute par un cheminement d’une longueur de 5m en amorçant une courbe vers la droite. (Elle se rabat donc sur la première ligne française) La conduite d’aérage est - en ce point - démontée et entreposée au sol sur ces quelques mètres.

Dans le même temps, nous notons que le métrage - toujours écrit au fusain ou à l’encre violette sur la paroi de droite - indique désormais la distance parcourue depuis le rameau de gauche donnant sur le fourneau des 500kgs de cheddite. Ces nouvelles traces rupestres confirment donc une construction en deux temps de ce système.

Jonction "Rameau de droite" et "galerie enveloppe droite" du PUITS V - Vestige de la porte anti-gaz.
Jonction "Rameau de droite" et "galerie enveloppe droite" du PUITS V - Vestige de la porte anti-gaz.

A 5m de ce nouveau cheminement, nous découvrons l’emplacement d’une porte anti-gaz.

C’est une découverte historique exceptionnelle car aucun membre du staff ASAPE n’avait encore jamais vu cela - que ce soit dans les manuels militaires ou bien même en photo sur d’autres parties du front !

L’encadrement de cette porte est taillé dans la roche et des vestiges du cadre en bois sont toujours visibles à certains endroits. (On devine l’existence du cadre en bois) Au sol, des débris de bois laissent à penser que la porte s’est décomposée depuis 100 ans...

Cette porte avait pour vocation d’éviter la propagation des gaz dits « délétères » dans tous les réseaux. C’est un élément indispensable dans une configuration comme celle que nous rencontrons actuellement.

Souvenez-vous, quelques mètres avant, le rameau menant à la chambre d’explosion est directement connecté à cette galerie transversale… Après une explosion, les gaz auraient donc envahi tout le réseau. Il faut donc isoler hermétiquement « un tronçon » afin de les contenir.

Cette porte confirme bien que nous sommes désormais dans la galerie transversale (aussi appelée galerie enveloppe) reliant le réseau droit du puits V au réseau gauche de la galerie Va!

Passés les vestiges de cette porte, la galerie reprend de la hauteur, nous sommes aux environs d’1m50 pour 1m de largeur. Les conduites d’aérage reprennent leur place initiale, sur leurs supports, le long de la paroi de droite et en hauteur.  Un tronçon des conduits d’aérage est entreposé (proprement) au-dessus de ceux déjà en place et cela, immédiatement après la porte anti-gaz.

 

Conduite d'aerage démontée pour fermer la porte anti-gaz.
Conduite d'aerage démontée pour fermer la porte anti-gaz.


Nous en déduisons que le système d’aérage au sol aperçu auparavant n’est pas le fruit du hasard… Le système a ici été démonté volontairement afin que la porte puisse fermer hermétiquement…

La galerie se poursuit et devient un véritable « boulevard » où progressivement, l’équipe d’exploration commence à se redresser.  Après 23 m de cheminement, la galerie amorce une courbe vers la gauche et la hauteur augmente. Aux environs de 27m, nous pouvons désormais tenir debout et la galerie mesure en ce point 1m90 de hauteur.







Elle devient donc une galerie « majeure » sur cette portion de quelques mètres.

Au plafond, nous observons les inscriptions « classiques » laissées au noir de fumée par les officiers du Génie, en guise de consignes de direction pour les équipes affectées au creusement.  

 

Il s’agit d’une ligne continue avec, au départ, un point entouré d’un cercle suivi d’une ligne droite et terminée par une flèche. C’est la direction à prendre pour les sapeurs/mineurs afin de poursuivre le chantier.

Les lettres « R.P » sont laissées en bout de flèche.

  « R.P » peut vouloir dire « rameau principal » ou « rameau du puits ». Nous n’avons aucune information sur cette nomenclature propre au service du Génie que nous pourrions retrouver dans les ouvrages souterrains français du secteur.

Arrivés au front de taille, les lettres « R.A » sont inscrites au plafond. Cela peut vouloir dire « rameau A » (celui provenant de la galerie Va).

A 29m, la galerie est stoppée nette dans son avance. S’ouvre alors « à l’équerre » et sur la droite, un accès descendant possédant une série de 4 marches taillées dans la masse. Sur le plafond de cette petite descente est indiquée, au noir de fumée « 26 Juin 1916 ».

Cette date indiquée est celle où les équipes de sapeurs - provenant chacune de leur chantier - se sont rencontrées afin de procéder à la rencontre de ces galeries.  


Nous sommes au point de jonction entre le réseau du puits V et le réseau de la galerie Va !

Si nous devons schématiser cette jonction souterraine, elle décrit un « Z », conséquence directe de l’erreur de calcul pour le point de liaison qui se trouve à -12m sous terre.


Escalier de jonction entre la "galerie enveloppe droite" du PUITS V et la "galerie enveloppe gauche" du PUITS Va
Escalier de jonction entre la "galerie enveloppe droite" du PUITS V et la "galerie enveloppe gauche" du PUITS Va

D’ailleurs, depuis le bas du puits V et ce, jusqu’à cette jonction, nous avons toujours cheminé en plan horizontal entre 11m30 et 12m de profondeur. 

Modélisation numérique du réseau "V-Va"
Modélisation numérique du réseau "V-Va"

Trace rupestre "26 Juin 1916" indiquant la date de jonction des deux galeries.
Trace rupestre "26 Juin 1916" indiquant la date de jonction des deux galeries.

Ce retour en équerre et ces quelques marches sont conçus pour rejoindre les travaux de l’autre équipe de sapeurs qui ont commis une « erreur de calcul » dans leur trajectoire.  D’abord, latéralement, avec une déviation de plus d’1m80 et également en profondeur avec une différence entre les deux cheminements frôlant 1m40. 

Dans les marches est indiqué - en lettres romaines - « XXV-VI-XVI ».  Cela pourrait sous-entendre que l’équipe de creusement provenant de la galerie Va est arrivée au point de rencontre avec un jour d’avance sur l’équipe du puits V. 







Après ces quelques marches qui marquent la jonction du 25 ou 26 Juin 1916 entre ces deux réseaux souterrains, nous pénétrons désormais dans le cheminement en provenance de la galerie Va. 


Tout comme le tronçon précédent, il s’agit ici d’une galerie dite « enveloppe ». Elle chemine parallèlement aux tranchées et non pas en direction des lignes allemandes.

Elle porte le nom de « galerie Pva - enveloppe gauche » 


Dans cette nouvelle galerie, les dimensions redeviennent celles d’une demi- galerie (1m30 de hauteur sur 1m de largeur). A la différence du réseau précédent - ici dans la galerie Va - les débris liés à la construction sont encore bien visibles. Ces derniers sont stockés sur les côtés au sol, alignés sur la paroi de droite. Ils devaient être contenus en 1916 dans des sacs en toile de jute qui ont aujourd’hui disparu.

Vestiges des sacs en toiles contenant les remblais dans la galerie Va.
Vestiges des sacs en toiles contenant les remblais dans la galerie Va.

La galerie amorce alors une forte pente remontante. La topographie révèlera par la suite que le niveau de cette galerie passe de -12m (à la jonction) à -6m en à peine 20m de cheminement. Cela représente une pente de 30%. Nous constatons différents rattrapages de direction afin de rejoindre le point de jonction.

L’équipe ASAPE poursuit sa remontée…


Désormais, les vestiges des sacs de remblais toujours alignés sur le côté droit sont comme « fossilisés ». Ce qui permet de voir l’alignement d’origine.  La toile de jute a disparu mais le contenu des sacs est toujours figé sur place depuis le premier trimestre 1916.

 

Les traces rupestres sont moins nombreuses dans cette partie. Nous n’en dénombrons que 4. Les deux premières sont d’ordre technique « 14 » et « 2 ». Elles indiquent les mètres parcourus. La troisième indique la date du « 12 Mai 1916 ». Elle est laissée sur cette paroi au moment où l’équipe de sapeurs travaille au creusement afin d’effectuer plus loin la jonction.

Enfin, la dernière fait sourire toute l’équipe de cette première exploration et, plus globalement, tout le Staff ASAPE 14-18 engagé sur ce chantier…


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Il s’agit de deux patronymes bien connus de notre équipe. Ceux « d’Alexandre GEOLIER » et « CATROU » qui laissent une trace de leur passage le 22 Février 1917. Nous avions déjà rencontré ces deux patronymes lors de la découverte et l’exploration du puits VII

Ce binôme de Sapeurs/Mineurs de la Compagnie M7 du 4ème Génie avait déjà laissé 7 traces lors de leur travail d’écoutes souterraines dans la galerie principale du puits VII.

Nous avions alors entamé des recherches généalogiques sur le sapeur/mineur Alexandre GEOLIER et l’équipe ASAPE 14-18 avait retrouvé son descendant habitant dans la ville d’Angers. Nous l’avions alors invité et accueilli sur le secteur afin de l’accompagner dans la galerie du puits VII pour qu’il découvre les traces de son grand- père qu’il n’avait malheureusement jamais connu.

Le descandant d'Alexandre GEOLIER dans le PUITS VII (2023).
Le descandant d'Alexandre GEOLIER dans le PUITS VII (2023).

Alors qu’il est normalement admis qu’un binôme d’écouteurs n’est en charge que d’une seule galerie de mine afin de s’habituer à son environnement sonore propre, la découverte du binôme « GEOLIER-CATROU » dans la Galerie Va, permet de revoir les procédés employés par le Génie.


Tout laisse à croire qu’un binôme d’écouteurs peut circuler d’une galerie à une autre afin d’effectuer ses missions d’écoutes souterraines. 

Enfin… fin 1916, début 1917… il en était peut-être autrement lorsque les effectifs du Génie sur le secteur étaient plus conséquents. (Avant le mois d’Août 1916)

La date du « 22 Février 1917 » est également parlante… Tout comme dans le puits VII - dans lequel Alexandre GEOLIER laisse trace de son passage jusqu’au 08 Mars 1917 – nous constatons que le service du Génie envoie toujours des hommes quotidiennement dans le puits V et la galerie Va afin d’effectuer des relevés d’écoutes sur les activités souterraines ennemies


Cette trace rupestre se situe au niveau d’un palier sur lequel se trouve un carrefour souterrain. Sur la droite- toujours en pente remontante - s’ouvre la galerie principale du réseau.

Elle doit – d’après le plan découvert à Vincennes - normalement déboucher en surface 6m au-dessus. C’est le point d’entrée du réseau et la construction débute au matin du 05 Janvier 1916 toujours par les sapeurs/mineurs de la Compagnie M7 du 4ème Génie.

Nous décidons d’explorer cette partie en premier.

 

Souvenez-vous…Nous avions évoqué l’idée de pénétrer dans ce réseau souterrain par cette galerie débouchant en surface - avant le lancement des travaux -. Malheureusement et malgré l’utilisation des technologies modernes (L.I.D.A.R), nous n’avions pas détecté d’affaissements en surface indiquant l’entrée de la galerie Va. 


La galerie s’élève passant en quelques mètres de 1.40m à 1.80m de hauteur. Dès le premier mètre, une niche est creusée et une boîte en fer y est toujours entreposée. 

Cette boîte est vide mais l’emplacement devait être analogue à celui découvert précédemment dans la galerie du puits V, à savoir une niche pour « artifices » afin de stocker quelques grenades pour faire face à une incursion ennemie dans les réseaux.

A gauche de cet emplacement pour artifices, une autre niche est creusée dans laquelle une bougie est encore présente. Elle est encore intacte et une coulure de cire est toujours en suspension, laissant l’impression à l’équipe qu’elle vient d’être soufflée quelques jours auparavant… Et pourtant, … cette bougie est dans cet état depuis 1916 !

Vestige d'une bougie dans la galerie Va
Vestige d'une bougie dans la galerie Va

Nous continuons la remontée de cette galerie et - au bout de 6.80m - la strate rocheuse change ce qui a nécessité déjà en 1916, le renfort de cette partie avec du boisage. 

Les vestiges de ces madriers se trouvent aujourd’hui au sol, sous forme de bois plus au moins décomposé-

Encore 10m et nous sommes quasiment au bout de la galerie principale. La topographie révèlera, par la suite, qu’en ce point, nous nous trouvons à -2m50.  Les nombreux insectes présents sur les parois confirment que nous sommes proches de la surface.

L’entrée est aujourd’hui bouchée (peut être avec une tôle…) et les vestiges du champ de bataille de l’époque se sont retrouvés – après-guerre - dans le cheminement de cette galerie.

C’est pour cette raison que nous découvrons dans cette partie du réseau de nombreux clips de chargeurs allemands pour « Mauser Gewerth 98 », une boite d’harmonica, des boites de cigarettes ainsi qu’une paire de brodequins français dans un état remarquable.


 

Nous revenons sur nos pas pour revenir sur le palier, à l’intersection des galeries. A gauche se trouve la galerie que nous avons empruntée et qui fait la jonction avec celle provenant du puits V. 

Accés surface de la galerie Va
Accés surface de la galerie Va

A droite s’ouvre une nouvelle galerie qui… ne devrait pas exister car mentionnée sur aucun plan… 

Nous notons tout de suite que les parois de cette galerie ne sont pas noircies comme les autres parties de ce réseau. Cela confirme qu’il s’agit de la construction la plus récente de ce réseau.

Elle est en légère pente descendante et on retrouve sur le sol quelques boîtes de conserves et surtout, un amoncellement de cartouches de Mauser Gewerth 98 ainsi qu’un chargeur vide de pistolet automatique allemand P08 (Luger Parabellum) de calibre 7.65mm.

Rameau de gauche de la galerie Va.
Rameau de gauche de la galerie Va.

           

Pourquoi autant de vestiges de munitions allemandes dans une galerie française ?

Les conserves découvertes dans cette partie du réseau sont toutes impactées par différents projectiles… Il est donc possible qu’entre Mars 1917 et Mai 1918, certains militaires soient   venus tirer sur ces boîtes dans la galerie avec des armes récupérées en surface lorsque les Allemands ont quitté le secteur de l’Oise. 

Le chargeur de P08 découvert peut être aussi une prise de guerre et versé à la défense rapprochée dans la galerie Va. 







Vestige de conserve impactée dans la galerie
Vestige de conserve impactée dans la galerie

Tout comme la nécessité d’avoir à disposition des grenades de type « suffocante » dans une galerie de mine, il est aussi recommandé d’avoir toujours à disposition des armes de poing pour se défendre.


Alors… pourquoi pas un P08, une arme semi-automatique réputée très fiable ?

La galerie va poursuivre sa pente sur 12m, passant ainsi de -6m de profondeur à -9m.  Au sol, nous retrouvons divers objets liés à l’occupation -tels que des conserves, un seau, du câble en fer. Cette galerie se termine brutalement par un front de taille en cours de construction. 

Quatre emplacements de forage afin de pratiquer une avance aux pétardages sont toujours visibles dans la paroi. Cela indique que cette galerie est percée à l’aide d’explosifs.


Curieusement, toutes les conserves découvertes sont également impactées. Deux d’entre elles sont encore positionnées sur ce front de taille.  Cela pourrait donc confirmer la thèse d’un « stand de tir souterrain » improvisé après le retrait des Allemands du 17 Mars 1917. 


Des rapports militaires mentionnent que l’ouvrage français du puits V et de la galerie Va sont encore accessibles après ce retrait. Ils font même l’objet de visites privatives entre officiers français et étrangers. C’est le cas notamment, le 30 Avril 1917, avec la visite d’un colonel serbe ainsi que le 10 Novembre 1917 avec des officiers américains.  Au-delà de 1917, le 04 Août 1918, des soldats du 10 RI laissent leurs patronymes lors de leurs passages dans ces ouvrages.

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Nous voici au bout de cette première exploration. Elle a duré 55 minutes et toute cette première progression a été captée par nos caméras GoPro afin d’avoir une empreinte de cette galerie telle que nous l’avons découverte, 106 ans après sa fermeture. 

Au total, nous avons découvert 171 mètres de cheminement de galeries souterraines. Nous avons relevé 158 traces rupestres - 117 d’entre elles sont dites « techniques » et concernent le métrage. Elles sont d’ailleurs laissées uniquement sur la paroi de droite. Enfin, nous dénombrons 58 niches pour des bougies creusées dans les parois de droite ou de gauche.

Topographie du réseau Pv-Pva transposée sur notre carte LIDAR de surface.
Topographie du réseau Pv-Pva transposée sur notre carte LIDAR de surface.
Topographie du réseau du PUITS V et du PUITS Va
Topographie du réseau du PUITS V et du PUITS Va

 

Tous les vestiges précités n’ont pas été prélevés et sont toujours dans cette galerie.

Il est temps pour la première équipe d’exploration de refaire le chemin en sens inverse, de rejoindre le bas du puits et de remonter ses 11m30 de hauteur.


Le reste de l’équipe, resté en surface, a pu à tour de rôle découvrir ce réseau, dans les 24 heures qui suivirent avant de procéder à une fermeture provisoire du puits.

La topographie complète de l’ouvrage permettra de trouver le lieu exact où la galerie Va regagnait, en 1916-1917, la surface. Les coordonnées GPS étant relevées par un professionnel, elle pourra - au besoin – être ouverte de nouveau par les générations futures ou des historiens.

Le premier débriefing après travaux laisse l’équipe dans le questionnement concernant ces fourneaux…


Sont-ils simplement chargés et en attente ? Ou ces fourneaux ont-ils « joué » ? (Mise à feu de la mine)


Fourneau de 800kg de poudre noir du rameau de gauche du PUITS V
Fourneau de 800kg de poudre noir du rameau de gauche du PUITS V

Celui de droite présente une odeur trop importante de Cheddite pour tenter un débourrage. A notre avis, les 500kgs de cheddite s’y trouvent toujours. Toutefois et malgré cette odeur suspecte, des traces noires sur les parois nous questionnent sur une possible mise à feu…  Sans compter qu’une carte du Génie de Février 1917 indique - ce même fourneau - comme étant mis à feu le 16 Août 1916 !!

Celui de gauche (Chargé possiblement de 800kgs de poudre noire) est le plus intriguant… Le L.I.D.A.R relève en surface une anomalie qui pourrait être un entonnoir d’environ 7m de diamètre comblé totalement… mais rien n’est sûr…

 

Cela peut être aussi l’impact d’un gros calibre d’artillerie. De plus, la présence d’une grande quantité de poudre noire, partiellement brûlée, dans la galerie qui mène à ce fourneau laisse à penser – à ce stade - qu’il a bien joué. 

 

 

La PHASE 2 de ces travaux consistera - lors de 4 jours consécutifs- à effectuer les tâches suivantes :

-          La numérisation complète en 3D de l’ouvrage.

-          La topographie complète.

-          Un premier relevé des traces rupestres avec photographies

-          Réaliser différents plans de vue vidéo pour notre film retraçant cette découverte.

S’ensuivra rapidement une PHASE 3 d’une durée de 4 jours également et qui consistera à :

-          Finir le relevé des traces rupestres.

-          Une étude approfondie du fourneau du Pv gauche.

-          Fermer en toute sécurité l’accès au puits V en installant une dalle de béton.

 

 


 
 
 

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