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Analyse du "SCHELIHA Tunnel"

il y a 8 heures
15 min de lecture

Le SCHELIHA Tunnel est d’une importance tout aussi majeure que le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel étudié précédemment par l’Association ASAPE 14-18.


Si le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel permet de faire la liaison entre l’arrière-front et la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE avec comme objectif l’approvisionnement en hommes et en matériel vers le front de Puisaleine ; le SCHELIHA Tunnel, quant à lui, permet de faire cette fois-ci la liaison entre cette carrière et la première ligne allemande au niveau de la ferme dite « de la Maison Rouge ».


Intérieur du SCHELIHA Tunnel. Sur la droite un des emplacements pour l'éclairage électrique.
Intérieur du SCHELIHA Tunnel. Sur la droite un des emplacements pour l'éclairage électrique.

Pour ces raisons, il n’est pas question dans ce nouvel ouvrage d’y faire cheminer une petite locomotive comme dans le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel. De ce fait, les dimensions du SCHELIHA Tunnel y sont légèrement inférieures (1 m 80 de largeur pour 2 m / 2 m 20 de hauteur). En effet, seuls des hommes et de la logistique légère vont transiter de leur lieu de cantonnement souterrain vers le front de Puisaleine.

Le point de départ de ce tunnel se trouve directement dans le front de taille de la carrière et va déboucher dans les anciennes caves de la ferme située à 140 m devant la bouche de cavage de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE.


Notons que le SCHELIHA Tunnel présente deux entrées depuis la carrière :


  • La première se trouve « dans l’axe » du cheminement du tunnel. Il s’agit de l’entrée d’origine réalisée par les concepteurs allemands. Les vestiges des rails, ainsi que les traces des wagonnets sur les parois présentes dans cette partie, accréditent cette thèse.

  • La seconde entrée débouche perpendiculairement directement dans le tunnel, à seulement 6 m 80 de l’entrée d’origine. Cette dernière est réservée aux hommes d’infanterie et leur permet d’accéder au SCHELIHA Tunnel sans se perdre dans la carrière. La différence de niveau sous plafond confirme qu’il s’agit d’un creusement postérieur au cheminement d’origine.



Notons qu’en plein cœur de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE (et toujours dans l’axe du SCHELIHA Tunnel) se trouve un petit tunnel de liaison entre deux alcôves de la carrière, mesurant un peu plus de 8 m. Il est fort probable qu’il s’agisse ici d’une liaison conçue pour la voie de chemin de fer étroite provenant du PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel vers le SCHELIHA Tunnel.

Le sol de cette carrière ayant été recreusé après-guerre, nous ne pouvons malheureusement pas confirmer cette hypothèse. Néanmoins, la présence du câblage électrique et téléphonique au plafond peut, dans un sens, appuyer cette théorie.


en rouge : le tunnel de liaison dans l'axe du SCHELIHA Tunnel
en rouge : le tunnel de liaison dans l'axe du SCHELIHA Tunnel

L’objectif du SCHELIHA Tunnel est de relier la carrière de cantonnement à leur première ligne, qui se trouve en contrebas de la vallée de Puisaleine, au niveau des ruines de la « Ferme de la Maison Rouge ». Pour réaliser ce cheminement projeté, les Allemands sont face à une difficulté de taille : la topographie du site !

Notre logiciel permet de calculer la pente depuis nos points de relevés topographiques.
Notre logiciel permet de calculer la pente depuis nos points de relevés topographiques.

Si cette question ne se pose pas pour le PRESSENTIN-JOHANNSSEN, étudié précédemment par l’ASAPE 14-18 et qui chemine sur 185 m parfaitement en plan ; dans le cas du SCHELIHA Tunnel, la topographie du site (une vallée) se pose en véritable défi à relever pour les Allemands en charge d’en définir le tracé définitif.

La distance « directe » séparant le point d’entrée du point de sortie du tunnel est de 140 m. Cette « courte » distance n’est pas un problème pour les hommes d’infanterie qui sont appuyés par les Pionniers du bataillon N°9. Elle est réalisable en moins de deux mois par ces professionnels des constructions souterraines.


La carrière se trouvant dans la partie supérieure de la vallée et la ferme se situant encaissée au fond, le dénivelé négatif dépasse ici 15 m !

Un cheminement en ligne droite prendrait la forme d’un tunnel présentant une forte pente descendante. L’ouvrage ne serait donc pas pratique, que ce soit pour la réalisation des travaux de creusement, ou même pour le mouvement des troupes s’il était rendu opérationnel sous cette forme.


Tracés du SCHELIHA Tunnel sur une carte allemande
Tracés du SCHELIHA Tunnel sur une carte allemande

Les topographes et ingénieurs qui suivent les régiments allemands du secteur vont donc établir un cheminement assez particulier pour le SCHELIHA Tunnel qui permettra ainsi de « casser » cette déclinaison importante. C’est d’ailleurs ce cheminement « atypique » qui nous contraindra à mobiliser notre topographe équipé des dernières technologies en matière de relevés souterrains afin d’établir un plan 3D le plus clair possible. Son travail sera ensuite doublé par la numérisation 3D complète du SCHELIHA Tunnel.


Tout comme un skieur qui, en haut d’une piste, va aborder sa descente en effectuant de grands virages, le SCHELIHA Tunnel va « serpenter » sous la pente de la vallée afin de la réduire considérablement.

La ligne droite est donc abandonnée au profit d’un cheminement formant un « S » avec deux courbes majeures. Une première sur la gauche sur 48 m, puis une seconde de 40 m vers la droite avant de prendre la direction des caves de la ferme. Ces deux premières courbes permettront d’ailleurs à la dernière partie du tunnel de finir quasiment « en plan » sur les 50 derniers mètres.

Cette technique a pour conséquence d’augmenter sensiblement le cheminement du tunnel. Les Allemands acceptent volontairement cet allongement de près de 36–39 % du parcours afin de diminuer la pente.


Si on prenait une liaison directe de 140 m : La pente serait de 10,7 % et avec environ 190 m de cheminement : La pente est désormais de 7,9 %

Le tracé en « S » ne supprime pas le dénivelé mais le répartit sur une distance beaucoup plus importante…


Modélisation 3D du SCHELIHA Tunnel.
Modélisation 3D du SCHELIHA Tunnel.

Au sol, les vestiges de la présence de la voie étroite résultant de la construction sont toujours visibles sur l’ensemble du cheminement du tunnel. Tout comme son voisin, le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel, le SCHELIHA Tunnel présente les mêmes niches rectangulaires placées tous les 10 m afin de placer un éclairage électrique. Le câble électrique ainsi que les dérivations prévues pour les ampoules sont toujours visibles. Pour rappel, cette carrière possède sa propre centrale électrique qui alimente l’éclairage de la carrière, mais également celui des tunnels.


Dans cet ouvrage, tout porte à croire qu’une seule équipe a travaillé à son élaboration. Nous n’avons observé aucune rectification de trajectoire sur les 153 mètres de cheminement accessible dans le SCHELIHA Tunnel, qui aurait pu traduire un possible point de rencontre entre deux équipes de creusement.


Le sens de construction va donc de la Carrière « FRIEDRICH FRANZ Höhle » vers la sortie située dans les caves (ou à proximité) de la ferme de la « Maison Rouge ». Les rejets de craie liés à la construction de cet ouvrage sont donc tous acheminés et stockés dans la carrière.

Le volume extrait est sensiblement identique à celui du PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel ; à savoir : 900 à 950 m³ de craie en tenant compte d’un foisonnement de 30 %, des 4 sorties en surface et de la pièce souterraine de 15 m² de ce tunnel. De ce fait, nous pouvons estimer que ce chantier a pris environ 2 mois.


Traces des wagonnets dans le tunnel.



Au total, en 2026, le cheminement du SCHELIHA Tunnel va présenter 153 m accessibles. Cependant, à l’origine, cet ouvrage souterrain présentait entre 190 et 195 m de cheminement. Nous estimons que trente à quarante mètres sont donc bouchés à son extrémité. Nous reviendrons un peu plus tard sur les raisons de cette obstruction qui n’est pas « naturelle » en fin d’analyse.


Tout en serpentant sous la vallée, le SCHELIHA Tunnel va desservir au total 4 sorties menant vers la surface. Ces sorties sont toutes situées sur la partie droite du tunnel et débouchent face au front.


Les cartes d’état-major en notre possession démontrent que ces sorties donnent accès à différents boyaux de communication ainsi qu’à ce qui pourrait s’apparenter à une doublure de la première ligne située sur les pentes de la vallée.

Une pièce souterraine d’un peu plus de 15 m², mesurant 4 m 50 sur 3 m 50, se situe également à l’extrémité de la partie accessible du SCHELIHA Tunnel. Il peut s’agir ici d’un lieu de stockage ou, hypothèse la plus probable compte tenu de la sortie en surface située juste à côté, de l’utilisation de cette pièce comme « poste de secours ».


Pièce souterraine située vers la fin du SCHELIHA Tunnel.
Pièce souterraine située vers la fin du SCHELIHA Tunnel.

Les sorties sont toutes bouchées de nos jours par des amas de barbelés allemands jetés depuis la surface après-guerre afin de fermer les innombrables trous présents en surface sur le secteur.


Malgré les difficultés à établir son cheminement, les Allemands rendent ce tunnel rapidement opérationnel. Comme vu précédemment, le volume de craie sortie pour ce chantier permet d’évaluer à deux mois le temps nécessaire pour établir le cheminement du SCHELIHA Tunnel.


Lors de la guerre de position, les lignes françaises ont une vue directe sur les pentes de cette vallée sous laquelle chemine le futur tunnel. Des mouvements de troupes importants dans les tranchées auraient pour conséquence le déclenchement de l’artillerie française sur ces positions. Le SCHELIHA Tunnel va donc permettre ces mouvements en toute discrétion et en toute sécurité. Pour rappel, cet ouvrage chemine à plus de 6 m dans la craie de l’Oise et offre donc une résistance à tous les projectiles français disponibles.


Les cartes en notre possession démontrent l’existence du SCHELIHA Tunnel dès la première partie de l’année 1915. Il est donc l’œuvre des hommes du GR89 et plus précisément de son 1er bataillon, alors cantonné dans la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE depuis octobre 1914.


Ce bataillon et ses hommes sont déjà à l’origine de plusieurs tunnels du secteur et certains ouvrages se trouvent déjà interconnectés entre eux afin de former des réseaux souterrains complexes, parfois établis sur 3 niveaux de creusement :


  • Le PRESSENTIN-JOHANNSSEN Tunnel (étudié précédemment par l’ASAPE 14-18)


Le réseau de « MAISON ROUGE », comprenant deux tunnels :

  • Le ORTZEN Tunnel (Toujours inexploré en 2026.)


Le réseau du « BASTION », comprenant trois tunnels interconnectés :

  • Le BÜLOW Tunnel (Toujours viable et exploré en 2019 par l’ASAPE 14-18)

  • Le GEORG Tunnel (Viable en partie, mais en cours d’effondrement. Exploré en 2019 par l’ASAPE 14-18)

  • Le WILHELM ERNST Tunnel (Toujours viable et exploré en 2019 par l’ASAPE 14-18)


Durant le premier trimestre 1916, l’état-major de l’IR94, alors en position sur le secteur, décide de relier le réseau « MAISON ROUGE » au réseau « BASTION ».

Pour ce faire, un nouveau tunnel de jonction va être projeté entre le SCHELIHA Tunnel et le WILHELM ERNST Tunnel. Ce nouveau tunnel se nommera « FALKENHAUSEN Tunnel ». Deux équipes vont cheminer l’une vers l’autre pour se rencontrer sous terre à plus de 7 m, le 30 mai 1916.


Trace rupestre du point de jonction des deux équipes de construction du FALKENHAUSEN Tunnel. (30 mai 1916)
Trace rupestre du point de jonction des deux équipes de construction du FALKENHAUSEN Tunnel. (30 mai 1916)

La jonction de ces deux réseaux souterrains permet de construire un réseau unique comprenant désormais 6 tunnels interconnectés. Le point central de ces boulevards souterrains va se trouver directement dans le SCHELIHA Tunnel… Ce dernier devient donc d’une importance stratégique pour l’organisation souterraine allemande de Puisaleine.

Désormais, les Allemands stationnés dans la carrière souterraine FRIEDRICH FRANZ Höhle peuvent circuler sur leur aile gauche ainsi que vers l’avant en empruntant toute une série de tunnels interconnectés, sans jamais remonter à la surface aux yeux des observateurs français…


Fin du SCHELIHA Tunnel neutralisé par les Français en Juin 1918.
Fin du SCHELIHA Tunnel neutralisé par les Français en Juin 1918.


Tracé du SCHELIHA Tunnel
Tracé du SCHELIHA Tunnel

Cette jonction se trouve de nos jours dans la portion de 30/40 m effondrée au fond du SCHELIHA Tunnel… Si l’on s’en réfère au plan allemand du secteur, la jonction se trouve précisément à 38 m de distance au-delà de l’effondrement au fond du SCHELIHA Tunnel.


Les traces de brûlure et les fractures de la roche découvertes, tant au niveau du SCHELIHA Tunnel que dans le FALKENHAUSEN Tunnel lors de notre exploration de 2019, ne font aucun doute quant au fait que cette jonction majeure de tunnels fut neutralisée à l’aide d’explosifs.


Cette neutralisation aurait très bien pu être l’œuvre des Allemands eux-mêmes lors de leur retraite stratégique sur la ligne Hindenburg en mars 1917 ; néanmoins, la réponse à cette explosion se trouve dans les historiques français de 1918.


Après leur retraite stratégique de mars 1917 sur la ligne Hindenburg, les Allemands sont de nouveau dans l’Oise, sur le secteur de Puisaleine, aux alentours du 30 mai 1918.

Début juin, les Allemands ne sont qu’à une centaine de mètres de la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE, mais ne l’occupent pas encore… C’est depuis cette carrière que prend naissance le SCHELIHA Tunnel, qui mène à la jonction de tunnels majeures du secteur.



Les forces françaises prennent alors la décision, dans l’urgence, de neutraliser ce carrefour de tunnels. Ainsi, dans la nuit du 14 au 15 juin 1918, un groupe de sapeurs est envoyé afin d’effectuer cette mission de neutralisation. Ces derniers pénètrent dans le réseau allemand, abandonné en mars 1917, via les caves de l’ancienne ferme dite « de la Maison Rouge ». Toujours d’après les récits français d’époque, les sapeurs découvrent alors trois accès vers des tunnels ; néanmoins, deux d’entre eux ne sont pas praticables.


Avec les cartes allemandes d’époque, nous comprenons que les Français, en rentrant dans les caves de la ferme, débouchent de façon perpendiculaire sur l’ORTZEN Tunnel. Ceci laisse supposer que, sur leur droite et leur gauche, se trouvent les entrées Nord et Sud de ce tunnel.


Pour les sapeurs-mineurs en mission, il ne reste donc qu’une seule entrée praticable : celle devant eux, et il s’agit de l’accès au SCHELIHA Tunnel.

Les Français décident de pousser leurs explorations dans ce tunnel sur environ 40 mètres et tombent – de nouveau – sur le nœud de tunnels.  (En réalité, nous estimons qu’ils n’ont eu à parcourir qu’une petite dizaine de mètres pour tomber sur la jonction de tunnels formée par le SCHELIHA Tunnel et le FALKENHAUSEN Tunnel, mais leurs explorations a peut-être poussé jusqu’à 40 m…)


Stratégiquement, c’est ici, à cette jonction d’ouvrages souterrains, que les sapeurs décident de neutraliser les tunnels à l’aide de 25 kilogrammes de mélinite et 35 kilogrammes de cheddite. L’explosion sera déclenchée – avec succès – le 15 juin 1918 à 3 h 30.

Cette explosion explique les traces de destruction observées par le STAFF ASAPE, que ce soit en 2026 dans le SCHELIHA Tunnel ou en 2019 dans le FALKENHAUSEN Tunnel. Notons tout de même que ces traces de neutralisation dans ces ouvrages souterrains sont de nature bien différente.


Nos constatations indiquent qu’une forte chaleur s’est produite dans la partie menant au FALKENHAUSEN. Cette chaleur a clairement altéré la composition de la pierre sur plus d’une dizaine de mètres. Du côté du SCHELIHA Tunnel, aucun signe de chaleur intense, mais les effets d’un souffle important sont visibles et ont causé l’effondrement de la structure.


Les 25 kilogrammes de mélinite, qui provoquent un effet brisant important, sont sans doute placés dans le cheminement du SCHELIHA Tunnel. Quant aux 35 kilogrammes de cheddite, qui produiraient une chaleur importante, ils sont disposés dans le FALKENHAUSEN Tunnel.

La différence de conservation observée entre les deux branches pourrait être compatible avec une disposition distincte des charges, mais cette interprétation ne peut actuellement être démontrée avec certitude.


Si l’on devait retracer l’historique du SCHELIHA tunnel, il serait le suivant :

Octobre 1914

Les Allemands du GR 89 s’installent dans la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE et débutent son aménagement intérieur ainsi que celui des tranchées environnantes.

Début 1915

La 3e Kompanie du GR 89 débute le creusement du SCHELIHA-Tunnel, destiné à assurer la liaison entre la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE et les positions de première ligne situées au niveau de la Ferme de la Maison Rouge.Cette compagnie est placée sous les ordres du sous-lieutenant von Scheliha. Le tunnel sera par la suite désigné sous son nom.

octobre 1915-mai 1916

Développement progressif du réseau souterrain dans le secteur de Puisaleine.La décision est prise de relier le réseau souterrain de la « Maison Rouge » à celui du « Bastion » par le creusement d’un nouveau tunnel : le FALKENHAUSEN-Tunnel.

30 mai 1916

Mise en service du FALKENHAUSEN-Tunnel, permettant de relier les réseaux souterrains de la « Maison Rouge » et du « Bastion ».Le réseau forme désormais un ensemble souterrain interconnecté comprenant six tunnels.

16-17 mars 1917

Les Allemands quittent le secteur de Puisaleine dans le cadre du repli vers la ligne Hindenburg, située à environ 45 km en arrière.Les installations souterraines sont alors abandonnées par les troupes allemandes.

Mars 1917 – juin 1918

Les Français occupent le secteur dePuisaleine et prennent connaissance des nombreux ouvrages souterrains allemands réalisés durant la guerre de position.Les anciennes installations font notamment l’objet de reconnaissances et d'inventaires par les unités du génie.

Mai-juin 1918

Dans le contexte de l’offensive allemande du printemps 1918, les Allemands reprennent pied dans le secteur de Puisaleine et se rapprochent de leurs anciennes positions, notamment de la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE et de son réseau souterrain.

15 juin 1918

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1918, les sapeurs français progressent dans le réseau souterrain depuis le secteur de la ferme.Après avoir atteint la jonction entre les tunnels SCHELIHA et FALKENHAUSEN, ils procèdent à sa neutralisation à l’aide de 25 kilogrammes de mélinite et de 35 kilogrammes de cheddite. L’explosion intervient le 15 juin 1918 à 03 h 30.

21 juin 1918 – 18 août 1918

Les Allemands du IR 390 occupent la carrière FRIEDRICH FRANZ HÖHLE.Le SCHELIHA-Tunnel ainsi que les ouvrages situés sur son aile gauche ne sont cependant plus accessibles à la suite de la destruction française de juin 1918. Seul le tunnel PRESSENTIN-JOHANNSSEN demeure alors opérationnel.


Pour conclure cette analyse sur le SCHELIHA Tunnel, il était important de s’intéresser à l’origine du nom donné à ce tunnel.


L’analyse précédente révèle que les hommes du GR89 sont à l’origine de cet ouvrage. Le tunnel est sûrement mis en chantier dans les premiers mois de l’année 1915. C’est donc dans l’historique de ce régiment qu’il faut chercher la réponse à la dénomination du tunnel.


Le « SCHELIHA Tunnel » fait directement référence au « Sous-Lieutenant LASKO VON SCHELIHA », alors officier du premier bataillon du Grenadier-Regiment 89. Ce dernier est bien en cantonnement dans la FRIEDRICH FRANZ HÖHLE entre octobre 1914 et juillet 1915.

Notons qu’à l’entrée du tunnel – sur le fronton – est gravé « CHELIA Tunnel ».


Il s’agit ici d’une faute dans la transcription du nom du sous-lieutenant. Nous avions trouvé une faute similaire dans la dénomination du tunnel voisin : « FALKENHAUSEN Tunnel ». La lettre « » avait été oubliée par le graveur et fut rajoutée par la suite.


Cependant, « CHELIA » est bien loin de l’exactitude de l’orthographe « SCHELIHA » … Il est alors légitime de se demander si cette trace rupestre directionnelle est bien réalisée par les hommes du 1er bataillon du GR89… En effet, ces hommes devaient forcément connaître l’orthographe du nom de leur sous-lieutenant…

Il est aussi évident que ce dernier a forcément emprunté le tunnel censé porter son patronyme et cela - en son honneur –…

N’aurait-il pas demandé la rectification de cette erreur ?


À notre sens, il s’agit bien d’une gravure allemande, mais plutôt de l’œuvre d’un des régiments postérieurs à la période d’occupation du Grenadier Regiment N°89 et de son sous-lieutenant VON SCHELIHA.

Au vu du nombre de gravures de l’IR94 présentes dans cette carrière, il est très probable que cette mention mal orthographiée du SCHELIHA Tunnel soit également l’œuvre de ce régiment.

A gauche : Le sous lieutenant VON-SCHELIHA
A gauche : Le sous lieutenant VON-SCHELIHA

Malheureusement, nous n’avons découvert aucun écrit faisant référence directement à la construction du SCHELIHA Tunnel dans les divers historiques. Cependant, nous avons retrouvé une lettre du Sous-Lieutenant VON SCHELIHA, datée du 06 avril 1915. Cette dernière illustre l’environnement dans lequel il conduit sa compagnie sur le secteur de Puisaleine.


« Dans ma position, les commandants de compagnies n’ont que des soucis importants. Ma compagnie (3.KOMP) comprend 4 sections afin d’avoir sur chaque aile une réserve importante. Mon secteur s’étend sur 400 m de front avec en tout 3-4 kilomètres de boyaux de liaison. La compagnie n’est pas facile à observer d’un seul coup d’œil. Elle subit des pertes importantes par les tirs d’artillerie. Au travail, mes hommes vont continuellement au-delà de leur force. 48 hommes sont postés chaque nuit en guetteurs. L’ennemi, lui, creuse partout et c’est désagréable. Les Français observent par avion et compliquent notre tâche. Ma compagnie me cause peu de soucis. Comme nous aussi, l’ennemi place des mines. Hier, nous-mêmes, sommes tombés nez à nez dans une galerie (française). L’ennemi se retire et nous faisons sauter sa galerie. La nuit dernière, l’ennemi voulait mettre en l’air notre tranchée, mais j’avais prévu cette action et fait évacuer peu de temps auparavant notre position. Je m’étais précipité dans un abri, tout tremblant et vacillant. Cette méthode ne relève pas de la guerre. Nous souhaitons tous partir vers le front de l’Est. »


Le récit du Sous-Lieutenant VON SCHELIHA fait de toute évidence référence à la confrontation souterraine entre les Pionniers allemands du PB9 et des sapeurs-mineurs du 4e Génie. Les Allemands cheminent depuis leur STOLLEN IIId vers la galerie principale provenant du PUITS XI.


Sur ce secteur tenu par sa compagnie, nous n’avons connaissance à ce jour que d’une seule « rencontre » souterraine entre une galerie allemande et une galerie française. Voici le récit de cette rencontre souterraine du côté des sapeurs-mineurs français de la compagnie M7 du 4e Génie :

« Le 5 avril 1915, à 12 h 30, alors qu’en raison de la proximité des bruits suspects, on procédait à la construction d’une chambre, l’ennemi débouche subitement dans la galerie française. Après un court combat à coups de revolver, on commence de part et d’autre l’établissement de barrages de sacs de terre. Les Allemands, ayant terminé avant nous, font exploser un petit camouflet qui ne produit de notre côté que des dégâts insignifiants. À notre tour, on fait exploser à 0 h 40 un fourneau de 200 kg de poudre. Depuis, l’ennemi n’a plus rien tenté en ce point. »


Néanmoins, le secteur sur lequel se produit cette confrontation directe entre galeries belligérantes ne fait pas encore partie du secteur attitré au 1er bataillon du GR89 du Lieutenant VON SCHELIHA.


Le sous-lieutenant VON SCHELIHA va s’illustrer plus tard, lors de la « Bataille de Quennevières », en défendant le secteur faisant face à la ferme de Quennevières (Sachsen Stellung). Il résiste notamment aux premiers assauts français du 06 juin 1915, puis à ceux du 16 juin 1915. Pour cela, il va recevoir la Croix du mérite de première classe du Mecklembourg-Schwerin le 03 juillet 1915.


À l’été 1915, le premier bataillon auquel appartient le Lieutenant VON SCHELIHA est redéployé sur le secteur du deuxième Bataillon. Ces derniers se retrouvent dans l’épicentre de la guerre de mines du secteur et vont devoir lutter contre les sapeurs-mineurs français qui s’activent sous terre. La compagnie du Lieutenant va rester en ligne sur ce secteur jusqu’au 07 octobre 1915, date de son transfert vers l’Artois.


La veille du départ de son régiment, le 06 octobre 1915, le Sous-lieutenant VON SCHELIHA prend part à une reconnaissance des entonnoirs de mines causés par la double explosion française. Ces explosions sont celles provenant de l’explosion des fourneaux des puits français XIII et XIV. C’est au cours de cette mission qu’il est grièvement blessé à la poitrine. Après une convalescence, il reprendra le commandement d’une compagnie au début de 1916.


Lors d’un assaut des lignes françaises sur la commune de BARLEUX, alors confronté à « l’Offensive de la Bataille de la Somme », le sous-lieutenant VON SCHELIHA trouve la mort dans la tranchée ennemie.


Une recherche de sépulture dans le registre des nécropoles allemandes n’a donné aucun résultat. Ceci laisse entendre que son corps aurait été rapatrié et serait inhumé de nos jours en Allemagne.


L’ASAPE 14-18 cherche actuellement à entrer en contact avec sa famille pour un échange historique.


L'EQUIPE ASAPE 14-18


 

 

 
 
 

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