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109 ans plus tard :  Le retour d’une canne de la Grande Guerre sur les terres de Moulin-Sous-Touvent.

Fin 2024, une famille des Landes (40) regarde une chaine nationale et voit un reportage concernant le travail de l’ASAPE 14-18, dans lequel le patrimoine souterrain de la commune de Moulin Sous Touvent est mis en valeur.


L’un des membres de cette famille, Henri DARMAILLACQ, se souvient alors que dans les années 1960, se trouvait dans leur maison familiale de Mimizan (Landes), deux cannes sculptées datant de la campagne militaire de leur grand-oncle, le soldat « Jean DARMAILLACQ ».


Une photo subsiste encore de ce dernier, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants. Jean DARMAILLACQ y pose avec l’une de ces cannes sculptées. Preuve qu’il tenait beaucoup à cet objet, lui rappelant – sans nul doute – son engagement pour la France durant ce premier conflit mondial.  



Les deux cannes sont quasi identiques, il s’agit de cannes dites « de poilus » ou « serpent » que les soldats pouvaient se fabriquer sur leur temps de repos.  Seuls les pommeaux et les inscriptions diffèrent. Ces deux objets font partie intégrante des nombreuses œuvres issues de l’artisanat de tranchée de la Grande Guerre.  


La première présente la mention « Souvenirs de Ribécourt - Oise » sculptée en relief autour d’un serpent qui s’enroule. Il s’agit d’une commune située à quelques kilomètres de notre siège social entre Compiègne et Noyon.





La seconde mesure 98cms. La mention « Souvenirs du Moulin-Sous-Touvent - Oise » y est sculptée. Tout comme la première, un serpent s’enroule autour de cette canne.  Notons la présence d’un trèfle à 4 feuilles gravé, symbole de la chance ainsi qu’une série de chiffres au niveau du pommeau : « 734419319 ». (Nous reviendrons plus tard sur ces chiffres…). Les années de guerre « 1914-1915-1916 » sont également identifiables au niveau du pommeau.  

C’est bien cette dernière qui apparait sur la photo transmise par la famille. Ce cliché laisse tout de même supposer - qu’à l’origine - la représentation du serpent ainsi que l’écriture en relief de la commune étaient d’une autre couleur que le reste de la canne. Peut-être était-elle peinte ? 


Notre siège social se trouvant dans cette dernière commune, la famille du soldat décide de prendre contact avec l’association ASAPE 14-18 afin de nous faire part de l’existence de ces cannes.  



Curieux d’en apprendre plus sur le soldat Jean DARMAILLACQ, nous débutons les recherches sur ce dernier propriétaire et peut être concepteur de ces cannes. La fiche matricule retrouvée dans les archives du département des Landes, nous renseigne sur son parcours militaire.  


Comme beaucoup d’autres il va être incorporé dans divers régiments d’infanteries au cours des 4 années de conflit. Tout d’abord au 7RI, puis au 34 Régiment d’Infanterie, ensuite au 419e régiment d’infanterie en date du 15 août 1915 et enfin affecté le 23 août 1916 au 319e régiment d’infanterie.


A la lecture de ce parcours, nous pouvons donc répondre au questionnement de la famille concernant les chiffres gravés sur la canne, qui sont « 734419319 ». Il s’agit ici de tous les numéros de régiment que Jean DARMAILLACQ a fréquenté durant sa carrière militaire. (Le 7RI, le 34RI, le 419RI puis le 319RI)

A partir de cet élément, il est incontestable que cette canne appartient bien au soldat Jean DARMAILLACQ.



Garde des bois de profession, Jean fait son service militaire le 15 novembre 1902 et se trouve temporairement réformé pour « faiblesse générale », moins d’un mois plus tard le 10 décembre 1902. N’ayant pas passé un an sous les drapeaux, il n’est pas tenu de justifier d’un certificat de bonne conduite.


Sans ce document et conformément aux lois d’époque, il ne peut prétendre à un emploi dans la fonction publique…


Il est de nouveau réformé, cette fois-ci par la commission spéciale le 18 novembre 1903, pour « rhumatisme d’endocardite ». Enfin une dernière fois en date du 02 décembre 1904 pour « Lésions valvulaires du cœur ».


Il est rappelé pour la mobilisation le 01 août 1914 au 7 Régiment d’Infanterie.

Rappelons, qu’en ce mois d’août 1914, l’objectif de l’Etat-Major français est d’augmenter l’effectif de l’armée, la faisant passer de 880000 hommes à 3580000 en une quinzaine de jours, par le biais d’une mobilisation générale.


Jean DARMAILLACQ est décrit - en décembre 1914 - comme un soldat « consciencieux » et « courageux ». Il assure notamment le ravitaillement de la compagnie dans des circonstances difficiles lorsqu’il est soldat au sein du 34RI.  

Il va être affecté au 419RI le 15 août 1915. Ce régiment - nouvellement constitué - est composé pour 1/3 de soldats évacués du front pour blessures puis rétablis. Compte tenu des problèmes cardiaques de Jean DARMAILLACQ, tout laisse supposer que son état de santé fragile lui vaut cette nouvelle affectation.


Le 419RI va être en formation jusqu’en février 1916 avant de rejoindre la région de Villers-Cotterêts (02). Par décision du Grand Quartier Général, ce régiment est dissous le 22 août 1916.  Et c’est ainsi que le Soldat DARMAILLACQ va être affecté ainsi que son bataillon au 319RI le 23 août 1916.  Ce régiment revient de la « Bataille de la Somme » il était alors en position dans le secteur de FAY et ESTRES-DENICOURT. Le 319RI sera notamment en charge de prendre cette commune au prix de nombreuses pertes. Revenus dans l’Oise, en août 1916 les bataillons de ce régiment ont besoin d’être recomposés avec de nouveaux soldats. Alors que le régiment reçoit ses nouvelles recrues (dont Jean DARMARLLACQ), le 319e occupe des positions qui s’étendent sur les communes de Fresnoy la rivière et Elincourt. (Oise)



Le 319RI est coutumier du secteur de l’Oise… Entre le 27 janvier 1916 et le 26 avril 1916 il était déjà en ligne non loin de là, fois-ci devant la Ferme de Quennevières (Moulin Sous Touvent)


Le 28 août 1916, le régiment est relevé et se déplace de nouveau dans l’Oise à quelques kilomètres plus à l’Ouest à proximité de Moulin-Sous-Touvent.

L’organisation militaire, veut que les différents bataillons de ce régiment vont occuper plusieurs carrières du secteur, telle que la carrière NAVET et LIBERTREUX. Ces dernières avaient d’ailleurs fait l’objet d’une visite lors du parcours de notre Barbecue-Randonnée Historique de 2022.

 

Les hommes du régiment vont donc alterner - période d’occupation des premières lignes-  et - repos dans ces carrières-  et cela jusqu’au 16 décembre 1916. Aucune offensive n’est mentionnée durant cette période, ce front peut donc être qualifié de « secteur calme » dans cette deuxième partie de l’année 1916.

Nouveau mouvement cette fois-ci à la mi-décembre 1916… Le 319RI circule une nouvelle fois dans l’Oise et va se fixer sur Ribécourt-Dreslincourt à 15kms de là.  Ils vont tenir cette position jusqu’en mars 1917 et vont découvrir à la mi-mars 1917 l’ampleur de l’opération allemande « Alberich »…


Alors en position dans le massif forestier surplombant la commune de Ribécourt, les officiers du 319e conçoivent le 13 mars 1917 un « coup de main » avec pour objectif de faire prisonnier quelques Allemands dans leurs postes avancés… L’équipe constituée revient bredouille en indiquant - dans leur rapport -  que les postes avancés allemands sont déserts !

Le lendemain, le 14 mars 1917, les soldats du 319e entendent de nombreuses explosions et observent des incendies dans l’arrière front allemand.


Ce que les Français entendent et constatent est le résultat de la politique de terre brûlée que les Allemands sont en train de mettre en œuvre dans la ville de Noyon située à quelques kilomètres. Les Allemands neutralisent à l’aide d’explosifs, tous les points hauts de la ville ainsi que les voies de communication… Ils incendient le maximum de bâtisses avec un seul objectif : perturber la progression française et sa logistique !  

Tous ces signes, questionnent les officiers français, et certains avancent l’idée que les Allemands préparent peut-être leur retraite.



Pour lever les derniers doutes, ordre est donné d’envoyer une patrouille dans les lignes allemandes le 17 mars 1917. Le constat est sans appel ! Les allemands ont bien abandonné leurs positions. C’est le début de l’opération « Alberich ».  Elle consiste en un repli stratégique des forces impériales vers une nouvelle ligne de défense : La ligne Hindenburg.

Jean DARMAILLACQ et son régiment se lancent donc (prudemment) à la poursuite des Allemands, mais les opérations de destruction sur les voies de communication les ralentissent fortement.  Le 20 mars 1917 ils sont dans la ville de Chauny dans l’Aisne, puis en avril à une quinzaine de kilomètres de Saint Quentin.


Retranchés sur cette nouvelle position qu’est la ligne Hindenbourg, les Allemands vont tenter une toute dernière offensive au printemps 1918... Cela s’avéra être un échec et précipitera l’Allemagne vers la capitulation en novembre 1918, une nouvelle fois dans l’Oise, à Rethondes. 


Le 10 novembre 1918, le 319RI - alors en position dans les Ardennes et plus précisément dans la petite commune de VANDY - reçoit à 5h40 le télégramme suivant : 


 « Maréchal FOCH à Commandants en chef.1° Les hostilités sont arrêtées sur tout le front à partir du 11 Novembre – 11h002° Les troupes alliées ne dépassent pas jusqu’à nouvel ordre les lignes atteintes »


Jean DARMAILLACQ a terminé son engagement militaire dans la Grande Guerre, il rapporte avec lui dans sa maison familiale de Mimizan les deux cannes sculptées, L’une « Souvenirs du (de) Moulin-sous-Touvent - Oise » l’autre « Souvenirs de Ribécourt - Oise ».


Compte tenu de la chronologie militaire citée précédemment, nous pouvons conclure que la canne de Moulin-Sous-Touvent correspond à la période d’engagement du 319e sur cette commune entre le « 28 août 1916 -16 décembre 1916 ». La seconde « Souvenirs de Ribécourt - Oise» correspond à la période «  16 décembre 1916 – 17 mars 1917 ».

Jean DARMAILLACQ est décédé en 1935, son épouse a gardé précieusement ces deux cannes, puis elles furent transmises aux membres de sa famille.    



Henri DARMAILLACQ, son petit neveu, nous fait l’honneur en mars 2025 de léguer la canne « Moulin Sous Touvent » à l’Association ASAPE 14-18.

N’ayant pas vocation à constituer une collection d’objets militaires, l’ASAPE 14-18 l’a immédiatement confiée à la Mairie de Moulin-Sous-Touvent afin qu’elle soit exposée en permanence, à côté de la photo de Jean DARMAILLACQ.

Avant son exposition, cette canne a fait son retour –  pour la première fois depuis 1916 - sur les terres de la commune. Ce fut l’occasion pour notre association de rencontrer et de remercier chaleureusement les membres de la famille DARMAILLACQ, notamment Corinne et son époux, venus tout spécialement à Moulin-sous-Touvent, nous apporter cette canne et visiter le champ de bataille.


Après un échange avec Madame la Maire et les membres de l’ASAPE 14-18, nous sommes retournés sur les positions tenues par le 319e régiment d’infanterie lors de la deuxième moitié de l’année 1916.  Moment solennel et rempli d’émotion pour tous notamment dans les carrières ou – jadis – Jean DARMAILLACQ et ses camarades du 319RI ont profité de jours de repos bien mérités.  Certains des camarades de Jean du 319e ont d’ailleurs laissé quelques traces rupestres de leur passage dans cette carrière.  



Vous pouvez découvrir cette canne, aux heures d’ouvertures de la mairie de Moulin Sous Touvent (60350) au 02 Rue du Général Collardet.



Merci à Henri Michel et Claude DARMAILLACQ, ses petits neveux pour ce don historique du patrimoine de cette commune.

 

L’EQUIPE ASAPE 14-18

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 
 
 

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