Dégagement du Brendel Tunnel - Découverte de « l’observatoire du Bataillon » (Batl. Beob) de la Strelitz Höhle
- Staff ASAPE

- il y a 5 jours
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En octobre 2025 et février 2026, deux équipes ASAPE ont eu pour mission de dégager le cheminement du Brendel Tunnel situé dans la carrière souterraine Strelitz Höhle . Ce projet s’inscrit dans le cadre de nos visites publiques organisées en ce lieu principalement à destination des groupes scolaires de la région.
L’objectif premier était de sécuriser et de rendre accessible ce cheminement afin d’accueillir en toute sécurité nos visiteurs. Rappelons qu’à ce jour, ce site permet de progresser dans une carrière souterraine ET dans un tunnel de la Première Guerre mondiale. C’est un lieu unique à préserver, et l’association réserve toujours son dernier trimestre pour accueillir gratuitement les établissements scolaires sur ce site avec l’aimable accord de son propriétaire.
Parallèlement à ces travaux de dégagement, une étude topographique 3D complète est en cours de finalisation ; cette dernière sera disponible dans quelques semaines sur tous nos supports médias.
Composé de trois parties bien distinctes, c’est dans la plus ancienne du Brendel Tunnel, creusée par les hommes de l’IR94 entre octobre 1915 et mai 1916, que nous avons mené ce projet.

Ce cheminement était depuis 1918 ou 1919 partiellement bloqué par un volume d’environs 7m3 de pierres de taille provenant des habitations ou fermes des alentours.
La présence de ces pierres peut s’expliquer par 2 raisons :
Hypothèse « 1918 » : Lors de l’offensive du printemps 1918, les forces allemandes arrivent à grande vitesse sur le secteur de l’Oise, s’apprêtant à regagner leurs anciennes positions abandonnées en mars 1917. L’état-major français ordonne tardivement de neutraliser les anciens réseaux souterrains allemands, présents en nombre sur le secteur et remontant à la guerre de position (octobre 1914 - mars 1917).
Effectivement, les Allemands vont réinvestir dès mai 1918 les environs de Puisaleine, notamment la Strelitz Höhle et ses tunnels. Bien que tardive, l’initiative française de condamner ou de détruire les anciens tunnels allemands s’avérait tout à fait nécessaire.
Certains de ces ouvrages vont être dynamités tels le Scheliha Tunnel, le Falkenhausen Tunnel ainsi que le Pressentin-Johanssen Tunnel.
Pour d’autres ouvrages, tels que le Hansen Tunnel, le Bülow Tunnel, le Franz-Joseph Tunnel, c’est à la hâte que les Français vont monter des « murs d’obstruction » dans les cheminements même de ces ouvrages afin d’empêcher leur réutilisation. Ces murs sont un assemblage de blocs de pierres de taille, soigneusement empilés du sol au plafond, sans être scellés.
Nous avions d’ailleurs retrouvé l’un de ces murs d’obstruction intact, lors de la découverte de la sortie Ouest du Wagenheim Tunnel au cours de l’été 2024.
Souvenez-vous :https://www.asape1418.fr/post/d%C3%A9couverte-des-entr%C3%A9es-ouest-du-wangenheim-tunnel
Dans le cas du Brendel Tunnel, il n’y a pas de mur à proprement parler, mais plutôt un amoncellement de pierres de taille jetées en vrac ; nous parlerons donc de « remblais d’obstruction » plutôt que d’un mur, les matériaux utilisés ainsi que la finalité étant semblables.
C’est une alternative à une construction « soignée » d’un mur d’obstruction qui consiste à déverser, en vrac et depuis la surface, des pierres de grosse taille directement dans la structure souterraine à neutraliser ; c’est tout aussi efficace et présente l’avantage d’un gain de temps non négligeable.

Hypothèse « 1919/1920 » : Le secteur du Brendel Tunnel est classé « rouge » depuis la fin de la guerre ; le champ de bataille porte encore les stigmates de 3 années de guerre de position et son désobusage y est extrêmement long. Les zones agricoles ne vont d’ailleurs être rendues aux exploitants qu’à partir de 1921 et cela après de nombreux accidents. Il n’est d’ailleurs pas surprenant de trouver dans les nécropoles allemandes voisines des tombes de soldats allemands morts en 1919 ou 1920 lorsqu’ils étaient prisonniers de la France.
Que ce soient, les entrées de sapes, de galeries et celles des nombreux abris, tous ces accès vont être condamnés sommairement ; le barbelé et les tôles se trouvant en quantité énorme sur le champ de bataille seront utilisés pour former un « bouchon » à l’entrée de ces ouvrages souterrains pour ensuite être recouverts de terre.
Durant cette période, il fallait redonner les terres aux cultivateurs au plus vite ; nous supposons que cet accès au Brendel Tunnel fut rebouché en y déversant des pierres soit par des ouvriers affectés à cette tâche, soit par des prisonniers allemands.
Toutefois, compte tenu du mode opératoire utilisé et de la distance séparant ce site des premières habitations ou constructions en pierre - en ruines pour la plupart - permettant de s’approvisionner en quantité, nous optons pour un travail nécessitant une logistique militaire.
Nous retenons donc l’hypothèse « 1918 » comme étant la plus probable.
Ce sont ces pierres que l’équipe ASAPE 14-18 va dégager 108 ans plus tard durant 2 jours ; elles ont toutes été déplacées et alignées le long d’une des parois du tunnel afin de permettre une circulation fluide de nos visiteurs.
Jusqu’à ce jour, il fallait ramper en haut de cet amoncellement de pierres pour poursuivre l’exploration des 120 mètres restant de l’ouvrage, nos visites guidées s’arrêtant au pied de ce tas de pierres depuis 2020.
Dans un premier temps, nous avions mis en place une mini exposition de vestiges disposés sur ce mur ; cependant, 15 jours à peine après cette installation, des photos circulaient sur internet avec des demandes de localisation GPS entre utilisateurs de groupes Facebook. Les vols se profilant, nous avons dû intervenir rapidement pour retirer ces vestiges ; ils seront de nouveau réinstallés durant l’année 2026, une fois le site mis sous vidéo surveillance par le propriétaire des lieux.
Le dégagement de ces pierres a permis en outre d’ouvrir un accès, depuis le tunnel, remontant vers la surface ; c’est par celui-ci que les pierres ont été déversées au printemps 1918.
Une carte de 1916 indique à l’emplacement même de cette remontée : « BATL. BEOB ». Nous pouvons traduire cette abréviation militaire par « BATAILLON BEOBACHTUNG » (observatoire du bataillon).

Par ailleurs, la Strelitz Höhle possède déjà un observatoire : le Strelitz Schacht (puits Strelitz), ce dernier ayant pour vocation de guider les artilleurs dans leurs tirs. Cet observatoire, initialement muni d’un escalier était en liaison radio avec les batteries d’artillerie de campagne, notamment celles du FAR24 et du FAR19 (Feld Artillerie Régiment). Les vestiges d’encrage de cet escalier ainsi que les câbles de communications sont toujours visibles en 2026.
Nous avions identifié et analysé ce puits observatoire en 2020 :Souvenez-vous : https://www.asape1418.fr/post/l-observatoire-d-artillerie-identifi%C3%A9
Si la finalité de ce premier observatoire ne fait aucun doute, ce nouvel observatoire mis au jour, accessible uniquement depuis le Brendel Tunnel, serait-il l’observatoire principal du site pour les officiers du bataillon ?
Géographiquement et stratégiquement, il se situe en plein cœur du dispositif allemand du secteur : la vue y est dégagée sur les lignes françaises que ce soit sur l’aile droite (Marktplat Stellung) comme sur l’aile gauche (Totenkopft Stellung). De plus, il est difficilement repérable par les Français et offre toute la sécurité nécessaire pour les officiers avec son réseau souterrain directement accessible en cas de bombardement.
Pour en avoir le cœur net, une solution s’impose : il faut dégager cet accès remontant en enlevant délicatement chaque pierre ; si nous allons trop vite et trop brutalement, les blocs du dessus risquent de s’ébouler d’un seul coup vers le bas et nous mettre en danger. Nos relevés topographiques nous assurent par ailleurs que la surface se situe à 7 mètres au-dessus de la base des pierres.
Une équipe ASAPE est donc mobilisée pour cette tâche et très rapidement l’accès à l’observatoire est bien confirmé.
Toutefois, son accès ne se fait pas par une pente douce comme nous le pensions, mais directement via un puits vertical. Il y avait sans doute une échelle ou un petit escalier menant à la surface qui en 110 ans a dû totalement disparaitre ; le puits fut comblé par un volume important de pierres de taille.
Ce puits fait environ 1,50 mètre sur 1,50 et remonte vers la surface sur 7 mètres, soit plus de 15 mètres cubes de pierres en équilibre au-dessus de nos têtes.
Le danger que ce volume de pierres glisse dans le tunnel, tout en causant un effondrement de surface, est trop grand pour en envisager le dégagement et il n’y a pas d’intérêt historique à purger ce puits jusqu’à la surface.
Le principal, pour l’ASAPE 14-18, était de démontrer la présence effective de l’observatoire dit « du bataillon » à cet endroit précis, conformément aux documents d’archives en notre possession.
Cet observatoire est localisé par GPS et il nous est désormais possible de le reporter précisément en surface (voir nos modélisations cartographiques).
Nous pouvons également projeter la vue panoramique qu’avaient les observateurs allemands sur les lignes françaises depuis cet observatoire.
L’EQUIPE ASAPE 14-18





































































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