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La rencontre ASAPE / COLLARDET...

Derrière le mur d’enceinte du cimetière civil de Moulin-sous-touvent se trouve un caveau bien particulier, chargé d’histoire, celui du Général Louis COLLARDET, ancien chef de corps du 318ème régiment d’infanterie. Régiment de réserve de Quimper. Auprès de lui, repose Marguerite COLLARDET, son épouse, infirmière en 1914/1918 et 1939/1945.

Au cours du mois de juillet 2021, l’ASAPE 14-18, a eu la chance de rencontrer l’espace d’une journée, l’arrière-petite-fille du général.

Venue spécialement du Jura, afin de se recueillir sur la tombe familiale et de découvrir ce champ de bataille inconnu à ses yeux, nous ne pouvions que lui parler des lieux incontournables autour de Moulin-sous-touvent et l’emmener ainsi, sur les traces de son ancêtre et de ces bretons qu’il dirigeait, qu’il aimait et avec lesquels il aura tant souffert : Bois sapin, ravin de la Faloise, ferme navet, plateaux de Touvent, de Quenneviéres, carrière Saint-Pierre…


« …𝐽𝑒 𝑠𝑢𝑖𝑠 𝑎𝑙𝑙𝑒́ 𝑎𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑑’ℎ𝑢𝑖 𝑒𝑛 𝑎𝑣𝑎𝑛𝑡, 𝑜𝑢̀ 𝑗𝑒 𝑛’𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑎𝑠 𝑎𝑙𝑙𝑒́ 𝑑𝑒𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑙𝑒 10 𝑜𝑐𝑡𝑜𝑏𝑟𝑒. 𝑄𝑢𝑒𝑙 𝑐ℎ𝑎𝑛𝑔𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 ! 𝑈𝑛 𝑣𝑎𝑙𝑙𝑜𝑛 𝑞𝑢𝑒 𝑗’𝑎𝑣𝑎𝑖𝑠 𝑞𝑢𝑖𝑡𝑡𝑒́ 𝑐ℎ𝑎𝑟𝑚𝑎𝑛𝑡 𝑠𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑎 𝑣𝑜𝑢̂𝑡𝑒 𝑑𝑒 𝑓𝑒𝑢𝑖𝑙𝑙𝑎𝑔𝑒, 𝑜𝑢̀ 𝑛𝑜𝑠 𝑎𝑏𝑟𝑖𝑠 𝑑𝑖𝑠𝑝𝑎𝑟𝑎𝑖𝑠𝑠𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡, 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢 𝑢𝑛 𝑎𝑓𝑓𝑟𝑒𝑢𝑥 𝑚𝑎𝑟𝑒́𝑐𝑎𝑔𝑒, ℎ𝑒́𝑟𝑖𝑠𝑠𝑒́ 𝑑𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑐ℎ𝑒́𝑒𝑠, 𝑑𝑒 𝑓𝑖𝑙𝑠 𝑑𝑒 𝑓𝑒𝑟, 𝑑𝑒 𝑟𝑜𝑛𝑐𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑑’𝑒𝑚𝑏𝑢̂𝑐ℎ𝑒𝑠. 𝐿𝑒𝑠 𝑏𝑜𝑖𝑠 𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑟𝑒𝑠𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑖𝑠𝑝𝑎𝑟𝑢, 𝑐𝑜𝑢𝑝𝑒́𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑖𝑞𝑢𝑒𝑡𝑠, 𝑑𝑒𝑠 𝑟𝑜𝑛𝑑𝑖𝑛𝑠, 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑒́𝑠𝑒𝑎𝑢𝑥, 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑏𝑟𝑖𝑠, 𝑙𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑒𝑚𝑖𝑛𝑠…𝐶𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑝𝑎𝑢𝑣𝑟𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝𝑎𝑔𝑛𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢𝑒 𝑙’𝑎𝑓𝑓𝑟𝑒𝑢𝑥 𝑐ℎ𝑎𝑚𝑝 𝑑𝑒 𝑏𝑎𝑡𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑜𝑢̀ 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑝𝑟𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑟𝑎𝑝𝑝𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑙𝑒 𝑐𝑎𝑟𝑛𝑎𝑔𝑒… ».

Ces quelques lignes écrites par Louis COLLARDET, sont un témoignage unique et font partis d’un ensemble de lettres envoyées quasi quotidiennement à son épouse entre le 2 aout 1914 et le 15 aout 1915.


Conservées par Marguerite COLLARDET, elles furent à son décès, un héritage gardé pieusement en souvenir de son époux, puis par la famille au décès de celle-ci. Ces lettres nous n’en connaissions jusqu’ici qu’une moitié, mais elles ont fait en 2017, l’objet d’une retranscription inédite et à titre purement familiale. Elles sont aujourd’hui grâce à cette rencontre, totalement mises à notre disposition ainsi que de multiples documents (écrits et photographiques) issus de la carrière militaire du général.

Nous retrouvons au travers de ces lettres des décors qui nous sont familiers (bien qu’aucun lieu ne soit jamais cité (censure oblige, même pour un officier supérieur). Nous constatons la rudesse de cette guerre épuisante (aussi bien physiquement que moralement), l’humanité d’un homme face à « ses » hommes, « ses combattants ». Nous y percevons la cruauté d’un éloignement forcé envers son épouse et ses 3 enfants (Jean, Giséle et François) qu’il aime par-dessus tout mais qu’il sait, éloignés de tout danger.

Autre point fort de cette correspondance, l’analyse de l’évolution de cette guerre, qu’il comprend nouvelle et différente de toutes les autres mais qui fera tant de dégâts dans les rangs de « son 318ème », à son grand désarroi. Lui dont le sang-froid, la prévoyance et l’analyse rassuraient dans les heures graves.

Ses capacités techniques sur le terrain, feront de lui en 1916, un émissaire auprès de l’armée Serbe en déroute et il réussira même à les faire revenir à Monastir après d’âpres combats contre les bulgares. En 1917, il sera nommé sous-chef d’état-major de la6ème armée, mais ne pourra éviter le bain de sang du « Chemin des dames ». Au cours de cette même année, il est envoyé comme attaché militaire auprès de l’ambassade France à Washington et y verra le départ des troupes américaines pour la France puisqu’il y est désigné chef de liaison entre les deux nations.

Sa carrière est fulgurante mais se terminera prématurément le 2 septembre 1921, jour de son décès (des suites d’une maladie contractée avant-guerre en Chine) à l’âge de 49 ans. Ses obsèques auront lieu au Val de Grâce, devant une pléiade de généraux français et alliés. Une reconnaissance qui dépassera l’Atlantique au point que des savants américains en 1921, donneront même le nom de COLLARDET à une découverte biologique.

Mais l’histoire ne s’arrêta pas là...


Sa veuve, fera de sorte d’exhausser le souhait de son époux, mais les autorités en décideront autrement, ordre est donné de constituer les nécropoles nationales et d’y exhumer tous les combattants. La volonté du général ne se fera pas ! Les anciens du régiment, sous la houlette du capitaine TIZEAU, en décideront autrement, le corps de leur « père de combat » reposera sous le monument de « son » régiment quoiqu’il en coûte !

L’acquisition d’un terrain, à Moulin-sous-touvent, faite, l’édifice est démonté pierre par pierre puis remonté à l’identique. La croix originale également ainsi que les plaques commémoratives. Le général à son tombeau !


Un siècle plus tard, la mémoire de Louis COLLARDET n’est pas oubliée et par sa tombe celle de tous ces soldats bretons fauchés. La municipalité n’est pas en reste, puisque régulièrement elle fleurit et entretient sa tombe. En 2015, lors d’une commémoration officielle, l’uniforme du général prêté et exposé dans la salle communale (il est propriété du musée des étoiles à Paris) a été l’une des attractions fortes du moment Les nombreuses balades commentées de l’ASAPE qui passent devant ce caveau font toujours référence à l’histoire du général.



L’arrière-petite-fille rencontrée n’avait qu’une peur en venant pour la première fois sur place, l’oubli de son ascendant par le quidam, il en est tout le contraire elle en a été la première émue. Il en fut de même pour nous, d’une part pour ces moments de partage mais également pour le mot reçu à notre égard : « …𝑚𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑠𝑒 𝑗𝑜𝑖𝑔𝑛𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑛𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑗𝑜𝑖𝑒 𝑑’𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑟𝑒𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒́ 𝑎̀ 𝑀𝑜𝑢𝑙𝑖𝑛-𝑠𝑜𝑢𝑠-𝑡𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑠𝑜𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑎𝑡𝑡𝑎𝑐ℎ𝑒́𝑒𝑠 𝑎̀ 𝑛𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑎𝑖̈𝑒𝑢𝑙. 𝑁𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑒́𝑟𝑖𝑝𝑙𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑡𝑒𝑟𝑚𝑖𝑛𝑒́, 𝑐𝑒 𝑓𝑢𝑡 𝑢𝑛 𝑣𝑟𝑎𝑖 𝑣𝑜𝑦𝑎𝑔𝑒, 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑢𝑥 𝑜𝑢̀ 𝑙’𝑜𝑛 𝑟𝑒𝑛𝑐𝑜𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑑𝑒𝑠 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒𝑠... »

C’est cela aussi l’une des missions de l’ASAPE 14-18…𝗡𝗘 𝗣𝗔𝗦 𝗢𝗨𝗕𝗟𝗜𝗘𝗥 𝗘𝗧 𝗧𝗥𝗔𝗡𝗦𝗠𝗘𝗧𝗧𝗥𝗘