Gallery S4.1 : objectif « Y-SAP » pour le Staff ASAPE 14-18
- Staff ASAPE

- il y a 5 heures
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En cette fin du mois de mai 2026 la température affiche 32° en surface et sous terre, un très appréciable 14° ! C’est donc « à la fraîche» qu’une équipe de 10 membres de l’ASAPE 14-18 s’est rendue sur le site partenaire de l’Ilot de la Boisselle pour une mission particulière…
L’objectif de ce projet est d’explorer pour la première fois depuis Juillet 1916 la célèbre galerie « S4.1 », plus connue sous le nom de « Y-SAP ».

Il s’agit de l’une des galeries de mines britanniques la plus célèbre, qui fait partie des 19 mines souterraines prévues d’exploser au matin du 01 juillet 1916. Ces explosions simultanées donneront le signal du début de l’offensive de la Somme à 07h30.

Le tracé de la galerie Y-SAP, l’emmène tout d’abord vers le Nord du village d’Ovillers-la-Boisselle sur 150m puis les tunneliers du 179th Tunneling Company, effectuent un virage sur la droite à angle droit afin de prendre en visé, la première ligne allemande.
Ce cheminement assez particulier s’explique par le fait que les Britanniques désirent rester le plus longtemps possible hors de portée des écouteurs allemands et de leurs galeries d’attaques…
L’objectif de l’explosion d’Y-SAP est bien d’anéantir la première ligne allemande quelques minutes avant l’assaut du 01 juillet 1916, pour cela elle sera mise à feu à 7h28. Ces deux minutes de délais octroyées aux débris de l’explosion pour retomber au sol, laisseront aux Allemands le temps de se remettre en position de tirs et d’attendre l’assaut britannique.
Ces derniers ont reçu comme ordre d’avancer « en ligne » avec une cadence de 100m par minute. Dans cette configuration, les mitrailleuses allemandes vont balayer les premières vagues d’assaut sans aucune difficulté.
Ceci explique en grande partie, le massacre de cette première journée de la Bataille de la Somme avec 58.000 hommes mis hors de combat (blessés ou tués).
La galerie Y-SAP présentera une longueur totale de 300m et cheminera par différentes profondeurs liées à la topographie du secteur.
Une première partie va se situer à -24m, puis dans un second temps le cheminement plonge à -30m sur une distance de 50m avant de remonter progressivement à -15m afin de créer la chambre d’explosion qui devra contenir 18tonnes d’Ammonal.
Cette grande distance parcourue par les tunneliers lors du creusement d’Y-SAP (+/-300m), placerait cet ouvrage souterrain juste derrière la galerie de mines H3 (+/-320m) située quelques kilomètres plus au Nord sur le secteur de Beaumont-Hamel : « Hawthorne Ridge » (La crête de l’aubépine).
Henry HANCE, commandant du 179th Tunnelling Company, déclara par la suite que la galerie Y-SAP était bien la plus longue jamais réalisée dans la craie, durant le premier conflit mondial.
Il est vrai que seul 20m de longueur sépare la galerie H3 et YSAP, il est donc tout à fait probable qu’au final Y-SAP, se classe à la première marche du podium des constructions souterraines dans le cadre de la préparation de la Bataille de la Somme...
Avec l’aimable accord de Claudie, Présidente de l’Association des Amis de l’Ilot de La Boisselle, l’ASAPE 14-18 descend régulièrement dans le réseau de galeries de mines britanniques sous le site de l’Ilot, renommé par les Britanniques il y a 110 ans « Glory Hole » et « Granathof Stellung » par l’occupant allemand.

En 2022, nous avions publié une analyse complète du réseau situé à -24m de profondeur (Level 80ft) que vous pouvez toujours consulter à cette adresse :
En 2023 notre équipe était la première à la faveur, d’une très grosse baisse de la nappe phréatique, à explorer le réseau le plus profond de ce site situé à -30m (Level 100ft.) Les photos et l’analyse sont également toujours disponibles à cette adresse :
Cette dernière exploration, nous avait alors permis de constater que le réseau d’eau pluviale du village d’Orvillers-la-Boisselle pénétrait dans le réseau de galeries de mines britanniques du site du Glory Hole, mais sans savoir exactement par quel chemin.
Nous avions tenté une première approche de la galerie S4.1 (Y-SAP) en 2024. Très rapidement, nous avons constaté que les eaux pluviales du village s’écoulaient également en grande quantité dans cette partie du réseau.
L’équipe ASAPE, avait alors cheminé sur à peine 15m dans Y-SAP et cela à plat ventre, avec juste un espace suffisant pour garder la tête hors de l’eau… qui avouons-le : était loin d’être de « l’eau de source » et n’était pas de « première fraicheur »…
En effet, en plus de charrier tous les détritus qui se trouvent dans les caniveaux… l’eau transporte en grande quantité l’enrobé de la chaussée D929 reliant Albert à Bapaume dans les galeries situées à -24m.
Rappelons ici que le réseau du Glory-Hole s’échelonne sur 3 étages, tous interconnectés par des puits.
Un premier niveau d’origine française aux environs de 12m de profondeur. Ce réseau est réutilisé partiellement par les Britanniques à la mi-1915)
Le réseau britannique au niveau -24m (Level 80ft)
Le réseau britannique profond au niveau -30m (Level 100ft)

Il n’existe aucun réseau britannique à la profondeur de 36m, comme le prétendaient les légendes locales… En réalité il est désormais avéré que ce sont les Pionniers allemands qui sont descendus à ce niveau pour contrer le réseau britannique situé à -30m.
L’eau descend dans le réseau situé à -24m pour ensuite s’écouler plus bas via les puits d’époques britanniques dans le réseau profond situé à -30m. Ce dernier niveau se trouve donc très souvent immergé. C’était de nouveau le cas en ce mois de mai 2026.
C’est un puits en particulier, identifié sur les cartes britanniques comme (Schaft D), qui fait la liaison verticale entre le réseau -24m (Level 80ft.) et celui à -30m (Level 100Ft) qui est le principal vecteur de l’inondation du réseau profond du Glory Hole.
Les abords du « PUITS D », ainsi que les parois elles-mêmes, sont littéralement calcifiés et érodés par un flux d’eau qui doit s’écouler ici depuis plusieurs décennies. C’est d’ailleurs le seul puits faisant la liaison entre ces deux niveaux qui est érodé de la sorte. Ceci confirme que c’est par le « PUITS D », que l’eau s’écoule au plus profond de ce réseau et cela très régulièrement.
Pour notre expédition de 2026, nous ne savions toujours pas quel chemin empruntait l’eau depuis la surface pour arriver au réseau situé à -24m…
Difficile donc, en amont de notre intervention de connaitre l’état de la galerie S4.1 et de préparer un équipement adéquat.
Est-elle inondée ? Comblée d’alluvions ? Joue-t-elle un rôle dans l’inondation du réseau profond de ce site ?
Après avoir installé notre matériel de descente sur corde, une équipe ASAPE chemine donc dans la « main transverse du Level 80f (-24m) » afin de se diriger progressivement vers le départ de la galerie S4.1 – Y-SAPqui se trouve à l’extrémité Ouest du réseau.
Dans l’hypothèse où celle-ci serait inondée, l’équipe ASAPE transporte avec elle, au cas où, un robot amphibie télécommandé sur lequel une de nos caméras GoPro est solidement fixée afin d’avancer dans la galerie.

Arrivés à proximité du PUITS D, la galerie S4.1 dit « Y-SAP » s’ouvre devant nous.
Elle n’est pas inondée, mais les pluies de la dernière quinzaine ont transporté une grande quantité d’alluvions qui la comble au ¾.
Un binôme s’engage alors à plat ventre pour pousser le plus loin possible l’exploration.
Nous découvrons et dépassons sur notre droite, l’entrée de la galerie d’attaque S4.1.1 qui se trouve à 32 mètres de cheminement dans Y-SAP.
D’après l’historique du 179th tunneling company, la chambre d’explosion se trouvant à l’extrémité de cette galerie, n’est pas chargée et se trouve en 2026 remplie elle aussi d’alluvions.

Malgré les quelques centimètres qui nous sépare du plafond, nous réussissons à poursuivre notre avance jusqu’a 61m dans le cheminent d’Y-SAP. Nous nous disons à ce moment que les derniers hommes ayant emprunté cette galerie sont surement les Tunneliers du 179tt eux même, il y a tout juste 110 ans.
A partir de ce point (61m), deux problèmes bloquent notre binôme d’exploration :
1er problème : Nous ne pouvons plus avancer en toute sécurité. Nos casques frottent trop souvent le plafond et celui-ci se trouve être de plus en plus friable. Le membre en tête ne peut pas faire demi-tour et doit revenir sur ses pas, en marche arrière sur les indications précieuses de son binôme qui le talonne à quelques mètres derrière lui.
Y-SAP mesure en 2026 entre 60 et 80cm de large sur à peine 45cm de hauteur. La largeur est bien celle d’origine, mais en ce qui concerne la hauteur, elle devait être à l’origine d’après les standards des tunneliers d’environ 130cm.
2ème problème : A quelques mètres devant nous, s’ouvre sur la gauche la galerie désignée comme S4.1.2.
Il ne s’agit pas ici d’une « galerie d’attaque » partant vers l’ennemi, mais d’une galerie de liaison vers l’arrière. C’est la dernière jonction de galeries avant qu’Y-SAP plonge dans la vallée située au Nord du village de la Boisselle. Cette vallée est renommée par les Britanniques la Smash Valley. (La vallée de la purée).
Au niveau de cette jonction : un mur de pierres et de boue s’élève jusqu’au plafond devant nous. Il est clair que tout provient de la gauche. Nous comprenons alors que l’eau qui inonde tout le réseau de la Boisselle provient de cette galerie S4.1.2 !
Voici donc le point d’entrée de l’eau pluviale dans le réseau !
D’après les cartes du 179th tunneling compagnie, la galerie S4.1.2 chemine – en plan- à -24m de profondeur vers l’arrière ligne sur une distance minimum de 72m !
Au bout de celle-ci, un puits de 15m de hauteur assure la liaison entre la galerie S4.1.2 et une pièce souterraine située à -9m de profondeur.
Cette pièce est ensuite accessible depuis la surface via une galerie en pente douce de 16m prenant naissance dans la tranchée « Largo Street ».
Notre modélisation place ce puits et cette sortie au niveau du cimetière communal, le long de la route départementale N°20.

Il s’agit de la même configuration que l’entrée principale du réseau par laquelle l’ASAPE 14-18 à pénétré dans le réseau : Une galerie en pente douce (W Addit) avec en son extrémité un puits de 15m (Schaft W).
Notons que le puits et cette galerie S4.1.2 n’ont vocation qu’à desservir la galerie Y-SAP. Ces travaux d’aménagement sont finalisés en date du 10 mai 1916.
A cette même date, les tunneliers du 179th sont en plein travail de creusement d’Y-SAP. Ils sont quasiment arrivés à leur objectif et s’apprêtent à remonter le niveau du cheminement de leur galerie en passant du niveau -30m au niveau -15 par le biais d’une pente douce.
Le 05 mai 1916, ils se trouvent alors à moins de 50m des premières lignes allemandes. Les rapports de la compagnie des tunneliers, indiquent que ces derniers entendent très distinctement les Pionniers allemands travaillant à quelques mètres devant eux. Le silence est donc absolu en tête d’Y-SAP, afin de ne pas éveiller les oreilles des écouteurs allemands. Les Tunneliers travaillent alors pieds nus et marchent sur des sacs en toile de jute pour étouffer les bruits de leurs pas.

Nous savons d’après les documents d’archives en notre possession, que la chambre d’explosion d’Y-SAP (qui va contenir les 18 tonnes d’explosifs) est mise en chantier au matin du 28 Juin 1916, soit 3 jours avant la mise à feu.
Aux vues de ces dates, la galerie S4.1.2 n’a pas joué de rôle dans la construction du cheminement d’Y-SAP.
Néanmoins, elle a pu avoir un rôle déterminant dans l’acheminent des très nombreux sacs d’explosifs nécessaires au chargement des 18 tonnes d’explosifs du fourneau d’Y-SAP. Si l’on s’en réfère aux techniques britanniques pour le chargement des mines : un sac d’explosifs contient 13,5 kilo… Il y a donc 1333 sacs à entasser dans la chambre d’explosion d’Y-SAP pour atteindre les 18 tonnes.

Cette galerie S4.1.2 et son puits de 15m, peuvent aussi servir « d’accès de secours » à la galerie Y-SAP dans l’éventualité d’une neutralisation par la mine du côté allemand... Si tel était le cas, toute l’opération britannique souterraine en vue des préparatifs du 01 Juillet 1916 serait anéantie. Il est donc tout à fait probable que les tunneliers aient assuré l’accessibilité à la galerie Y-SAP, par ce nouvel accès.
De nos jours, c’est bien cette galerie et surtout son puits de 15m qui conduisent toute l’eau du réseau pluvial du village d’Ovillers-la-Boisselle dans la galerie Y-SAP, puis vers le sud, via le PUITS D, dans le réseau profond du site du Glory Hole,
Du côté nord, (vers la tête de galerie Y-SAP) nous savons que le cheminement eemprunté par les tunneliers du 179th les oblige à plonger à -30m… L’eau s’écoulant toujours d’amont en aval, cela nous amène à conclure que le reste de la galerie est immergé totalement.
Sachant que dans cette direction, Y-SAP n’a aucune sortie, ni aucun puits, les alluvions transportés par l’eau ne peuvent pas s’évacuer. Ils forment donc un bouchon qui comble progressivement (si ce n’est déjà fait totalement) tout le cheminement de cette structure souterraine.
Toute progression au dela des 61m réalisée par l’ASAPE au mois de mai 2026 est donc impossible.
Si des traces rupestres ont été laissées sur les parois par les tunneliers, elles sont malheureusement effacées par l’eau et recouvertes de boue. Nous avons constaté cet effet dans le réseau profond situé à -30m exploré en 2023, lui aussi soumis aux inondations régulières.
Toutefois, il faut noter que dans ce réseau britannique, les traces rupestres sont peu nombreuses et aucune n’est présente dans les galeries d’attaques.
La galerie Y-SAP en étant une, nous supposons que seul des traces dites « techniques » sont présentes au noir de fumée au plafond, comme nous l’avons constaté dans les parties intactes de ce réseau.
Nous avons essayé par deux reprises de prendre contact avec la mairie d’Ovillers-la-Boisselle afin d’avoir des réponses sur cet écoulement d’eau pluviale dans le réseau historique du « Glory Hole ».
Malheureusement toutes nos demandes sont restées encore à ce jour : sans réponse.




















































































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