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Sur les traces de JOHANNES PETER GEORG ROSSMANN du FR86.

L’une des missions de l’ASAPE consiste à aider les familles dans la recherches de leur ancêtres disparus sur le secteur durant la grande guerre.

C’est ainsi que nous avons pris connaissance d’une requête laissée par une famille danoise dans le livre du souvenir de la nécropole allemande de Moulin Sous Touvent.



Cette famille a fait spécialement le déplacement depuis VEJEN ( - Danemark) a la recherche de la sépulture de leur arrière-grand-père : 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡, mort - d’après eux- le 06 Juin 1915 sur Moulin Sous Touvent (France, Oise,60350). Nous avons pris contact avec cette famille en Octobre 2020 pour les aider. Voici le résultat de nos recherches:

𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 est né le 22 Mars 1886 à Gundelsby (Allemagne), son père est d’origine danoise et sa mère suédoise. Lors de la mobilisation, il est appelé à rejoindre le casernement de la ville de Flensburg. Le 03 Août 1914 à 7h il quitte Flensburg et prend la direction d’Aix La Chapelle qu’il atteindra le 09 Août au soir. Le mardi 11 Août 1914, son bataillon marche pendant 5h vers la ville de Liège, tombée quelques jours plus tôt. Les jours suivant le bataillon de 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 va connaitre sa première épreuve du feu lors de l’attaque du Fort d’Evégné (Belgique). Ce n’est qu’en début d’après-midi du 12 Septembre 1914, que les 3 bataillons FR86 prennent position aux abords du 𝕾𝖈𝖍𝖑𝖊𝖘𝖜𝖎𝖌𝖊𝖗𝕿𝖆𝖑 (La Vallée des Hommes du Schleswig).


Alternant sur ce secteur, période de repos, attaques et contre-attaques, ils resteront en ligne jusqu’au 10 octobre 1915. Sur ces 1400m de tranchées, 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 et ses camarades feront l’horrible découverte de la guerre chimique et seront durement mis à l’épreuve toute l’année 1915 à l’occasion de la guerre de mines.

Ces soldats d’origine danoises sont mobilisés dans la région de Schleswig-Holstein, une région initialement danoise mais sous administration allemande depuis la Convention de Gastein de 1865. Ils sont incorporés au seins de deux régiments : le 𝐹𝑢̈𝑠𝑖𝑙𝑖𝑒𝑟-𝑅𝑒𝑔𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 𝐾𝑜̈𝑛𝑖𝑔𝑖𝑛“ (𝑆𝑐ℎ𝑙𝑒𝑠𝑤𝑖𝑔-𝐻𝑜𝑙𝑠𝑡𝑒𝑖𝑛𝑖𝑠𝑐ℎ𝑒𝑠) 𝑁𝑟. 86 et l’ 𝐼𝑛𝑓𝑎𝑛𝑡𝑒𝑟𝑖𝑒-𝑅𝑒𝑔𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑣𝑜𝑛 𝑀𝑎𝑛𝑠𝑡𝑒𝑖𝑛 (𝑆𝑐ℎ𝑙𝑒𝑠𝑤𝑖𝑔𝑠𝑐ℎ𝑒𝑠) 𝑁𝑟. 84. Les Danois ne représentent qu’environ 30% de l’effectif et ne sont pas bien vus de leurs camarades allemands (de Prusse…).

Sans s’en douter, ils vont devoir faire à une attaque minutieusement préparée et d’une extrême violence: « La bataille de Quennevieres ». Du 06 au 16 juin 1915 et d’après les chiffes officiels 7000 soldats français et 4000 Allemands seront mis hors de combat. De récentes découvertes de l’ASAPE 14/18 laissent à penser que le chiffre des pertes allemandes sur cette période est largement sous-évalué. Les pertes seraient plus proches des 5000 mis hors de combats. La grande majorité des soldats allemands tombés lors de cette bataille seront enterrés tout d’abord dans des cimetières provisoires dans le 𝕾𝖈𝖍𝖑𝖊𝖘𝖜𝖎𝖌𝖊𝖗𝕿𝖆𝖑, puis regroupés à partir de 1920 dans les nécropoles de Nampcel et Moulin Sous Touvent. Aucune stèle au nom de 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 n’est pourtant présente dans ces deux nécropoles. Le registre numérique du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, indique sa disparition dans la journée du 12 juin 1915 sur la commune de Moulin Sous Touvent. Les archives de l’ASAPE 14/18 nous permettent d’identifier la compagnie et le bataillon de ce soldat : il s’agit du 2 Bataillon, 8 Compagnie du FR86.

𝗤𝘂𝗲𝗹 𝗿𝗼̂𝗹𝗲 𝗮 𝗷𝗼𝘂𝗲́ 𝗹𝗮 𝟴.𝗸𝗼𝗺𝗽𝗮𝗻𝗶𝗲 𝗱𝘂 𝗙𝗥𝟴𝟲 𝗱𝘂𝗿𝗮𝗻𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀 𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗱𝗲 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗯𝗮𝘁𝗮𝗶𝗹𝗹𝗲 ? 𝗘𝘁 𝘀𝘂𝗿𝘁𝗼𝘂𝘁 : 𝗼𝘂̀ 𝘀𝗲 𝘁𝗿𝗼𝘂𝘃𝗲 𝗹𝗲 𝗰𝗼𝗿𝗽𝘀 𝗱𝗲 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 ?

A l’aube du 06 juin 1915 à 4h50 une position avancée du FR86 dénommée 𝕾𝖔𝖑𝖙𝖆𝖚𝕰𝖈𝖐 disparaît littéralement à la suite du déclenchement d’une mine souterraine. 8 hommes et deux mitrailleuses du FR86 sont ensevelis. A 10h15 et après un pilonnage d’artillerie d’une extrême violence, les positions tenues par le premier et troisième bataillon du FR86 deviennent les objectifs français de la bataille. Les hommes du FR86 ont pourtant bien repéré une agitation anormale dans les lignes françaises depuis 1 mois mais l’état major de l’infanterie division 18 n’a pas jugé bon de renforcer cette partie du front. Les hommes du FR86, sont peu nombreux et sont surpris par l’ampleur de l’attaque. Alors que des combats au corps à corps s’engagent dans les tranchées de première ligne puis dans les boyaux, les bataillons 1 et 3 refoulent au bout de 20 minutes dans le ravin - 𝕾𝖈𝖍𝖑𝖊𝖘𝖜𝖎𝖌𝖊𝖗𝕿𝖆𝖑- en abandonnant leurs lignes. En effectuant ce repli précipité, ces bataillons du FR86 se retrouvent coupés de leurs camarades du 2 bataillon, situés plus au sud. Leur défense a été littéralement enfoncée en plein centre du ravin. C’est une brèche de plusieurs centaines de mètres qui s’est ouverte. Les zouaves envahissent alors le 𝕾𝖈𝖍𝖑𝖊𝖘𝖜𝖎𝖌𝖊𝖗𝕿𝖆𝖑 et certains de ces éléments courageux réussiront l’exploit de rejoindre la plaine sur le versant opposé en neutralisant au passage la deuxième batterie allemande du FAR45 avec ses servants. L’Oberlieutenant ESCHE, Commandant du FR86, qui n’a pas pris la mesure du désastre… engage alors l’ensemble de ses compagnies disponibles en contre-offensive.

La 8 Kompanie de 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡, alors en réserve au 𝕾𝖙𝖊𝖎𝖓𝖇𝖗𝖚𝖈𝖍 « Carrières de Nampcel » a donc comme mission pour les journées du 06 et du 07 juin de « nettoyer » le ravin des avant-postes occupés principalement par des Zouaves.



Alors que l’offensive française atteint tous ses objectifs (voir plus), une erreur stratégique va permettre aux Allemands de rejeter les forces françaises de ce ravin et ainsi de combler rapidement cette brèche. En effet, les généraux en charge du commandement de la bataille ne jugent pas opportun d’exploiter le bénéfice de cette percée. Les Allemands profitent donc de ce manque de clairvoyance des généraux français pour reformer une ligne de défense solide en rejetant les Français du ravin. L’artillerie allemande (FAR9 et FAR45) se met alors rapidement en action en pilonnant ses anciennes seconde et première lignes, empêchant ainsi les Français de les relier à leur réseau.

L’objectif des jours suivants est la reconquête des tranchées perdues sur la plaine de Quennevières.


𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 et ses camarades de la 8 Compagnie du FR86 ont désormais pour mission de reprendre la 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌. Il s’agit d’une tranchée de communication perpendiculaire au front mesurant 520m (avant la bataille) et qui relie la troisième ligne allemande (devenue depuis quelques jours leur première ligne) aux anciennes deuxième et première ligne, désormais occupées par les Français.Pour cette contre-attaque et sur ce secteur bien précis dénommé 𝕾𝖆𝖈𝖍𝖊𝖓 𝖍𝖆𝖓𝖌, ils seront épaulés par des compagnies arrivées en renfort des secteurs voisins (10/IR75, 1/IR31, 2/IR85 ainsi que le 13/IR85).

La 8 Kompanie s’engage alors dans la 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌 dans des combats à la grenade pour reprendre 330m des 520m de la tranchée d'origine. Les deux camps s’affronteront dans la tranchée même durant plusieurs jours.

Face à eux à quelques dizaines de mètres derrière des sacs de sable en guise de barrage, ce sont les hommes du 264ème Régiment d’Infanterie qui ont la lourde tâche de contenir la progression allemande.





En croisant les données allemandes et françaises sur les combats de 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌 du samedi 12 Juin 1915, nous pouvons délimiter une zone de quelques mètres carrés où 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 est tombé. En effet les JMO français rapportent avec précision, heure par heure l’avancée inexorable des allemands dans cette tranchée ainsi que la position des barrages de sac de terre dressés par les Français. En fin de journée du 12 juin, de féroces combats sont engagés entre les points « N » à « H1 » (repères français des barrages construits dans la 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌). L’assaut français qui a lieu dans la soirée, permet de faire reculer les allemandes 35m dans la tranchée.

A partir de la position des Français, il est désormais possible de calculer celle des allemands, 35m devant eux. En superposant le schéma de la 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌 sur une vue aérienne du drone de l’association, nous sommes en mesure de délimiter un périmètre de recherches de 10m sur 3m.


La première hypothèse serait que le corps ait disparu à la suite des nombreux tirs d’artillerie de tranchée lors des jours qui ont suivi. Dans cette configuration, son corps a tout simplement disparu comme tant d’autre dépouille françaises et allemandes abandonnées sur le champ de bataille, puis « volatilisés » par le « blast » des obus.


La deuxième hypothèse, est issue directement de l’historique du FR86 : Il est fait mention de l’utilisation d’abris souterrains pour y entreposer les corps avant de les transporter vers l’arrière. Il est écrit que certains de ces abris sont vite devenus inaccessibles après le pilonnage d’artillerie. C’est là que reposent – sans doute à tout jamais – de nombreux hommes du FR86. Nos recherches permettent d’avancer le nombre de 223 morts, 569 blessés et 842 disparus pour le seul régiment FR86 et cela uniquement pour les 10 jours de la bataille de Quennevières. Les rapports allemands établis en parallèle a ceux des Français font état de 250 prisonniers du FR86. Ce qui porte le nombre de disparus à 592. 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 fait partie de ces disparus.





Si cette seconde hypothèse est correcte et conformément aux positions allemandes et françaises du 12 Juin 1915, 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 reposerait peut-être dans l’un des abris faisant la jonction entre la 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌 et la 𝕳𝖆𝖒𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌, seul réseau souterrain d’abris immédiatement a proximité des combats du 12 Juin 1915. Ces abris profonds se trouvent en bordure immédiate de l’actuelle route D85. Un jour, peut-être, certains abris de ce secteur seront ré-ouverts… l’ASAPE jouera alors pleinement son rôle afin de donner une sépulture à ces soldats.


Toutes ces données ont été envoyées à Monsieur John ROSSMANN, descendant de 𝗝𝗼𝗵𝗮𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗣𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗚𝗲𝗼𝗿𝗴 𝗥𝗢𝗦𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡 … Ensemble, nous avons convenu de se rencontrer en 2021 pour visiter le secteur ainsi que la 𝕱𝖑𝖊𝖓𝖘𝖇𝖚𝖗𝖌𝖊𝖗 𝖂𝖊𝖌. Nous sommes également heureux de le compter parmi nos nouveaux adhérents 2021.