« GRENADIERE STOLLEN » : Les prémices d'une guerre de mines à venir.
- Staff ASAPE

- 8 août
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 sept.

Face au réseau de galerie de mines Français Pv-PVa se trouvent 5 galeries de mines allemandes, qui lui font face plus ou moins directement.
Nous débutons l’étude de ce réseau allemand par la galerie baptisée par l’association « GRENADIERE STOLLEN ».
Le nom « GRENADIERE » fait référence à la trace rupestre majeure découverte dans cette galerie et dont l’origine est attribuée à un régiment de Grenadier allemand, occupant ce secteur et cette galerie.
Enfin le terme « Stollen » désigne – en règle générale - un système complet souterrain d’attaque allemand. Dans d’autre cas, il s’agit simplement d’abris profonds. Il faut donc faire la distinction en fonction de la situation stratégique du secteur.
Un « stollen » - dans le contexte d’une galerie de mines, se décompose en plusieurs sous-parties, correspondant à différentes structures du système de combat :
HAUPSTOLLEN : correspond à la galerie principale.
HORCHSTOLLEN : correspond à une galerie d’écoute.
ZUZGANGSTOLLEN : Correspond à la partie donnant accès à la surface (il s’agit de l’unique entrée de la galerie)
TIESFSTOLLEN : Correspond à l’accès au réseau inférieur du système de combat. On y accède soit par un puits vertical, soit par une pente à forte inclinaison descendante.
ANGRIFFSTOLLEN : Correspond à la galerie d’attaque donnant accès à la chambre d’explosion.

Notre topographie effectuée avec la technologie L.I.D.A.R, révèle que la galerie GRENADIERE Stollen présente un développement total de 49m. Elle chemine au maximum à -8m20 de profondeur, ce qui est assez peu, en comparaison aux autres galeries allemandes.

Depuis son entrée, située en première ligne, la galerie s’avance de 31m sous le no man’s land. L’entrée se trouve de nos jours à -1m60 sous la surface. Cette profondeur correspond au fond de la tranchée allemande occupée durant 30 mois consécutifs entre Octobre 1914 et Mai 1917. Sa structure 100 ans après sa conception est toujours intacte et ne présente aucun signe de fragilité de roche.
Après une pente s’étalant sur un peu plus de 5.50m, la profondeur de -5.71m est rapidement atteinte. La galerie principale présente sur sa droite un escalier directement taillé dans la masse et donnant accès en « retour d’équerre » à une pièce de 2.40m sur 1.30m.

De toute évidence, il s’agit ici d’une pièce dénommée « Minenvorhaus » (Logement de mineurs). C’est dans cette pièce que les mineurs stockaient le matériel, éventuellement les équipements de secours. Elle peut également servir de lieu de stockage des déblais issus de la construction des galeries – en attendant leur évacuation en surface…. Mais ce ne fut pas le cas pour cette galerie.

Nous retrouvons également ce « logement de mineurs » dans la galerie du PV, directement en bas du puits d’accès de 11m30.
Côté allemand bien que l’élaboration d’un tel logement soit préconisé dans le manuel de la guerre de mines, nous retrouvons ces pièces uniquement dans 8 % des systèmes de mines allemands du secteur.
Néanmoins, qu’il s’agisse d’un ouvrage allemand ou d’un ouvrage français, ce logement de mineurs trouve toujours sa place très rapidement dès l’entrée en galerie et lorsque la profondeur atteinte offre une protection suffisante.
9.50m plus en avant dans la galerie principale, GRENADIERE Stollen présente une intersection dite en « V ».

Sur la droite s’ouvre un départ de galerie « RECHTS » Sur la gauche la poursuite de la galerie principale « ORT ». C’est à cette intersection qu’est présente une trace rupestre au fusain qui – malgré nos recherches – reste encore indéchiffrable et cela malgré différents traitements numériques.
Certains d’entre nous y voient un nom et un régiment effacés… Toutefois les seuls chiffres identifiables, ne correspondent à aucun régiment allemand occupant le secteur entre 1914 et 1917. Une autre théorie serait qu’il s’agisse ici – en ce point précis- d’un tableau de distances d’écoutes jusqu’aux lignes françaises.

Notons également qu’à cette intersection il existe dans le rameau de droite et celui de gauche deux masques de bourrage taillés dans les parois. Espacés de seulement 1 mètre, il est plutôt probable qu’il s’agisse ici d’un système anti-gaz, que de véritables masques de bourrage qui - rappelons-le - permettent de contenir les effets d’une explosion vers l’avant et ainsi préserver l’intégrité du reste du système de mines.
Aucune trace de système de ventilation n’est présente dans le développement de cette galerie. La faible longueur ainsi que la profondeur de cette galerie ont dispensé les pionniers allemands d’installer ici un système de ventilation, l’air s’engouffrant dans cette galerie naturellement.
Nos mesures du taux d’oxygène de nos détecteurs multi-gaz, confirment un taux identique en début et fin de la galerie.
Le rameau de droite identifié sur notre topographie « RECHTS » est abandonné au bout de 3.50m d’avance. A l’opposé : la poursuite de la galerie principale « ORT » est quant à lui bien plus abouti. Cette poursuite du système de mines vers la gauche, traduit déjà la volonté allemande de se protéger et/ou d’attaquer l’ennemi se trouvant sur son flanc gauche.
« ORT » offre donc un nouveau cheminement de 14.50m et présente - dès son départ - un magnifique cartouche sous forme de blason, lui-même intégré dans un cœur et comprenant 6 noms de soldats, tous issus du régiment GR89 (Grenadier régiment 89). Le slogan patriotique « GOTT FÜR KAISER » surplombe l’ensemble. Aucun de ces 6 soldats n’est mort sur le secteur de l’Oise. Quatre d’entre eux trouveront la mort en 1916, notamment dans la Somme et les deux derniers seront gravement blessés en 1918
.


Cette trace en particulier nous permet de « borner » une période de construction de la galerie GRENADIERE Stollen entre Octobre 1914 et Octobre 1915, période durant laquelle le régiment de ces soldats se trouve en charge d’occuper le secteur.
Notons que toutes les parois sont brulées sur environ 9m dans cette partie de « ORT ». Un incendie de faible puissance s’y est donc déclaré.
Par « faible puissance » nous entendons que la roche est simplement noircie et que sa structure chimique n’a pas changé sous l’effet d’une forte chaleur intense et/ou prolongée. D’ailleurs les étayages en bois encore présents ponctuellement et - pourtant sensibles au feu - ne sont que très légèrement carbonisés.
Rien n’a permis avec certitude de déterminer à quelle époque cet incendie s’est déclaré. Toutefois les gravures présentes ayant subi les effets des fumées, nous pouvons supposer que l’incendie s’est produit au-delà de 1916.

A l’extrémité de « ORT », une nouvelle intersection en « V » donne naissance à deux galeries d’attaque. Une niche grillagée dans la paroi pouvant contenir un éclairage d’époque (bougie ou lampe à carbure) est toujours en place à cette intersection.
Sur la gauche la galerie « LINKS » et sur la droite la poursuite en galerie d’attaque « ORT ».
Toutes deux progressent - vers l’avant - respectivement de 5.70m et 6.30m. Ces deux galeries présentent une légère pente qui les emmène aux environs de -8m de profondeur (-7.25 pour l’une et -8m20 pour la seconde).
Ces deux galeries semblent avoir été stoppées simultanément lors de leurs constructions. Bien que des ébauches de chambres soient amorcées aux extrémités de ces galeries (LINKS et ORT), ni l’une ni l’autre ne sont finalisées et leurs volumes (moins de 0,40M3) sont tout juste suffisants pour produire un camouflet (Explosion de faible puissance destinée principalement à stopper le travail souterrain ennemi).
Aucun isolateur en porcelaine n’est découvert pouvant traduire l’électrification de cette galerie mais nous relevons la présence de supports et de vestiges de câblage pour un système de transmission.
Des trous de forages sont encore visibles dans ce qui pourrait être des ébauches de chambres d’explosion, démontrant par là même deux points importants :
- Le travail de creusement s’est effectué par forage et à l’aide d’explosifs ;
- Le travail d’avance s’est brutalement arrêté.
Les pionniers allemands ont donc creusé cette galerie sans se soucier des bruits produits par leurs travaux. Les explosions souterraines liées à ces travaux ont dû être dissimulées par des tirs d’artillerie de surface. Cette technique est utilisée par les allemands uniquement au début de la guerre souterraine du secteur jusqu’à la fin janvier 1915.
Notons également, que durant cette période, aucun travail d’attaque français n’est amorcé sur le secteur, laissant donc aux allemands « le luxe » de choisir les cheminements, les profondeurs et surtout les objectifs à atteindre de leurs galeries, sans craindre d’être stoppés sous terre par des travaux Français.

Pour expliquer l’abandon du travail allemand dans GRENADIERE Stollen, il faut prendre en compte que fin Janvier 1915, les forces françaises découvrent en de nombreux points du secteur, le travail souterrain des allemands. Ordre est alors donné de reculer la première ligne française de 40 à 90m en arrière, pour s’éloigner du danger. Ainsi, d’octobre 1914 à fin Janvier 1915, la galerie d’attaque « LINKS » (celle de gauche), profonde de -8m20 prend comme objectif le saillant Français à proximité immédiate.
Notre topographie ainsi que les relevés L.I.DA.R de la surface effectués par drone, font apparaitre qu’ils se trouvaient alors à moins de 16m des Français ! Après le recul des premières lignes françaises, GRENADIERE Stollen se retrouve alors à 88m de la nouvelle première ligne Française…
Compte tenu de la faible profondeur de cette galerie (-8m en moyenne) et désormais de la distance la séparant des nouvelles positions françaises ; Ordre est donné par l’officier Pionnier en charge de la construction de cette galerie, d’arrêter les travaux d’avance.
Cette galerie reste toutefois opérationnelle mais – uniquement pour procéder à des écoutes - durant le reste de la guerre de mines. Des noms de soldats allemands présents en 1916 sont d’ailleurs découverts dans cet ouvrage.
L’analyse de cette galerie par l’ASAPE 14-18 permet donc - à l’aide des technologies modernes – de définir une période de construction comprise entre la mi-octobre 1914 et fin Janvier 1915. Cela fait de « GRENADIERE Stollen » l’une des toutes premières galeries de mines du secteur. Le tracé de cette dernière est réalisé sous la supervision du Pionnier Bataillon N°9. Ils sont appuyés dans l’exécution des travaux par les hommes du Grenadier Régiment 89, notamment la 9 et 10ème Kompanie qui tient ce secteur.
De toute évidence, c’est le recul stratégique d’environ 90m opéré par les Français fin Janvier 1915 et l’arrêt des travaux de cette galerie qui s’en est suivi, qui va soustraire cette galerie allemande des menaces souterraines faisant face aux réseaux français PV-PVa.
De Janvier 1915 à Mars 1917, la galerie Française la plus proche de GRENADIERE Stollen sera la galerie PVa et plus précisément les travaux de sa galerie enveloppe de droite. Les travaux ne débuteront qu’en date du 5 Janvier 1916. A terme ces travaux seront d’ailleurs abandonnés à une distance de 66m de cette galerie allemande sans pour autant la prendre pour cible ou même l’avoir détectée.
Enfin pour conclure ;
Revenons sur la particularité de GRENADIERE Stollen qui est son cheminement en plan horizontal ; Ce travail est assez rare comme progression chez les allemands du secteur. Seules 4 galeries de mines ont d’ailleurs cette particularité d’avance en plan horizontal. La plupart des autres ouvrages allemands arborent quant à eux – dès leurs entrées - une forte pente descendante avoisinant les 45° d’inclinaison, ce qui n’est pas le cas pour cette galerie pourtant construite sensiblement à la même période.
Sur ces 4 galeries horizontales et de faible profondeur (à ce jour connues), deux d’entre elles ont donné lieux à des explosions de fortes puissances sous un saillant Français le 26 Janvier 1915, signifiant par ailleurs le début de la guerre de mines souterraine du secteur.
Des lors, il est légitime d’avancer l’hypothèse que l’objectif de GRENADIERE Stollen était également de neutraliser le saillant français se situant – à cette époque – tout proche.
L’explosion aurait d’ailleurs pu avoir lieu simultanément avec les autres explosions du 26 Janvier 1915… Il ne restait que 16m et quelques jours de travail aux allemands pour se retrouver sous les pieds des soldats français devant eux…
L’absence de travail souterrain dans ce saillant Français aura peut-être comme conséquence le déclenchement des premières explosions allemandes sur l’autre saillant – quant à lui plus actif - et donc plus menaçant pour les allemands…
La galerie « GRENADIERE STOLLEN » ne comporte que 13 traces rupestres. Peu pourrions-nous penser. Toutefois ce faible total de relevés, s’explique par son historique. Son faible cheminement, comparée aux galeries voisines (49 mètres) ainsi que sa «basse » profondeur sont, selon nos recherches, dues à son rapide abandon, du fait du retrait sur le terrain, de la première ligne française !
Nous pouvons toutefois classer ces traces de la manière suivante :
- 1 blason régimenté du GR89 (avec 6 patronymes)
- 5 patronymes gravés (dont 2 du même soldat et un autre que nous retrouvons dans le blason précédent !)
- 1 plastron indéchiffrable
- 2 traces illisibles
- 3 paires d’initiales
- 1 personnage gravé

L’EQUIPE ASAPE 14-18





























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