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Ouverture et analyse de la galerie de mine allemande « G.11 - Französisches Stelung »

Dernière mise à jour : 1 sept. 2021

Nous sommes ici sur petite partie du front de l’Oise de quelques centaines de mètres de long…


Alors que les forces françaises se questionnent sur la faisabilité d’une galerie de mine dans le sol calcaire de la région, les kompanies de Pioniere allemands ne perdent pas de temps avec ce détail. Tout porte même à croire que dès la stabilisation du front en octobre 1914, ces derniers creusent à moyenne et grande profondeur vers les lignes françaises…

Voici donc un exemple d’un des nombreux travaux entrepris à partir des derniers mois de l’année 1914 : La galerie de mine allemande G.11. Mesurant 54m de long avec une profondeur atteinte de -25m (Chambre 1), son entrée se trouve directement dans la première ligne allemande qui – à cette époque – n’est distante que de 70m des positions françaises. L’objectif de ce type de galerie est double ; Dans un premier temps l’intérêt est d’être utilisée en tant que poste d’écoute et surveiller ainsi, la progression souterraine ennemie. Pour cela, des hommes aguerris à cette technique, écoutent les vibrations du sol afin de déterminer l’axe et la distance du travail ennemi. Le travail est d’autant plus dur qu’il s’agit de définir un point précis dans un espace à trois dimensions.



Par la suite, cette galerie peut servir de point de départ pour contrecarrer les travaux de l’ennemi en y plaçant des explosifs (dans la chambre) ou d’y débuter une galerie plus petite vers le travail ennemi.

Alors que les deux camps s’engagent dans une guerre de position sur le secteur, les Français signalent dès - le 29 octobre 1914- des premiers bruit souterrains « suspects » … De nouveau - début décembre - une activité anormale est signalée dans les premières lignes allemandes : un bruit de moteur et d’une perforatrice sont clairement entendus par intermittence.


Pourtant rien n’est entrepris côtés Français, pour se prémunir d’une attaque souterraine allemande… Certains gradés - dépêchés sur place afin d’analyser ces bruits - arriveront même à la conclusion qu’il est impossible pour les Allemands de creuser dans ce sol calcaire. Ces analyses erronées additionnées aux rapports classés - sans suite - feront que les Français resteront 2 mois inactifs face aux travaux Allemands.

Le 26 Janvier 1915, soit plus de 60 jours après le tout premier rapport français signalant des « bruits souterrains suspects », la 12. Kompanie du Füsilier-Regiment Nr. 90 déclenchent à 23h20 (heure allemande) leurs premières explosions de mines du secteur, causant la disparition de 24 hommes, 3 morts et 22 blessés. Dès le lendemain, l’Etat-Major Français réagit et ordonne un recul de 30 à 50m des premières lignes françaises et préconise de ne laisser dans les anciennes premières lignes que quelques soldats et sentinelles.

Parallèlement à cet ordre, la construction de puits de mines est engagée pour (enfin) contrer les travaux allemands. Des bruits de travaux souterrains ayant été signalés dans le secteur de la galerie G11, un puit atteignant « péniblement »18m de profondeur est creusé. Etonnamment, il ne sera utilisé que pour des écoutes, sans même chercher à faire une galerie transversale pour se rapprocher de l’ennemi. (Nous y reviendrons un peu plus loin, le détail à son importance…)

Ce qu’ignorent les français c’est que la galerie G11 n’est pas la seule menace sur ce secteur. Deux autres galeries identiques (G10 et G13) sont terminées et menacent dangereusement ce que sont alors est les avant-postes français.

Les sapeurs français, cherchent la couche de sable du secteur dans l’objectif de progresser plus facilement et surtout plus discrètement… ne trouvant pas cette couche de sédiments, ils abandonnent l’idée de partir en galerie via le fond de ce puits. Fort heureusement il sera décidé ensuite d’abandonner la recherche du sable et de creuser dans le calcaire. Durant « cette réflexion du service du Génie français » qui fera encore perdre du temps dans un système défensif ou offensif souterrain digne de ce nom, les allemands sont à -25m, quasiment sous les pieds des Français…dans le calcaire !

D’après les rapports français ainsi que les constatations terrain, nous proposons l’hypothèse suivante :




La galerie G.11 et ses deux chambres profondes (N°1 et la N°3) sont terminées dès le début Février 1915. Elles ne se trouvent alors qu’à 12m et 16m des premières lignes françaises et respectivement à -23 et -25m de profondeur. La troisième chambre (N°2), située à -17m est conçue quelque temps après (fin février/mars 1915). Son objectif est de se prémunir de la construction du puits de mine Français lui faisant face. Ceci expliquerait pourquoi cette chambre N°2 se trouve à une profondeur identique (a +ou -1m) de celle atteinte par le puit de mine français (-18m).

Quoi qu’il en soit, aucune explosion de mine n’est à répertorier aux environs de la galerie G11. Elle ne fut également jamais iniquitée par l’adversaire. L’unique puits de mine français se trouvant en face d’elle fut abandonné rapidement. La galerie G11 n’a donc servi que de poste d’écoute durant la guerre de position.

La galerie G11 fut construite entre fin Octobre 1914 au début Février 1915 (pour la galerie principale et les chambres 1 et 3), pour la chambre intermédiaire N°2, nous estimons la période de fin février à début mars 1915.

Compte tenu du découpage sectoriel allemand de l’époque (1914-1915), le Schleswig-Holsteinischer Pionier-Bataillon Nr.9 est sûrement à l’origine du tracé et des premiers coups de pioche de cette galerie G11. Par la suite, des hommes de la 8. Kompanie du Füsilier-Regiment Nr. 90 Kaiser Wilhelm occuperont cette galerie, suivis dès le 11 avril, d’hommes issus d’une des kompanien du troisième bataillon du Grenadier -Regiment Nr.89.

L’inventaire photographique réalisé par l’ASAPE dans la galerie G11 contient 5 traces rupestres. La majorité d’entre elles sont « primitives » et/ou détériorées par le temps. Cependant, l’une d’elles réalisée au fusain a retenu toute notre attention.



Au départ totalement illisible, il aura fallu quelques heures de traitement informatique pour que réapparaissent les mots « Französische Stellung ». Il pourrait s’agir d’une représentation des positions françaises telles que les Allemands pouvaient l’observer de leur première ligne. Cette trace est datée 1914-1915. Ce qui conforte notre datation de cette galerie. (Octobre 1914-Début Mars 1915)