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Ouverture d'une tranchée française !

Dernière mise à jour : 15 avr. 2021

C’est avec l’aimable accord du propriétaire de la parcelle et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (D.R.A.C) que l’association ASAPE 14/18 a engagé ses équipes pour ces travaux. L’ampleur du chantier était telle que l’association a mobilisé les plus gros moyens à sa disposition : mini-pelle 1.5 Tonne ; puis une pelle de 6 Tonnes, sondes, drone, logiciels de cartographie ainsi qu’une trentaine de bénévoles regroupés en deux équipes techniques.




𝗣𝗥𝗘𝗠𝗜𝗘𝗥𝗘 𝗣𝗛𝗔𝗦𝗘 : C’est suite à un effondrement de surface donnant accès à un abri effondré en son centre que nous avons débuté la première phase de nos travaux. Nous nous sommes procurés l’ensemble des cartes françaises et allemandes de 1915 à 1916 afin de déterminer l’emplacement le plus précis possible de la tranchée à laquelle était relié cet abri. Riche de toutes ces données historiques locales, l’ASAPE 14/18 a engagé des moyens mécaniques pour dégager l’entrée d’origine de cet abri afin d’accéder à la tranchée de première ligne. Dès les premiers coups de pelle, l’association se heurte à la nature du sol (calcaire) ainsi que la sécheresse du sol. La mini-pelle d’1,5 Tonne arrive très vite à la limite de ses capacités. Cependant, en fin d’après-midi, l’équipe tombe sur une tôle placée à la verticale et enfouie à 2.80m. Comme souvent, la présence d’une tôle à cette profondeur et dans cette configuration indique l’entrée d’un abri, d’un tunnel ou d’une sape, placée ainsi par les agriculteurs ou prisonniers (allemands) après-guerre afin de fermer les nombreuses cavités souterraines du secteur. Une fois la tôle dégagée, l’entrée de la galerie apparaît enfin. L’équipe sécurise et dégage un accès, permettant ainsi de visualiser la galerie faisant la jonction entre l’abri et la tranchée, fermée depuis plus de 100 ans.




L’équipe s’affaire désormais à suivre cette galerie jusqu’à la première ligne. Malheureusement, la profondeur est telle que la mini-pelle d’1,5 Tonne manque de puissance. De plus, nous tombons sur une succession de tôles empilées à l’horizontale rendant toute progression quasi-impossible. Peut-être les vestiges d’une tranchée couverte ou le prolongement de la galerie souterraine étayée par des tôles? Aucun vestige ne ressort de cette portion, hormis un câble téléphonique qui longe la paroi sortant de l’abri vers l’extérieur. La théorie la plus plausible est donc qu’il s’agit d’une partie étayée de la galerie souterraine.

La première phase des travaux s’arrête donc là, après 12h de travaux. L’ASAPE recherche alors activement une pelle plus puissante pour continuer les travaux sur cet abri et la tranchée de première ligne. C’est un artisan de Crépy en Laonnois qui prendra contact avec l’association via Facebook pour nous proposer son aide gracieuse.


𝗗𝗘𝗨𝗫𝗜𝗘𝗠𝗘 𝗣𝗛𝗔𝗦𝗘 : L’ASAPE engage des moyens lourds et inédits sur cette portion du front : 1 pelle de 6 tonnes arrive sur le chantier, généreusement prêtée et pilotée par Dimitri.M. L’objectif de cette nouvelle journée sur le site est la recherche de la tranchée de la première ligne française. Mais avant, l’ASAPE 14/18 souhaite dégager le toit de l’abri effondré afin de visualiser sa superficie d’origine.

En effet, ce dernier n’est préservé intact que dans sa partie Sud sur une superficie de 3m sur 2.40m… Profitant de la pelle puissante de 6 tonnes, nous décidons d’ouvrir l’abri sur toute sa longueur, en suivant les parois des murs encore intacts. L’ouverture se fait rapidement et en moins d’une heure, une fosse de 5m de long, 2.50m de largeur et 4m de profondeur est réalisée. L’ensemble de la structure de l’abri apparaît enfin sous nos yeux ! Des mesures sont établies et nous pouvons aujourd’hui connaître les dimensions initiales de cet abri souterrain : 7m de long sur 2.20 de largeur sur 1.80/2m de hauteur.

Nos hypothèses se révèlent justes : cet abri a très probablement subi l’impact d’un obus de gros calibre en son centre, faisant effondrer les 2/3 de l’abri. L’équipe retrouve d’ailleurs de gros éclats d’un obus allemand dans les déblais. Seuls, les murs de l’abri sont restés intacts, le toit s’est totalement effondré au sol. Une équipe recherche d’éventuelle traces rupestres et vestiges dans les déblais et sous le toit. C’est à ce moment, que nous apercevons que l’un des murs de l’abri ne forme pas un angle parfait. En effet, la partie Nord effondrée présente un mur taillé en courbe. Cela nous indique que le travail souterrain s’est poursuivi dans cette direction. Est-ce l’amorce de la sortie vers la surface ou l’accès à un autre site souterrain ? L’équipe déblaie alors, avec minutie, ce mur afin d’en suivre sa direction. Nous découvrons une marche et nous nous concluons hâtivement qu’il s’agit de l’amorce de la deuxième sortie recherchée menant à la surface. Mais une petite « fenêtre » taillée dans le front de taille et mesurant 80cm sur 50cm apparaît et semble donner accès à une autre salle.

Cette « fenêtre » nous intrique toujours… Etait-elle équipée d’une plaque de blindage ? Quelle était exactement la finalité d’une telle ouverture entre ces deux abris ? Un rapide exploration par cette fenêtre indique qu’une salle annexe est bien présente. Remplie de terre, il n’y a que 30cm sous plafond. Ce comblement est le résultat d’une sortie surface débouchant directement dans cette pièce. Nous stoppons alors les travaux mécaniques et une équipe est affectée à l’évacuation de la terre de cette pièce de 2m sur 2m. Il faudra 5h à l’équipe (en relais) pour déblayer ce deuxième abri.


C’est au cours de ce déblaiement que l’ASAPE 14/18 découvre plusieurs traces rupestres : 3 noms de soldats partiellement effacés, voire incomplets écrits au fusain sur les parois ou bien encore gravés à même les murs. Deux traces nous donnent des informations précieuses : "318" et "265" ! Ce sont les régiments ayant occupé ces abris, durant l’année 1915. Malheureusement, le JMO (Journaux de Marches et des Opérations …) du 318RI a disparu et celui du 265RI ne nous renseigne que très peu sur la vie souterraine de cette première ligne, bien que nous sachions qu’elle est composée de plusieurs abris souterrains du même type, sur environ 500m.

Avec le déblaiement de cet abri, les vestiges de l’occupation du lieu ne tardent pas à ressortir ! Avant même le déblaiement de cette cavité, l’équipe aperçoit une baïonnette de type Rosalie plantée dans le mur. Elle devait servir de porte besace aux soldats présents. Une vingtaine de boîtes de conserve sont retrouvées. Certaines contiennent encore la nourriture quasi fossilisée. Des projectiles LEBEL en grand nombre, des gamelles, une paire de brodequins français, quelques fioles dont une bleue en parfait état, des restes de bouteilles font partie des vestiges préservés par l’association.

D’autres vestiges sont plus rares et sont un véritable témoignage des combattants du secteur : c’est le cas notamment de la baïonnette type « Rosalie » retrouvée plantée dans le mur du petit abri. Mais nous avons retrouvé quelques heures plus tard son fourreau dans les déblais. Un huilier en parfait état a aussi été retrouvé. Une boite à graisse pour fusil LEBEL. Un couvercle de pulvérisateur type « VERMOREL » qui servait à pulvériser des polysulfures alcalins dans l’abri en cas d’attaque au gaz ; Enfin, un support artisanal pour l'éclairage des soldats dans cette cavité est retrouvé intact.

Au final, l’objectif de découvrir la première ligne française ne sera pas atteint. Nous avons préféré nous focaliser sur la découverte de ces d’abris interconnectés… Les vestiges les plus « précieux » ont fait l’objet d’une restauration par un membre de l’ASAPE. Nous avons également dressé le plan de l’abri. Toutes ces données ont été mises à disposition du propriétaire du site et de la D.R.A.C afin que celle-ci complète ses cartes archéologiques.

Conformément au partenariat qui nous lie au propriétaire du site, nous ne mentionnons pas – volontairement- la localisation précise de la découverte ou le nom de cette tranchée de première ligne, afin d’éviter tout pillage des environs du site. Après avoir relevé précisément les différentes entrées des cavités à l’aide de coordonnées GPS, nous avons rebouché la fosse creusée. Comme souvent, vous serez nombreux à nous dire qu’il est « dommage » de reboucher… Véritable « livre ouvert » sur l’Histoire de notre pays et sur les conditions de vie de ceux qui se sont battus.

Croyez bien que nous aimerions laisser ce libre ouvert… Notamment pour les nouvelles générations. Cependant les terres des agriculteurs sont leurs ressources. Il faut plutôt saluer ces propriétaires terriens qui laissent – quand les cultures le permettent – notre association accéder aux nombreuses richesses souterraines sous leurs parcelles. Pour conclure, nous vous rappelons qu’il est formellement interdit de prospecter dans les propriétés privées. Interdit de creuser sans autorisation de la D.R.A.C ; Sans en informer le propriétaire, le maire de la commune concernée, ainsi que les services de gendarmerie… Toutes les munitions retrouvées doivent être signalées en mairie afin que la Sécurité Civile intervienne.