« KÜRT STOLLEN » : Le face à face (distant) entre Pionniers et Sapeurs…
- Staff ASAPE

- 12 sept.
- 11 min de lecture
Nous analysons aujourd’hui une nouvelle galerie de mine allemande faisant face au système souterrain Français « PV-PVa ». Il s’agit de l’étude technique et historique de la galerie « KÜRT STOLLEN ».

Tout comme la galerie voisine « LÜBEKE STOLLEN » étudiée précédemment l’entrée de cette galerie de mine se situe également en première ligne allemande au niveau du saillant faisant directement face aux travaux de mines français du Puits N°V.
De nos jours, l’entrée se situe à -1m65 sous la surface, ce qui correspondait – durant la période 1914-1917 - au fond de la tranchée de première ligne. La galerie KÜRT Stollen établit son cheminement souterrain dans la roche calcaire porteuse de l’Oise. Elle présente un développement total de 69m et atteint une profondeur maximale de -17m20 d’après les relevés LIDAR effectués par l’ASAPE 14-18.

D’ores et déjà, cette profondeur atteinte, place cette galerie en capacité de neutraliser les ouvrages français du secteur, notamment les galeries d’attaques françaises provenant du Puits N°V qui s’établissent entre 12m et 13m.
L’emplacement choisi pour cette nouvelle galerie, lui permet d’être protégée à 38m - sur l’aile droite par une autre galerie de mine.
Sur l’aile gauche, le No Man’s land offre une relative « sécurité » avec une distance séparant les lignes des belligérants de 113m.

La galerie principale nommée « ORT » sur notre topographie débute son cheminement avec une pente descendante avoisinant les 32%. Elle se poursuit sur une distance de 17m en présentant une légère courbe vers la droite.
Si l’on projette - jusqu’aux lignes adverses - l’orientation prise par les premiers mètres de cette galerie « ORT », elle vise directement les travaux souterrains en cours dans la galerie principale Française du Puits N°V aux environs de ses 33m de cheminement. En croisant les données issues de l’Historique français des mineurs travaillant dans la galerie du Puits V, nous estimons donc que ce point de visée allemand est effectué aux alentours du 15 Mars 1915.
Notre modèle numérique de terrain (relevés LIDAR aériens + relevés LIDAR souterrains) laisse apparaitre - sans ambiguïté - le fait que la galerie KÜRT STOLLEN et notamment sa galerie principale « ORT » est bien élaborée en réponse aux travaux français qui sont en approches, notamment ceux du Puits N°V. Tout laisse donc à penser que cette « réponse allemande » est mise en chantier à la fin du premier trimestre 1915.
Compte tenu de cette date et de la répartition des bataillons allemands sur le secteur, c’est un officier de la Première Kompanie du bataillon de Pionniers N°9 qui est à la tête de ces travaux. Ce bataillon, spécialisé dans les travaux souterrains est appuyé par des hommes d’infanterie à savoir le Fusiller Régiment 90, pour tout ce qui a trait à l’évacuation des déblais, l’installation de l’électricité, des communications et la ventilation. Ils sont ensuite relevés le 11 Octobre 1915 par les hommes de l’IR95.

Continuons le cheminement de la galerie « ORT », qui se poursuit jusqu’à une intersection donnant naissance à deux nouvelles galeries.
Sur la gauche s’ouvre une nouvelle galerie : « LINKS ».
A droite une nouvelle galerie : « RECHTS ».
Enfin au centre, se poursuit le cheminement de la galerie « ORT ».
Dans les faits, rien ne permet de définir - à ce jour - l’ordre dans lequel ces galeries ont été élaborées. Toutefois, si l’on tient compte de la topographie complète du système KÜRT Stollen ainsi que des menaces sur ce secteur au premier trimestre 1915, il nous parait très probable que la galerie « ORT » soit la première établie dans ce système.
Notons qu’à ce stade de nos recherches sur ce secteur de l’Oise ; Seul ce système présente une intersection donnant naissance – en un même point - à trois galeries dites « d’attaques ». Nous entendons par « galeries d’attaques » une galerie qui présente en son extrémité une chambre, pouvant accueillir les explosifs.

Sur l’aide droite s’ouvre la galerie « RECHTS » qui va cheminer sur un total de 16m70 avec une très légère courbe vers la droite. Elle atteint en son extrémité, la profondeur de -12m60 et présente une petite chambre d’explosion susceptible d’accueillir 0,80M3 d’explosifs.
En amont de cette chambre, 4 emplacements pour des verrouillages (VERRIEGELUNG) sont taillés dans les parois, tous espacés de 2m40. Ces verrouillages, appelés aussi « masque de bourrage » permettent d’y placer des madriers en bois afin de bloquer les sacs de bourrage contre la charge explosive située dans la chambre d’explosion.
La chambre d’explosion de « RECHTS » est – si nécessaire - utilisable immédiatement par les allemands dans le cas où une galerie française chercherait à s’infiltrer entre la droite du système « KÜRT Stollen » et la gauche du système voisin : Celui de « LÜBEKE Stollen ».
Tous les indices laissent à penser qu’elle n’a servi qu’à faire des écoutes souterraines. Elle est d’ailleurs idéalement placée à la même profondeur (-12m62) que l’attaque française en cours depuis la galerie du Puits N°V (-12m).

A l’opposé - sur l’aile gauche - la galerie « LINKS » présente quant à elle un cheminement de 18m20 ets’enfonce à -16m50 de profondeur avec une pente de 39%. « LINKS » débouche également dans une chambre d’explosion présentant un volume d’1.68M3. Nous retrouvons également en amont de cette chambre, 4 dispositifs de verrouillages creusés directement dans les parois afin de bloquer le souffle d’une éventuelle charge (masque de bourrage).
La chambre d’explosion de « LINKS » (tout comme celle de « RECHTS »), est opérationnelle mais une nouvelle fois, aucun signe ne démontre la volonté allemande à préparer une explosion depuis cette chambre. Elle n’a donc servi que de point d’écoute pour les Pionniers afin de déterminer l’état d’avancement des travaux souterrains ennemis.

Revenons à notre intersection afin d’analyser la galerie « ORT » qui est le fer de lance de ce système.
Cette galerie poursuit son cheminement sur une distance de 25m à l’aide d’une pente avoisinant les 40% d’inclinaison. Elle va atteindre la profondeur de -17m20. Les trois derniers mètres de « ORT » se trouvent en « plan horizontal » et cela signifie que -17m ou -18m était bien la profondeur recherchée par les Allemands lors du creusement de la galerie « ORT »
Un seul vestige de câble électrique est encore en place dans ce système de mines. Il court sur la paroi de droite depuis l’entrée, jusqu’au fond de la galerie « ORT ». Il se termine par un piquet planté dans le sol avec le câble enroulé soigneusement autour. Nous reviendrons sur ce détail un peu plus tard dans l’analyse.
A l’instar des autres galeries du KÜRT Stollen, des systèmes de verrouillages sont préparés également dans la galerie « ORT ».
Notons une rectification bien visible de trajectoire en fin de cheminement, qui pourrait être la réponse allemande aux modifications de trajectoire des français, notamment avec l’ouverture du rameau de gauche de la galerie du Puits N°V .

Au fond de « ORT » nous nous retrouvons bloqués. Cette galerie semble être soit : - « comblée », soit « détruite » ou même – « en construction ». Seuls 40cms d’espace situés sur le haut de la galerie « ORT » permettent d’apercevoir la poursuite du cheminement de cette galerie. Une mesure télémétrique estime le reste du cheminement entre 4 à 6m.
Les parois ne présentant aucun signe de noir de fumée ou d’altération quelconque permettent d’éliminer l’hypothèse de la destruction par explosion.
La présence de système de verrouillage dans cette partie, indique que les travaux se sont poursuivis au-delà. Nous pouvons donc éliminer l’hypothèse des « travaux en cours. » Il ne reste donc qu’une seule hypothèse plausible : La galerie « ORT » est comblée en son extrémité… Un comblement du sol au plafond d’une extrémité d’une galerie de mine ne peut signifier qu’une seule chose : Nous sommes face à une « queue de bourrage » d’un fourneau de mine.

Pour rappel, une fois les explosifs chargés dans la chambre d’explosion, il faut ensuite entasser des centaines de sacs derrière cette charge pour contenir le souffle de l’explosion. Les systèmes de verrouillages dans les parois font partie intégrante de ce bourrage en insérant des madriers de bois à intervalles réguliers afin d’augmenter la résistance de ce dernier.
Si un tel système de bourrage n’était pas mis en place, les lois de la physique s’appliqueraient et le souffle se dirigerait naturellement vers l’espace présentant le moins de résistance… en l’occurrence : la galerie allemande elle-même !
Il se produirait alors l’effet « canon », avec le souffle de l’explosion remontant l’intégralité du cheminement de la galerie jusqu’à son entrée
Impossible de confirmer si la charge est toujours en place en 2024, mais de toute évidence, tout à été préparé pour qu’une mine soit « jouée » au fond de la galerie « ORT ». Une trace rupestre d’époque représentant une tête de mort est d’ailleurs en cours d’élaboration sur l’une des parois de cette galerie à proximité du fourneau…
Souvenez-vous un peu plus tôt nous nous arrêtions sur le piquet planté dans le sol avec le câble électrique enroulé.


Cela peut être le signe d’une « sécurité » mise en place par les allemands, afin de ne pas déclencher involontairement la charge placée à quelques mètres de là. Électricité et explosifs ne font jamais « bon ménage » en milieu confiné...
Nous avons pensé dégager ce bourrage pour avoir le cœur net, mais la configuration de la galerie « ORT » ne présentait pas les conditions de sécurité nécessaires pour l’intervention de notre staff. Il aurait fallu remonter les déblais issus du débourrage par la pente à 39%, le tout en remuant une quantité importante de poussière rendant l’atmosphère rapidement irrespirable.
Si la chambre d’explosion de la galerie « ORT » est bien chargée et que nous nous trouvons bien devant sa « queue de bourrage », elle serait – à ce stade de nos recherches - l’unique galerie de mine allemande chargée et non explosée du secteur. Les autres chargements dans les galeries voisines ont quant eux jouées. (C’est-à-dire que l’explosion a été déclenchée).
Cette charge préparée serait donc une réponse aux travaux français, qui depuis le mois de février 1915 arrivent à grande vitesse vers eux. Il est fort probable que ce soit la construction du rameau de gauche du Puits V entamée depuis le 28 mars 1915 et peut-être une possible explosion française en date du 16 Aout 1915 qui précipitent le chargement de la galerie allemande « ORT » du KÜRT Stollen…
En effet, depuis le 24 février 1915 les français prennent la direction de la première ligne ennemie entre les ouvrages allemands « LÜBEKE Stollen » et « KÜRT Stollen ». Les français détectent bien à plusieurs reprises des bruits provenant de la région du système « KÜRT » notamment le 02 Juillet 1915 : « Des bruits sont entendus alors que les hommes sont en train de travailler. Des bruits déjà signalés par des écoutes semblent se rapprocher ».
Au passage, il semble bien que les bruits de construction liés à l’avance de cette galerie soient détectés rapidement par les français. Un compte rendu d’écoutes daté du 24 Février 1915 indique qu’il est perçu des bruits, « rappelant ceux d’une pioche de 0h à 13h et de 16h à 18h. »

Les bruits devenant plus proches devant eux, les français réagissent dès le 12 Juillet 1915 : « La compagnie ouvre un petit rameau dans la direction des bruits entendus »
Le 16 Aout 1915 les français chargent bien un fourneau face aux bruits provoqués par la construction de ce qui pourrait être ceux du « KÜRT Stollen » : « Chargement de 500kg de Cheddite à la profondeur de 11m30 dans le rameau de droite » et « Chargement quelques jours après de 800kg de poudre noire du fourneau du rameau de gauche » (En réalité le 30 Septembre 1915).
Les directions prises par les galeries d’attaques françaises ou allemandes ainsi que l’établissement de fourneaux en leurs extrémités, indiquent sans ambiguïté que les deux camps se sont détectés mutuellement…
Français et allemands ont chargé chacun de leur côté leurs fourneaux, pour contre-miner l’avance de l’autre… Pour les français, 800kilos de poudre noire au fond du rameau de gauche ainsi qu’un second fourneau compris entre 460 et 500 kg de cheddite. Le premier fourneau doit être « surchargé » contenu de la profondeur et du volume impressionnant de poudre noire entassée dedans, le déclenchement de cette mine aurait dû creuser un entonnoir en surface. Or le LIDAR ne détecte rien de semblable. Le second est un fourneau « sous chargé » d’explosifs de type Cheddite. Il est destiné à neutraliser le travail souterrain ennemi sans causer d’entonnoir en surface. Il s’agit donc d’un camouflet.
Les sources divergent quant au déclenchement ou non de ces fourneaux français…
Côté allemand, le fourneau de « ORT » doit être chargé d’une centaine de kilogrammes d’explosifs de type « Westfalit » ou « Perdit ».
Dans l’ensemble, aucun de ces fourneaux n’est assez puissant pour détruire le travail adverse avec ces 48m les séparant. D’un côté comme de l’autre, une phase d’attente s’installe et aucun des deux camps ne va aller au contact du travail adverse en poursuivant son cheminement d’attaque.

Les traces rupestres découvertes dans la galerie « KÜRT » sont au nombre de 13, ce qui est assez faible compte tenu des 69 mètres de développement qu’elle présente. Deux traces sont des patronymes malheureusement non identifiables par notre équipe. Quatre traces sont des gravures représentant des profils de visages (homme et femme) et une trace représentant un sexe féminin.
Pour le reste, elles sont essentiellement des traces dites « techniques » et correspondent à des mesures de distances prises par les pionniers depuis l’entrée de la galerie.

Une trace est très intéressante et semble accréditer la théorie d’un travail allemand guidé par les bruits provenant des travaux Français du Puits V. Cette trace se trouve dans la galerie « ORT » à 25m de l’entrée. Elle représente un cercle coupé par un « X ».
La localisation de cette trace rupestre se trouve exactement à -11m80 de profondeur sur une des parois de la galerie « ORT » du « KÜRT Stollen ». Il se trouve que les travaux français du PUITS V sont justement compris entre 11m50 et 12m de profondeur face à cette galerie allemande.
Nous avançons la théorie que les écouteurs allemands ont ici procédé à une série d’écoutes et ont conclu - qu’en ce point précis - les bruits provenant des travaux français sont « en plan ».
C’est-à-dire que les travaux français se trouve à la même profondeur que le point d’écoute allemand. Cette observation leur a permis d’approfondir la galerie « ORT » afin de se placer en dessous du cheminement des Français. Rappelons que l’une des règles primordiales dans le cadre de la guerre souterraine et de se trouver « en dessous » de l’ennemi.
Notons qu’aucune de ces traces rupestres « techniques » de cette galerie n’indiquent la profondeur atteinte par la galerie… A l’inverse la galerie voisine : « LÜBECKE STOLLEN » n’offre quant à elle que des traces indiquant la profondeur atteinte de l’ouvrage lors de ces différents stades d’avancement…
Alors qu’il s’agit vraisemblablement des mêmes hommes qui sont à l’origine de ces deux ouvrages souterrains et distants de seulement 38m, pourquoi n’ont-elles pas les mêmes traces « techniques » sur leurs parois ?

C’est l’existence ou non d’une menace souterraine ennemie sur le secteur face à l’ouvrage en construction qui définira les indications importantes à communiquer sur les parois entre les différentes équipes de Pionniers allemands qui vont se relayer dans les travaux.
Comme nous venons de le présenter, la galerie KÜRT STOLLEN est débutée depuis la mi-mars 1915 - en réponse - aux travaux français qui sont en cours depuis quelques semaines face à elle. Le cheminement de ce système est donc établi en fonction des bruits provenant des travaux français. Il n’y a aucun plan prédéfini… Les allemands adaptent le tracé de cette galerie - en fonction de l’avance du chantier Français-.
Pour ce qui est de la profondeur à atteindre pour cette galerie, elle sera adaptée à la profondeur atteinte par les français. Pour les allemands, la seule obligation sera de se placer quelques mètres en dessous des français.
En comparaison, la galerie voisine – LÜBEKE Stollen - est élaborée en tout début de guerre de position et sans menace souterraine face à elle. Cette « absence » de danger immédiat, laisse donc libre court aux allemands dans leur conception du cheminement et de la profondeur finale.

Ainsi l’ASAPE 14-18 émet comme hypothèse que les indications techniques laissées dans une galerie de mine élaborée sur un secteur sans menace souterraine immédiate, ne seront essentiellement que des mesures de profondeur.
A contrario, une galerie établie en réponse à une attaque en cours (contre-mine) présentera sur ses parois d’autres informations techniques et principalement les distances parcourues depuis l’entrée de la galerie.
Il est alors primordial de devancer le travail ennemi et de connaitre « la distance » séparant la tête de galerie allemande à celle de l’ouvrage français…
La profondeur quant à elle, peut toujours être adaptée à tout moment avec une pente plus ou moins importante. Si une trop grande différence de profondeur existe entre le système allemand et Français, l’utilisation d’un puits pourra être alors envisagé pour compenser le décalage.
Vous découvrirez un exemple prochainement, lors de l’étude du « SCHACHT Stollen » le 19 Septembre 2025 sur nos supports médias.
Bien évidement cette théorie ne pourra être validée définitivement qu’une fois toutes les galeries allemandes découvertes et étudiées sur ce secteur.
L’EQUIPE ASAPE 14-18.

















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