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 « HINDENBURG STOLLEN » Le projet d’enveloppe allemande…. 

Voici l’étude de la dernière galerie de mine allemande faisant face au réseau souterrain français PV-PVa : la galerie « HINDENBURG STOLLEN ». 

Il s’agit de l’unique galerie de mine allemande ne prenant pas naissance dans le fond d’une tranchée de première ligne ; en effet, l’entrée de cette galerie se trouve dans une tranchée du nom de « Hindenburg Strasse », qui fait la jonction entre la première et la seconde ligne allemande.


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Cette implantation, en arrière de la première ligne et à flanc de coteau, place la galerie HINDENBURG à un endroit qui se trouve être le plus lointain des lignes françaises et à une côte altimétrique inférieure aux positions adverses. Le no man’s land qui sépare les belligérants est quant à lui de 138 mètres.

Il parait donc très improbable qu’une attaque souterraine provenant du camp français survienne sous cette position.  D’autres galeries de mines allemandes situées bien en avant sont d’ailleurs beaucoup mieux situées pour défendre ce secteur ; ces dernières peuvent rapidement détecter et neutraliser toutes tentatives d’incursions de galeries françaises susceptibles de s’infiltrer en moyenne ou grande profondeur.

Cette distance et cette situation géographique placent l’entrée de la galerie HINDENBURG hors d’atteinte des sentinelles françaises. Elles permettent également aux Allemands de s’épargner le transport pénible des nombreux mètres cubes de roches issues de la construction mais aussi de les dissimuler ; les rejets seront ainsi stockés directement dans le périmètre immédiat de son entrée, les monticules de rejets étant toujours visibles à cet endroit 110 ans plus tard.

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Le premier bataillon de pionniers N°9 qui occupe ce secteur va adopter une stratégie qui consiste à multiplier leurs ouvrages de mines en ouvrant au-delà de la première ligne des systèmes souterrains tous les 30 à 40 mètres ; toutefois, d’après nos cartes, ils semblent curieusement laisser un vide souterrain entre leurs ouvrages KÜRT STOLLEN et SCHACHT STOLLEN de plus de 114 mètres. 

 

Bien que très éloigné des lignes françaises, cet espace de plus de cent mètres présente une véritable brèche dans le système de défense allemand et constitue une porte ouverte pour les sapeurs-mineurs français qui s’activent sous terre depuis février 1915.

En général, et sans danger immédiat, les Allemands font donc le choix sur le secteur d’avancer leurs galeries d’une quarantaine de mètres en avant de la première ligne.  


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Si HINDENBURG Stollen, opte pour une configuration identique aux galeries voisines, l’officier pionnier en charge de la construction de cette nouvelle galerie sait déjà qu’il va lui falloir établir un cheminement linéaire compris entre 75 et 80 mètres depuis l’entrée afin de se positionner sous le no man’s land, et à la même avance que les autres galeries de mines allemandes situées sur les flancs droite et gauche.

Creuser une telle distance pour les pionniers allemands n’est pas un problème : ce sont des professionnels et maîtres en la matière ; ils peuvent d’ailleurs être appuyés par des mineurs professionnels dans cette tâche.

 

Une telle distance multiplie en effet les risques d’être repérés et neutralisés par l’ennemi français, qui désormais est à l’affût de tout bruit souterrain suspect. Dans le cas de cette galerie, l’unique solution pour les pionniers allemands serait d’atteindre le plus rapidement possible la couche de sable située aux alentours de - 30 mètres ; ainsi, les travaux gagneront en discrétion et les rendront quasiment imperceptibles par les écouteurs français.   


Mais est-ce vraiment la finalité de la galerie HINDENBURG Stollen ?

 

Cette galerie s’ouvre de nos jours à une profondeur de 1,75 mètres dans un affaissement pas plus large qu’un homme.  Hormis les quelques monticules de rejets de craie aux alentours, le boyau d’accès « Hindenburg Weg » a totalement disparu.

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L’entrée présente une fragilité rocheuse assez marquée dès son départ : en effet, un étayage maintient en équilibre la roche qui menace de s’effondrer, étayage qui n’est d’ailleurs pas de conception militaire puisque les planches ne possèdent pas de mortaises et de tenons, procédé classique des coffrages allemands ; il s’agirait plutôt d’une installation d’après-guerre afin de préserver l’accès à cette galerie.


Passé cette fragilité, nous voici dans la galerie principale nommée « ORT » sur notre topographie présentant une forte pente de l’ordre de 45% et va cheminer sur 25 mètres pour atteindre 18 mètres de profondeur. Afin de faciliter l’accès dans cette pente, les pionniers ont pris soin de tailler dans la masse une trentaine de marches.


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Notons à 31 mètres la présence d’un « fantôme de roche » (poche de sable dans la strate calcaire) qui s’élève de 5 mètres dans le plafond du cheminement principal de la galerie « ORT » ; les pionniers avaient d’ailleurs étayé ce passage à l’aide d’un solide coffrage aujourd’hui disparu.

Jusqu’ici, la galerie principale « ORT » prend bien la direction du no man’s land situé devant elle.  A cette profondeur de 18 mètres, la state rocheuse commence à changer de composition : elle passe progressivement d’une « couche calcaire » au « sable cuisien », par l’intermédiaire d’une couche de « calcaire à nummulites » (fossiles).

 

Curieusement, les Allemands ne font pas le choix d’approfondir le cheminement de la galerie « ORT » jusqu’à la couche de sable. 

Suite à cette descenderie de 45% plongeant immédiatement à - 18 mètres, la galerie HINDENBURG s’est déjà avancée de 25 mètres et se retrouve désormais à l’aplomb de la première ligne allemande.


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 Elle a amorcé, en ce point, un changement notoire de trajectoire vers la gauche. Dans le même temps, « ORT » poursuit son cheminement sur 28 mètres ainsi que sa descente à l’aide d’une pente douce jusqu’à atteindre la profondeur de 23 mètres. Au sol, des vestiges de conduites d’aérage sont visibles ; ils étaient initialement installés sur la paroi de gauche en hauteur mais les supports de ces conduites composés de simples fils de fer ont cédé au fil des années. 

 

La présence de ce système d’aérage s’explique par la forte pente et la distance conséquente depuis l’entrée ; en effet, l’air ne circulant plus naturellement depuis la surface oblige désormais les pionniers à procéder à l’apport d’air frais. Ces systèmes de ventilation ont d’ailleurs une double fonction, pouvant également fonctionner à « reflux » afin d’aspirer l’air vicié de la galerie.



Depuis l’entrée, le cheminement de la galerie « ORT » s’étend désormais sur 53 mètres avant d’atteindre une intersection en « V ».

Sur la gauche, se poursuit la galerie « ORT » qui continue sa courbe amorcée en amont, mais elle se trouve rapidement stoppée en pleine construction après seulement 3 mètres de cheminement, les Allemands n’ayant même pas extrait les débris encore entassés au sol.

Sur la droite, s’ouvre une nouvelle galerie notée « RECHTS » sur notre topographie ; celle-ci, taillée très grossièrement, va cheminer en « plan » à la profondeur moyenne de 22 mètres et cela sur 24 mètres. De même que pour la galerie « ORT », son avancée semble brusquement stoppée.

A ce stade des constatations, il est impossible de déterminer qu’elle a été la stratégie adoptée par les pionniers allemands dans ce système souterrain.

 

Quelle est la raison de cette courbe importante allant sur le flanc gauche ? Pourquoi la galerie « ORT » est-elle abandonnée au bout de … mètres ? Pourquoi  effectuer un nouveau changement de direction en ouvrant la nouvelle galerie « RECHTS » ?


La galerie HINDENBURG ne comporte que très peu d’éléments pouvant nous éclairer. La plupart des traces rupestres se trouvent dans la descenderie, la strate traversée étant composée de calcaire. La plupart des métrages sur les parois sont partiellement effacés et seules deux traces rupestres laissées au noir de fumée au plafond vont pouvoir nous aider. 

La première indique le patronyme « SIEGEL » et l’autre « HECK » suivit de « 94 » ; il s’agit ici du régiment IR94 qui occupe ce secteur entre octobre 1915 et début mai 1916. Ces deux patronymes sont ceux de deux soldats de l’Infanterie Régiment IR94 (3ème bataillon).

Le premier est Stefan SIEGEL, originaire de Neudorf qui est légèrement blessé en octobre 1918.  

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Le second est le musketier Reinhard HECK de la 9 Kompanie du 3ème bataillon de l’IR94 ; il est décédé en toute fin de guerre.

Afin d’affiner la compréhension de l’ouvrage « HINDENBURG STOLLEN », il faut donc pour l’équipe ASAPE 14-18 passer cette galerie totalement au LIDAR et reporter ensuite cette topographie sur notre modèle numérique de terrain (carte LIDAR aérienne + reports de toutes les galeries souterraines du secteur).

Après quelques heures d’infographie, le résultat obtenu permet de comprendre la stratégie mise en place par les pionniers dans cette galerie.


Au sujet de la galerie principale « ORT »

Comme déjà dit, elle est abandonnée alors qu’elle entamait une nette courbe sur son flanc gauche.


Notre modèle numérique de terrain issu de la topographie souterraine et du LIDAR de surface indique que cette courbe sur la gauche fait cheminer la galerie « ORT », d’abord parallèlement à la première ligne allemande puis dans les derniers mètres amorce un retour directement dans la première ligne allemande plus à l’Est.

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Nous avons calculé qu’il restait aux pionniers allemands environ 29 mètres de cheminement de galerie à creuser afin de rendre opérationnelle la galerie « ORT », travail qui n’aurait nécessité que quelques semaines ; ce cheminement serait progressivement remonté de - 21 mètres jusqu’à la surface ou dans l’abri de première ligne identifié.  

En effet, en respectant la courbe déjà bien entamée par « ORT » et si l’on projette le cheminement qu’il reste à effectuer pour atteindre la première ligne, la galerie aurait dû déboucher dans un abri souterrain que nous avons localisé.


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En effet, l’ASAPE 14-18 découvre sur place un abri à moitié enseveli avec dans son périmètre immédiat un important volume de rejets de craie ; d’après notre nos observations, ce volume parait trop important pour n’être que le résultat de la construction d’un abri de première ligne.

Il serait donc « historiquement » intéressant d’entreprendre des recherches dans cet abri afin de constater si des travaux de mines y ont été entrepris en vue de rejoindre ceux en cours dans la galerie « ORT ».

C’est une technique répandue chez les pionniers et les sapeurs français d’attaquer les travaux souterrains (tunnels ou galeries enveloppes) par les extrémités simultanément afin de procéder à une jonction souterraine des travaux.

De par sa topographie, nous pouvons affirmer avec certitude que la galerie « ORT » n’est pas de nature « offensive ».

 

Factuellement, elle chemine en effet sur plus de 28 mètres parallèlement et devant la première ligne allemande, ce qui indique clairement que l’officier pionnier cherche à créer une nouvelle sortie en première ligne.

 

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Ces éléments permettent de conclure que la galerie « ORT » du système HINDENBURG est une galerie dite « de garde » aussi appelée » « enveloppe » ou bien encore une « transversale ».

Il s’agit d’un type particulier de galerie souterraine permettant de couvrir une grande longueur parallèlement au front ; c’est un ouvrage souterrain à but défensif qui, en cas d’alerte, permet une réaction rapide vers un danger détecté. A terme, cette galerie enveloppe « ORT » aurait permis à elle seule de protéger plus de 60 mètres de première ligne allemande.





Les Allemands conçoivent donc effectivement « ORT » comme une galerie défensive de type « enveloppe » pour deux raisons :


-          Le choix d’implanter cette galerie non pas en première ligne mais loin derrière s’explique par le fait que la distance séparant cette entrée et l’ennemi n’est pas un facteur à prendre en compte ; les ouvrages souterrains français ne sont pas l’objectif à atteindre.

-          La courbe entamée immédiatement en bas de la descenderie d’accès exprime clairement la volonté des pionniers de prendre rapidement la direction de leurs propres lignes pour effectuer une jonction avec une autre galerie ou directement la surface, afin de « boucler » cette galerie enveloppe.


HINDENBURG Stollen aurait pu toutefois devenir rapidement « offensive » et cela en cas d’alerte : il aurait alors suffi aux pionniers allemands d’ouvrir une galerie dite « en antenne » depuis le flanc de « ORT » vers les bruits détectés et de neutraliser cette menace.  


Voici un extrait du règlement allemand relatif à la guerre de mines concernant ce type de galerie :

« Il est, la plupart du temps avantageux de construire des galeries transversales. Elles rendent difficile à l’adversaire une progression dissimulée, parce qu’elles facilitent le service des écouteurs. Elles donnent la possibilité de contrer miner immédiatement, en partant d’un point quelconque et dans le temps minimum, les travaux de mines ennemis qui auraient pu être identifiés. Les gaz toxiques, par les galeries transversales se répandent dans tout le système, d’un autre coté ils conduisent à une ventilation plus rapide. Autant que possible, elles doivent se trouver éloignées de plus de 25m de la position amie. »


A notre connaissance et au stade de nos recherches, aucune galerie allemande de type « enveloppe » reliant deux points en surface n’existe sur le champ de bataille du secteur, d’où l’importance historique de cette galerie.  

L’existence de galeries « enveloppe » est attestée chez les Français qui vont d’ailleurs créer en janvier 1916 une galerie de ce type dans leur système se situant face à HINDENBURG Stollen en reliant les galeries des puits V et Va par une galerie « enveloppe » . (Le projet initial français est en fait de relier trois puits par une galerie « enveloppe ».)

 

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Au sujet de la galerie « RECHTS » 

Alors que la galerie « ORT » s’arrête brutalement lorsqu’elle entame son retour vers la surface, les pionniers allemands ouvrent sur la droite, une nouvelle galerie longue de presque 24 mètres baptisée « RECHTS » sur notre topographie.

§  Notre première hypothèse était qu’un danger avait été détecté, contraignant les pionniers à abandonner l’avance de la galerie « ORT » pour prendre la direction de ce danger.

§  La seconde hypothèse avancée par notre équipe terrain était que cette galerie « RECHTS » allait à la rencontre du puits de la galerie « SCHACHT STOLLEN » situé à seulement 14,70 mètres devant elle et à 7,90 mètres plus au-dessus. Néanmoins, la pente aurait dû être de presque 53% pour rattraper le fond du puits ; hors, ce pourcentage est bien supérieur aux descenderies allemandes du secteur qui au maximum atteignent les 45%.

S’il s’agit bien du projet initial allemand, cette pente aurait donc dû être amorcée bien plus tôt dans le cheminement de « RECHTS » ; de surcroît, rien n’évoque d’après nos constatations, une volonté des concepteurs de procéder à une quelconque remontée de niveau.

Il est aussi légitime de s’interroger sur l’intérêt et surtout l’accessibilité d’une jonction de galeries de mines par « puits » : après avoir remonté ou descendu un puits de presque 8 mètres, les Allemands auraient été confronté à une dénivellation de 53% afin de poursuivre leurs rondes entre les ouvrages HINDENBURG et SCHACHT Stollen.   


Nous ne le pensons pas et écartons cette éventualité.

 

La topographie souterraine LIDAR de cet ouvrage, ne suffit pas à expliquer le choix allemand d’ouvrir la galerie « RECHTS ». Pour le comprendre, il faut replacer cette topographie sur les données LIDAR issues d’un survol de surface du champ de bataille.

Même 110 ans plus tard, il est possible d’apercevoir avec une précision de l’ordre du centimètre, le tracé de la première ligne allemande sur le terrain actuel.  

Le report de la topographie souterraine sur cette carte de surface montre que cette nouvelle galerie « RECHTS » poursuit également un cheminement parallèle le long de la première ligne allemande ; il s’agit donc de la continuité de la galerie enveloppe, la trajectoire souterraine étant juste modifiée en raison du changement d’orientation de la première ligne allemande de surface.

La poursuite de la galerie enveloppe est elle aussi abandonnée comme « ORT » mais au bout de 24 mètres.


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La présence d’une gaine de ventilation et de déblais non évacués laisse supposer que l’arrêt des travaux fut stoppé net. En effet, les Allemands ont pour habitude, quand il est décidé d’abandonner la construction d’une galerie de mine ou quand celle-ci n’a plus d’intérêt stratégique, de procéder au démontage de son système de ventilation pour être installé dans un nouveau projet souterrain.

è Tel n’est pas le cas dans la galerie HINDENBURG. 







 

A la différence de « ORT », pour laquelle nous avons réussi à déterminer l’abri de première ligne qui devait lui servir de débouché, il est impossible, dans le cas de « RECHTS », de déterminer quel point de sortie en surface les Allemands visaient. Sa trajectoire, au bout de 24 mètres de cheminement reste parfaitement parallèle à la première ligne allemande et n’amorce aucune courbe vers celle-ci. D’ailleurs que ce soit pour le cheminement de l’une ou l’autre des galeries du système HINDENBURG, la distance les séparant de la première ligne allemande de surface est invariablement comprise entre 30 et 35mètres.

 

Cela démontre bien que le cheminement de ces galeries souterraines s’adapte au tracé de la première ligne de surface.

Dès lors, si « ORT » et « RECHTS » sont toutes deux des galeries « enveloppe », pourquoi avoir amorcé un retour vers la surface à partir de la galerie « ORT » ?

 

Nous pouvons l’expliquer selon différents points de vue :


·         D’un point de vue technique : une grande longueur de galerie favorise l’appauvrissement en oxygène. Une remontée surface en milieu du cheminement, comme semble le faire la galerie « ORT », aurait permis une circulation naturelle de l’air, sans apport mécanique.

 

·         D’un point de vue stratégique : les deux galeries du système HINDENBURG vont cheminer devant la première ligne allemande sur un total de 90 mètres. La poursuite de ces deux constructions est stoppée net, mais il impossible de savoir combien de mètres de cheminement étaient encore prévus dans la galerie enveloppe « RECHTS » ; un tel système nécessite plusieurs entrées-sorties que ce soit pour la circulation des hommes en poste ou pour acheminer et évacuer les matériaux de construction.

 

En l’état actuel de la construction, nous pouvons estimer que le système HINDENBURG devait être, à terme, pourvu d’au minimum 3 entrées-sorties en surface : 

o   une première, celle par laquelle nous avons accédé au réseau HINDENBURG ;

o   une deuxième à l’extrémité de la galerie « ORT » ;

o   une troisième à l’extrémité de la galerie « RECHTS ».


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Pour conclure cette analyse historique et technique, nous allons tenter de dater l’ouvrage « HINDENBURG STOLLEN ».


Nous avons démontré en 2022, avec l’aide d’un ingénieur du son, que les bruits souterrains issus des constructions de galeries sont perceptibles à presque 100 mètres dans cette strate rocheuse de l’Oise. La distance séparant les ouvrages de mines français V et Va (faisant directement face à la galerie allemande HINDENBURG) est de plus de 73 mètres ; elle est donc potentiellement « détectable » par le service des écouteurs du génie français. 

Un seul rapport français pourrait correspondre à une possible détection de cette galerie allemande : c’est celui du 19 mai 1916 réalisé par les officiers du génie qui fait la synthèse des écoutes souterraines réalisées durant la période du 18 avril 1916 au 18 mai 1916 et précise que « l’activité souterraine de l’ennemi, confirme que [celui-ci] poursuit ses travaux de protection souterraine en avant de ses petits postes ». 


Peu importe la période, 1915 ou 1916, l’unique galerie allemande sur le secteur ne prenant pas la direction du no man’s land et cheminant devant ses postes avancés, comme l’indique ce rapport français, est la galerie HINDENBURG– elle chemine bien en parallèle à 30 mètres devant la première ligne, comme l’ont confirmé notre topographie et notre LIDAR. 

Nous pouvons avancer l’hypothèse que la galerie « HINDENBURG STOLLEN » est en construction au cours de la période janvier 1916 - mai 1916 ; d’ailleurs, une carte allemande de l’IR94 en notre possession datée de janvier 1916 mentionne bien deux constructions en cours depuis le point d’entrée en surface de cette galerie. Il s’agit vraisemblablement des galeries « ORT » et « RECHTS » du système HINDENBURG et cela ferait de cet ouvrage de mines l’un des derniers ouvrages majeurs à avoir été élaboré par l’occupant en ce début 1916 sur ce secteur.



Cet ouvrage est sous la supervision du bataillon de pionniers N°11 appuyé dans les tâches secondaires par les hommes d’infanterie de l’IR94 – certainement la 9 kompanie dont faisaient partie les deux soldats ayant laissé leur patronyme au plafond au noir de fumée. Le départ de ce régiment début mai 1916 marque la fin de toute construction ou tout aménagement supplémentaire dans les galeries de mines du secteur. 


Par ailleurs, nous voyons clairement le changement de stratégie dans cette guerre souterraine depuis les premières constructions d’ouvrages de mines de la fin 1914. La guerre de mines passive n’apporte aucun gain en surface et les Français semblent avoir adopté la stratégie de « la défensive » depuis déjà quelques mois en ne déclenchant plus aucune explosion souterraine sur cette partie du front depuis novembre 1915.

Les Allemands sont déjà dans cette volonté de « désescalade », sur ce secteur, depuis juin 1915 ; il n’en sera pas de même quelques centaines de mètres plus loin, où la guerre de mines va se poursuivre activement jusqu’à la mi 1916.


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La galerie défensive HINDENBURG reflète le changement d’état d’esprit allemand dans cette lutte souterraine : il est désormais plus efficace de se protéger de l’ennemi, plutôt que d’aller à l’offensive en élaborant une galerie d’attaque en direction des lignes françaises. Les régiments allemands suivants n’engageront aucun nouveau chantier et ne termineront d’ailleurs aucun des chantiers en cours. (C’est précisément le cas de HINDENBURG Stollen, abandonnée en cours de construction.)

N'oublions pas qu’une explosion de mines de la part d’un belligérant appelle irrémédiablement une réponse de l’adversaire par le déclenchement de sa propre mine ; c’est sans fin, couteux en hommes, en matériel, en explosifs et sans aucun gain militaire significatif.

Les régiments allemands qui prendront par la suite le contrôle du secteur sont pour la plupart composés de réservistes ; ils occuperont bien les galeries de mines creusées sur le secteur par leurs prédécesseurs mais n’assureront qu’une veille par des écoutes souterraines quotidiennes. Ils vérifieront en outre que les Français restent bien dans une politique « défensive », tout comme eux…

 

Topographie souterraine  : Fabrice C.

Modélisation LIDAR : Fabrice C.

Relevés de graffitis : Staff ASAPE 14-18

Analyse technique et historique : Staff ASAPE 14-18

Cartographie : Staff ASAPE 14-18

 

 
 
 

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