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Emanuel SCHUSTER du ULAN N°6

Certaines rencontres entre l’ASAPE et des familles en recherche d’une sépulture de leur aïeul disparu sont parfois le fruit du hasard mais dans la majorité des cas, elles font suite à un e. mail ou un courrier reçu à notre siège social.


Celle réalisée ici le fut grâce à un appel téléphonique reçu …


Appel au premier abord très surprenant puisqu’il émanait de l’attaché culturel de l’Ambassade d’Israël à Paris de la part de Monsieur Aron SCHUSTER, ancien Ministre de l’Agriculture, membre de la Knesset (𝑃𝑎𝑟𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝐼𝑠𝑟𝑎𝑒́𝑙𝑖𝑒𝑛) et actuel Vice-Président en charge de la défense de l’Etat d’Israël...


Et cette demande était simple « 𝑃𝑜𝑢𝑣𝑒𝑧-𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑖𝑑𝑒𝑟 𝑎̀ 𝑟𝑒𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒𝑟 𝑙𝑎 𝑡𝑜𝑚𝑏𝑒 𝑑’𝐸𝑀𝐴𝑁𝑈𝐸𝐿 𝑆𝐶𝐻𝑈𝑆𝑇𝐸𝑅, 𝑠𝑜𝑙𝑑𝑎𝑡 𝑎𝑙𝑙𝑒𝑚𝑎𝑛𝑑 𝑑𝑢 6𝑒̀𝑚𝑒 𝑅𝑒́𝑔𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑈𝑙𝑎𝑛𝑠 𝑒𝑡 𝑑𝑒́𝑐𝑒́𝑑𝑒́ 𝑠𝑢𝑟 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑖𝑡𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑎𝑢 𝑐𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑔𝑢𝑒𝑟𝑟𝑒 ? ».



Monsieur Aron SCHUSTER en voyage en France ayant un but celui de se recueillir, « 𝑠𝑎𝑛𝑠 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑑𝑒 𝑝𝑜𝑚𝑝𝑒 » au pied de la sépulture de son grand-père. Sa famille n’ayant jamais pu le faire !

Le travail de recherche de son grand père fut aisé et rapide puisque la tombe fut localisée dans la nécropole allemande de Moulin Sous Touvent.



Rendez-vous fut pris dès le lendemain entre M. et Mme SCHUSTER, la Mairie de Moulin-sous-Touvent et l’ASAPE 14-18, sur la tombe de leur ancêtre tombé le 26 Septembre 1914, pour un moment de recueillement et d’échanges historiques.


EMANUEL SCHUSTER faisait partie du 3ème Escadron du 𝔗𝔥𝔲̈𝔯𝔦𝔫𝔤𝔦𝔰𝔠𝔥𝔢𝔰 𝔘𝔩𝔞𝔫𝔢𝔫-ℜ𝔢𝔤𝔦𝔪𝔢𝔫𝔱 𝔑𝔯. 6 (Thüringisches Ulanen-Regiment Nr. 6), Il est originaire de Sterbfritz, petit village de la région de la Hesse.



Le Régiment N°6 de ULAN ne semble pas avoir pris part au combat du secteur de Moulin- sous- Touvent. Pourtant, quelques jours avant la date du décès d’EMANUEL SCHUSTER, ses compatriotes et les forces françaises se battaient encore férocement sur le secteur notamment pour la prise de la ferme de Quennevières. (𝐸𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑙𝑒 19 𝑒𝑡 𝑙𝑒 21 𝑠𝑒𝑝𝑡𝑒𝑚𝑏𝑟𝑒 1914).


L’historique du régiment ne mentionne aucune localité à proximité de Moulin- sous- Touvent… Mais les dates de cantonnement du Ulan N°6 laissent à penser que ce régiment est bien passé à proximité du secteur lors de son mouvement vers le Nord.


En effet, le 22 septembre 1914 ils sont encore stationnés à Reims et sont ensuite déployés dans la Somme en passant par la ville de Roye. Ce mouvement s’effectue dans une période comprise entre le 23 Septembre et le 06 Octobre 1914.

Ce prélèvement de troupes allemandes dans les secteurs de Soissons et Reims répond à la stratégie militaire souhaitant déborder les forces adverses entre l’Oise et la Mer du Nord. C’est ce qu’on appellera « 𝘭𝘢 𝘤𝘰𝘶𝘳𝘴𝘦 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘮𝘦𝘳 ».

Compte tenu de la géographie, il est très probable que ce régiment provenant de Reims soit passé par Noyon avant de rejoindre Roye. Cette route (Reims-Noyon-Roye) passe bien à quelques kilomètres en arrière de Moulin-Sous-Touvent, via la vallée de l’Oise.


Tout laisse donc à penser qu’EMANUEL SCHUSTER fut tué le 26 Septembre 1914, lors de ce mouvement entamé par son régiment le 23 Septembre 1914, entre la ville de Reims vers le secteur de la Somme (Roye) où ils cantonneront d’ailleurs au soir du 07 Octobre 1914.


🔹 𝐏𝐞𝐮𝐭-𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐚-𝐭-𝐢𝐥 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐭𝐮𝐞́ 𝐩𝐚𝐫 𝐮𝐧 𝐭𝐢𝐫 𝐝’𝐚𝐫𝐭𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫𝐢𝐞 𝐟𝐫𝐚𝐧𝐜̧𝐚𝐢𝐬𝐞? Une patrouille française ? Rien aujourd’hui ne permet d’expliquer les circonstances exactes de la mort de cet Ulan en arrière- front.


A la date du 26 Septembre 1914, aucun autre décès n’est à déplorer dans l’escadron N°3 du Ulan 6. C’est également le cas dans les autres escadrons, à supposer qu’ils se déplacent ensemble vers la ville de Roye. En raison de cet élément, un « engagement direct » de ce régiment dans un combat sur le secteur est exclu.




La photo de la tombe d’EMANUEL SCHUSTER fournie par sa famille laisse apparaître une tombe solitaire. Elle ne se situe pas dans un cimetière provisoire. Nous supposons donc qu’elle se trouvait directement sur le lieu de la mort du Ulan SCHUSTER, en arrière front, le long du chemin qui le conduit de Reims à Roye.

En 1920, lors du déplacement des cimetières et tombes provisoires allemandes dans des nécropoles, le corps d’EMANUEL fut transféré vers la Nécropole Allemande de Moulin -sous -Touvent, BLOCK 1 – GRAB 563.






Certains visiteurs sont toujours surpris d’apercevoir des stèles israélites dans les nécropoles allemandes du premier conflit mondial.

L’horreur et les crimes contre l’humanité, commis par les Nazis lors de la seconde guerre mondiale, font oublier que 25 ans plus tôt, les Juifs allemands ont répondu à la mobilisation, au même titre que les allemands « non juifs ».

En tout, 100.000 Juifs allemands seront mobilisés et parmi eux 10.000 sont des volontaires… Proportionnellement, cela est identique aux « autres » Allemands... Cependant, en 1916, sous la pression populaire, l’état allemand ordonne un « comptage des Juifs » au sein de son armée. Ce décret devait répondre à la propagande selon laquelle les Juifs seraient des embusqués - et chercheraient par tous les moyens à se faire exempter de leur devoir militaire…

Ce décret renforce le sentiment anti-juif dans l’armée allemande et certains officiers seront même dégradés à la suite de cette « enquête ».



Sur nos photos, lors de la venue des descendants d’EMANUEL SCHUSTER, vous pouvez apercevoir qu’ils ont déposé des petites pierres sur la stèle de leur ancêtre…

On trouve beaucoup de significations à ce geste mais la plus courante est celle selon laquelle les pierres perdurent – à 𝘭𝘢 𝘥𝘪𝘧𝘧𝘦́𝘳𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘧𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 – qui elles finiront par mourir – Ainsi, ces pierres symbolisent la pérennité de la mémoire ainsi que l’héritage.

Le Talmud (𝑢𝑛 𝑑𝑒𝑠 𝑡𝑒𝑥𝑡𝑒𝑠 𝑓𝑜𝑛𝑑𝑎𝑚𝑒𝑛𝑡𝑎𝑢𝑥 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑟𝑒𝑙𝑖𝑔𝑖𝑜𝑛 𝑗𝑢𝑖𝑣𝑒) mentionne le fait qu’après la mort d’une personne, son âme continue d’habiter pendant un certain temps dans la tombe où elle a été enterrée. Mettre des pierres sur une tombe maintient l’âme dans ce monde.


▶️ C’est une première pour les membres de l’ASAPE 14-18, d’accompagner une famille israélite dans la nécropole de Moulin-sous-touvent, tant la demande est rare. Elle est symbolique également de tout notre travail de recherches sur le terrain et dans les archives militaires ou départementales envers une filiation. Elle est également synonyme de notre devoir de mémoire auprès de ces combattants de toutes nationalités et cela quelle que soit leur origine religieuse.