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Découverte du PUITS N°7 et sa galerie !

Une nouvelle capsule temporelle vieille de 104 ans, témoin de la guerre de mines dans l’Oise, découverte par l’ASAPE 14-18…


Après plusieurs mois d’études, nous vous présentons le récit de cette découverte accompagné de nos photos.

L’été 2023 sera l’occasion de vous présenter toute une série de reportages (photos, vidéos, visite virtuelle en 3D, etc.) au sujet de la découverte du puits N°7. L’objectif de l’association étant Le partage et la transmission du patrimoine commun aux générations futures : tout est gratuit, simple, passionnant et surtout… INEDIT !


En ce tout début d’année 1915, l’ordre est donné aux forces françaises d’abandonner la première ligne existante afin de s’établir dans une nouvelle ligne de tranchées situées à environ 50 mètres en arrière.

Cet ordre fait suite aux toutes premières explosions de mines allemandes sous la première ligne française en date du 27 janvier 1915, non loin de là à environ 500 mètres.


Pour les Français, le constat est sans appel : les Allemands ont déjà parcouru sous terre la distance qui les sépare, et cela sous le no man’s land, soit à environ 50 / 90 mètres de nos lignes.


Une fois ce recul stratégique effectué, l’état-major confie (enfin)– début février 1915 – le soin au service du Génie français la mission d’empêcher et/ou de neutraliser les multiples incursions souterraines allemandes.

En certains points du secteur, la guerre souterraine sera de nature « offensive » (Il faudra donc neutraliser les galeries ennemies.) ; dans d’autres points du secteur, cette guerre sera « défensive » (Il faudra se prémunir de toute incursion ennemie par le sous-sol.).

Le puits n°7 français fait donc partie des 13 puits dont la construction débuta en ce début de mois février ; les rapports en notre possession indiquent que ce puits est – dans un premier temps – de nature dite « défensive ».

En effet, l’objectif qui lui est attribué est de cheminer vers l’ancienne première ligne française, soit environ 50 mètres vers l’avant.


Les différents rapports historiques en notre possession indiquent que le choix de l’emplacement du puits N°7, qui donnera ensuite accès à la galerie P7,répond aux observations de sentinelles françaises rapportant des amoncellements anormaux de terre qui pourraient traduire une activité des pionniers allemands face à eux, notamment ceux du PB9 (Schleswig-Holsteinisches Pionier-Bataillon Nr. 9).

Malgré des rapports d’officiers français qualifiant « d’hypothétiques » des travaux de mines allemands dans ce secteur, le 03 février 1915 dans l’après-midi les premiers coups de pioche sont donnés pour creuser un puits ; il portera le numéro « VII » en lettre romaine.


Sans le savoir, les Français ont devant l’emplacement de leur future galerie P7, pas moins de deux galeries de mines allemandes en cours de réalisation.

Sur leur gauche : la galerie G23 « Verbrecher Keller » et sur leur droite : la galerie G24 « Wald Eck ».

La première (G23) est en cours de construction et chemine à une profondeur de 12 mètres et s’avance sous le no man’s land d’un peu plus de 27 mètres.

La seconde (G24) est, quant à elle, plus avancée : débutée depuis fin octobre 1914, elle s’enfonce déjà de presque 22 mètres sous la surface et s’avance vers les lignes françaises de 36 mètres.

Autant dire que si les Français n’avaient pas pris la décision de reculer leurs lignes, les Allemands seraient sous leurs pieds dès la fin du premier trimestre 1915 (et cela à de nombreux points du secteur…).


A ce stade, nous savons que l’entrée de la galerie P7 se situe au fond du puits profond d’environ 7 mètres et que cette entrée se situerait au fond d’un abri de faible profondeur.


Un rapport du 15 février 1917 relatant « L’historique de la Guerre de mines du secteur » annexe un plan de cette galerie à l’échelle 1/2000.

104 ans plus tard et après avoir exploré la galerie P7, le plan du cheminement s’avéra parfaitement exact en comparaison avec notre topographie moderne.


Sur le terrain, trois affaissements dans un rayon de 30 mètres sont les possibles vestiges de l’abri effondré du puits N°7, mais aucun rejet de craie aux alentours d’un de ces affaissements nous permet de déduire lequel serait le bon.


Avant d’engager notre équipe terrain pour se frayer un chemin dans l’un de ces affaissements, nous devons avoir la certitude de bien se trouver au-dessus de l’abri qui cache l’entrée du puits N°7 ; nous ne pouvons pas nous permettre de sécuriser trois affaissements simultanément.


Nous faisons donc appel à notre « Chargé des acquisitions numériques », fondateur de la société « Drone-Reco » pour effectuer un survol en drone avec la technologie L.I.D.A.R de la zone de ces affaissements. Le résultat de ce passage donne lieu à une carte actuelle des vestiges de tranchées.


Les affaissements étant d’une profondeur quasi équivalente à quelques centimètres près, rien ne permet d’affirmer lequel correspond à l’abri du puits N°7.

Cependant, les données topographiques du L.I.D.A.R, superposées à des cartes allemandes et françaises datant des années 1915 à 1917, nous permettent d’éliminer deux des trois affaissements ; en effet, deux d’entre eux sont l’entrée et la sortie d’un seul abri aujourd’hui effondré.

D’après les plans d’origine, notre abri du puits N°7 ne comporte qu’une seule entrée ; notre troisième affaissement est donc celui de l’abri qui recouvrait le puits N°7.

La découverte de l’abri du puits N°7

Nos archivistes se procurent les plans avec les dimensions d’un abri de première ligne pour puits de mines. Avec ces mesures, nous déterminons où exactement le staff ASAPE doit se frayer un chemin pour découvrir les parois de l’abri et, par la suite, les contours du puits de mines français N°7. Au bout de deux heures, l’équipe trouve les parois de l’abri, en partie à l’aide d’une caméra filaire introduite dans l’affaissement.

Conformément au plan, Il était recouvert à l’époque de rondins de bois de gros diamètre ; il n’était donc pas résistant aux impacts directs d’artillerie ennemie.


Nous venons de découvrir l’abri dans lequel le puits d’accès à la galerie de mines P7 devrait se trouver.



Nous avons alors une pensée pour le sapeur mineur Felix FOURNIER qui, à cet endroit, a trouvé la mort écrasé par un tir d’artillerie allemande, le 12 juillet 1915 vers 15h00.

Ses camarades s’étaient alors portés immédiatement à son secours pour le dégager ; malheureusement, c’est son corps sans vie qu’ils extrairont de l’abri. Son corps repose aujourd’hui dans le caveau familial de son village natal de Primarette dans le département de l’Isère. La mairie nous fournira des photos de cette tombe située dans le cimetière communal.

Le puits est-il toujours praticable ? La galerie est-elle toujours intacte ? Et la question que nous nous posons tous : à quoi ressemble un ouvrage de mines français sur ce secteur ?


Quelques semaines plus tard, le staff ASAPE 14-18 est mobilisé en grand nombre pour un weekend complet sur le site de l’abri du puits 7.


Compte tenu de la configuration du site, nos membres sont encadrés par des spéléologues, une équipe médicale (aides-soignants/infirmiers) et des pompiers volontaires, tous bénévoles à l’ASAPE sur leur temps libre.

Si ce puits est intact, nous devrions déboucher dans une galerie horizontale à une profondeur comprise en 5 et 7 mètres prenant la direction du no man’s land.


La matinée va être entièrement consacrée à sécuriser le site, afin que le staff progresse dans des conditions optimales.


Vers midi, le sol de l’abri du puits N°7 est atteint.

De longs câbles en fer sortent du sol ; après analyse, nous comprendrons qu’il s’agissait des vestiges de l’échelle d’origine du puits.

Un autre vestige voit le jour, et pas des moindres : la poulie du puits !

Ces débris se trouvaient sur le sol de l’abri, laissés là, il y a 104 ans.


Nous découvrons, toujours au même endroit, une structure rectangulaire d’1,30 mètre sur 1,30 mètre, parfaitement taillée dans le calcaire…


Voici l’encadrement du puits de mines N°7 !


Les dimensions de l’encadrement correspondent à ce que le service du Génie appelle « un grand puits » (de mines) ; les parois sont parfaitement intactes et creusées dans le calcaire.

Le staff ASAPE va donc travailler durant plusieurs heures avec comme objectifs :


· La réalisation d’un coffrage sur l’entrée du puits N°7.

· L’évacuation des éboulis contenus au fond du puits.

· La sécurisation de l’accès à la galerie.

· Enfin, la ventilation de l’ouvrage.


Le staff découvre par ailleurs dans les remblais différents vestiges, tous liés à la construction ou à l’utilisation de ce puits N°7 durant les années 1915, 1916 et 1917 :


· Un pic de mineur

· Une tête de pioche

· Le crochet du treuil du P7

Aux environs de 16h00, le staff ASAPE est en sécurité au fond du puits. Le puits N°7 offre une vue impressionnante, parfaitement taillé et sans signe apparent de fissures. Les parois sont travaillées à la pioche et au pic et laissent apparaitre 7 encoches de part et d’autre permettant de faciliter l’accès au fond du puits.

Nous comprenons que l’échelle fabriquée en fil de fer épais découverte quelques heures plus tôt ne servait uniquement qu’à se cramponner les mains lors de la descente ou remontée, les pieds se plaçant dans des encoches sur les côtés.


104 ans après, nous réinstallerons un système similaire pour notre accès : une échelle de corde sur le long de la paroi du puits et nous utiliserons les encoches creusées en 1915 pour positionner nos pieds ; cela se révèlera très pratique et assez instinctif au bout de quelques remontées/descentes dans ce puits.


Vers 16h30, un binôme au travail signale que la terre semble « partir vers le fond », une odeur très particulière remonte alors vers la surface, une odeur de renfermé, d’humidité typique des galeries et ouvrages souterrains.


Nous y sommes ! La galerie du puits N°7 est là, à un peu plus de 7 mètres de profondeur depuis la surface !


Avant de se dévoiler à nos yeux, nous découvrons au fond du puits d’accès, encore accrochée au mur sur son support d’origine, une lampe à carbure de mineur ! Elle est intacte et abandonnée là depuis mars 1917.


Nous confions l’identification de cette lampe à l’APPHIM (Association Pour la Pérennisation du Patrimoine Historique Industriel et Minier) ; elle sera identifiée comme une lampe de mineur de type « Clanny » de la fabrique lilloise « Cosset Dubrulle », produite dans les années 1860 et utilisée essentiellement dans les mines du nord de la France.


La terre est poussée vers la galerie afin de dégager le passage et nous observons pour la toute première fois les premiers mètres de la galerie du puits N°7 ! Nous la nommerons désormais : « Galerie P7 »

Les premiers mètres visibles depuis le fond du puits d’accès laissent apparaitre une structure en parfait état ; une conduite d’aération fixée sur ses supports est encore présente sur le côté gauche de la galerie.

Sans même pénétrer dans l’ouvrage, des traces rupestres apparaissent dans les faisceaux de nos lampes à droite, à gauche et même au plafond.


L’entrée de la galerie mesure 1,30 mètre de hauteur sur 1 mètre de large ; il s’agit donc d’une « demi-galerie ».

Compte tenu de la configuration (en puits) et du fait que la demi-galerie est enfouie sous un peu plus de 7 mètres de terre depuis 104 ans, nous devons ventiler l’ouvrage afin d’y pénétrer en toute sécurité.


A l’époque déjà, une telle configuration (un accès en puits) obligeait le Génie français à ventiler l’ouvrage au bout d’un cheminement d’à peine 7 mètres. A l’inverse, les Allemands avaient fait le choix d’un accès en pente douce depuis la surface ; cette configuration en « oblique » leur permettait de se dispenser d’un système de ventilation sur les 25 ou 30 premiers mètres.

La découverte étant exceptionnelle et le site étant accessible, une équipe de l’ASAPE 14-18 bivouaque sur place au camp de base afin d’assurer la sécurité et la surveillance du site pour la nuit.


L’exploration de la galerie P7 est donc programmée pour le lendemain matin.


Une nuit s’est écoulée et la ventilation a permis d’envoyer de l’oxygène dans tout l’ouvrage souterrain.

Le premier binôme d’exploration est composé.


Comme lors de nos précédentes découvertes, l’intégralité de cette première exploration est captée sans interruption à l’aide de nos caméras GO-Pro afin d’avoir une « vidéo référence » lors de l’analyse.

Nos lumières, les détecteurs multi-gaz et la liaison radio surface sont opérationnels.

Le premier binôme descend les 7,10 mètres du puits pour pénétrer dans la demi-galerie française, construite à partir du 03 février 1915 par les Sapeurs- Mineurs de la Compagnie M7 du 4ème Génie.

Comme aperçues la veille, les conduites d’aération sont toujours en place et sont dans un état de conservation remarquable. Les jointures entre leurs sections d’environ 2 mètres sont emboitées et fermées hermétiquement par de la graisse épaisse, parfois enroulées de papier journal sur lesquelles les dernières nouvelles du front de 1915-1916 sont encore parfaitement lisibles.


Après quelques mètres parcourus, apparaissent les premières traces rupestres sur les parois de droite, de gauche et également au plafond.

Au total 84 traces rupestres seront découvertes, inventoriées et photographiées sur les 78 mètres que compte la galerie P7. Elles se répartissent de la sorte :

- 47 se trouvent sur les parois et 37 au plafond.

- 18 traces sont réalisées au noir de fumée (à l’aide de la flamme d’une bougie), 16 à l’encre violette, 34 au fusain et 16 sont gravées.

Les plus remarquables indiquent la distance parcourue par les sapeurs afin de progresser vers un point précis.


Rappelons-le ici : l’objectif des sapeurs français est de se placer sous leur ancienne première ligne, à 48 mètres en avant.

A ce titre, des consignes pour la progression laissées par les officiers du Génie sont encore bien visibles ; par exemple, la consigne suivante est découverte à l’entrée de la galerie P7 : « L’avancement sera mesuré au plafond et non sur les côtés ! Bien suivre la nouvelle direction ! »


La profondeur de l’ouvrage – rapport à la surface – est également renseignée à divers endroits de l’ouvrage. A peine perceptibles mais toujours présentes au plafond, les consignes de direction à prendre sont indiquées.

Rien n’est donc laissé au hasard quant au cheminement à prendre par les hommes du Génie pour atteindre leur objectif : dans un premier temps, leur ancienne première ligne (février 1915 - juillet 1915), puis la direction des bruits des travaux allemands lors de l’hiver 1915-1916.


D’autres traces rupestres sont celles de patronymes d’hommes (principalement du 4ème Génie), en charge de la construction et des écoutes dans cet ouvrage ; certaines traces comportent le nom, le prénom, la date et les heures de présence du soldat dans la galerie P7. C’est le cas notamment du Sapeur-Mineur Alexandre GEOLIER qui va laisser dans cet ouvrage pas moins de 6 traces rupestres.



Compte tenu du nombre de traces laissées par ce sapeur, nous avons décidé de rechercher des descendants à ce dernier.

Vous découvrirez, le 28 juillet prochain, le résultat de nos recherches…


La progression pour le premier binôme de l’ASAPE 14-18 dans cette demi-galerie oubliée depuis la Grande Guerre est plutôt simple : la structure est parfaitement taillée dans une roche porteuse de l’Oise et dans un état de conservation remarquable ; aucun effondrement n’est à signaler sur tout l’ouvrage.


Les sapeurs ont pris soin de tailler une « banquette » tout le long de la paroi de gauche sur les 48 premiers mètres afin d’y entreposer les sacs de gravats extraits lors de la construction. Nous n’en dénombrerons pas moins de 200, disposés méticuleusement en position verticale. La toile de jute des sacs contenant le remblai a malheureusement disparu avec le temps et l’humidité ambiante ; toutefois, le contenu de ces sacs s’est « fossilisé » en prenant la forme du sac.

Cette grande quantité de remblai en sac explique sûrement l’absence de rejet de craie plus important en surface.


Ce stockage dans la galerie a permis – entre autres – d’être discret aux yeux des sentinelles allemandes ou de l’aviation ennemie.


Malgré quelques rectifications de trajectoire, la demi-galerie est quasi rectiligne et prend la direction de l’ancienne première ligne française sur 48,60 mètres.

Les derniers mètres de cette demi-galerie sont taillés à l’aide d’une machine pneumatique ; les traces de l’utilisation de cette machine sont encore parfaitement visibles dans la galerie. L’historique de la Compagnie de Mineurs note bien l’utilisation d’une perforatrice du 16 au 21 avril 1915 pour tester son efficacité. Le résultat n’étant pas convaincant, la machine sera transférée dans une autre galerie et la méthode sera abandonnée quelques mois plus tard.


Depuis l’entrée, la demi-galerie a pris une très légère pente descendante.

Les sapeurs présents ont d’ailleurs laissé deux traces au sujet de cette inclinaison :


- La première indique « -2,20 mètres », soit la profondeur supplémentaire creusée depuis l’entrée qui se situe à 7,10 mètres. Ainsi, en fin de demi- galerie, la profondeur est désormais de 9,30 mètres.-





La seconde trace est laissée au noir de fumée sur la paroi et indique « 3% » ; elle correspond bien au pourcentage de la pente descendante prise depuis l’entrée en galerie.









Passés les 48 mètres, la demi-galerie se transforme en « Grand Rameau » d’1 mètre de hauteur sur 0,80 de large. Cette nouvelle portion est en rameaux dits « obliques » à la demi-galerie ; elle comporte au sol les sacs de remblais qui sont désormais stockés directement à même le sol, les dimensions plus restreintes ne permettant plus de creuser une banquette sur un des côtés. Les conduits d’aération sont toujours fixés au plafond et suivent le cheminement.


A ce stade de l’exploration, les détecteurs multi-gaz affichent une légère perte d’O2 (20,4 % au lieu de 20,9 %) mais cela reste bien au-dessus du niveau d’alarme et tout à fait acceptable. L’exploration peut donc continuer sans risque pour le premier binôme.


Ce grand rameau chemine sur environ 8 mètres de longueur, les 4 derniers mètres seront réservés au stockage des caisses d’explosifs. D’ailleurs, il est indiqué « Stockage à matériaux » dans les récits d’époque pour désigner cette zone de la galerie oblique.

Les vestiges de stockage de ces caisses – de toute évidence, il s’agissait d’explosifs civils conditionnés en caisses en bois de 25 kg – sont encore présents au sol sous forme de panneaux de caisses en bois en plus ou moins bon état.

L’analyse historique et technique réalisée par l’ASAPE – qui sera disponible sur nos supports le 08 septembre 2023 – a permis de démontrer que la galerie P7 s’arrêtait à ce stade (52 mètres) en juillet 1915.


De cette position, en aplomb de leur ancienne première ligne où se positionnent encore les sentinelles, les Français réaliseront des écoutes en direction des lignes allemandes jusqu’à la fin de l’année 1915.


Rappelons que face à cette galerie française P7 se trouvent deux galeries allemandes :

· La première, sur leur gauche : G23 « Verbrecher Keller » ; c’est la plus menaçante pour les Français et les Allemands vont rectifier leur trajectoire pour couper la route aux sapeurs français. Cette rectification indique clairement que les Allemands ont détecté les travaux français de la galerie P7 très rapidement.

· La seconde, sur leur droite : G24 « Wald Eck » ; elle reste inaudible pour les Français jusqu’au début 1916, période au cours de laquelle elle rentre en action en direction de l’ouvrage français P7.





Ainsi, à l’hiver 1915-1916, un nouveau « grand rameau » de 16 mètres part en direction des lignes allemandes.

Les bruits provoqués par ces nouveaux travaux français ont pour conséquence immédiate une réaction allemande dans leurs deux ouvrages se trouvant face à la galerie P7.

Les Allemands creusent donc de nouvelles ramifications (depuis G24) ou poursuivent d’anciennes galeries (depuis G23) dans l’objectif de neutraliser la menace que représentent les travaux en cours dans la galerie P7 qui, à ce stade, prennent la direction de la première ligne allemande.

Nous ne se savons pas pourquoi les Français ont pris la décision de poursuivre vers l’avant leurs travaux ; les Français restés alors dans leur secteur s’avancent désormais sous le no man’s land.


Afin d’avoir la certitude que les bruits provoqués par les travaux souterrains soient bien perceptibles à cette distance, nous avons demandé à des ingénieurs du son de procéder à l’enregistrement des bruits se propageant au travers de la roche ainsi que dans l’air ambiant entre la galerie P7 et les galeries allemandes G23 et G24.

Le résultat est tout simplement bluffant et sera disponible pour le public dès le 25 août prochain sur nos supports médias.

Il s’agira d’une étude et d’une approche encore jamais réalisées sur tout le front de la Grande Guerre !


Dans ce nouveau cheminement datant de l’hiver 1915-1916, les traces rupestres sont moins nombreuses ; seules, les indications concernant le métrage sont bien visibles sur les parois. La progression pour l’ASAPE est d’ailleurs plus délicate du fait des moindres dimensions et de la présence, d’un côté, des sacs de remblais et, de l’autre, de la conduite de ventilation toujours en place.


Une faille géologique parcours l’intégralité du plafond en son centre ; cette dernière apparaît bien dans les récits d’époque de la Compagnie des Sapeurs- Mineurs en charge de l’exécution de ces nouveaux travaux. Il semblerait que ces derniers aient suivi volontairement cette faille pour pousser l’ouvrage vers l’avant, cette fragilité de la roche leur permettant d’avancer plus vite.

Malgré ce qui aurait pu être une fragilité géologique, aucune trace de coffrage en bois n’est visible dans ce grand rameau.

105 ans plus tard, le plafond scindé par cette fissure géologique ne laisse toujours pas apparaître le moindre signe de fragilité.


La dernière partie de l’ouvrage P7 se compose d’un nouveau cheminement de 9 mètres en grand rameau, cette fois-ci dans une configuration dite « d’équerre » pour se terminer dans une chambre.

Les dimensions de cette pièce (1,30 mètre sur 1,50), ainsi que l’angle de 90 degrés pris en fin de galerie, correspondent en tout point aux caractéristiques d’un fourneau de mine.

Cette pièce, utilisée jusque-là comme « poste d’écoute », serait donc devenue « la chambre d’explosion » (fourneaux de mine), une fois chargée en explosifs et après avoir placé les 200 sacs de remblais derrière, afin de contenir le souffle…


Le fourneau de mine P7 devait être chargé de 400 kg d’explosifs de type Cheddite (composé à 80 % de chlorate de potassium).


Les 9 mètres de cheminement qui mènent au fourneau correspondent au rayon de fracture de la roche prévu lors du déclenchement de la mine ; ce calcul est issu d’une formule mathématique, prenant en compte la quantité d’explosifs, la profondeur de la charge ainsi qu’un coefficient de résistance de la roche (ici, de la craie tendre).


Quoi qu’il en soit, aucune caisse d’explosif n’a jamais était placée dans la chambre d’explosion de la galerie P7.

Cela peut vouloir dire qu’aucun danger immédiat n’a menacé cet ouvrage français, obligeant les Sapeurs-Mineurs du Génie à charger le fourneau et à placer derrière celui-ci l’intégralité des sacs de remblais en guise de bourrage.

(Le bourrage consiste à empiler du sol au plafond sur une longueur variable une grande quantité de sacs de remblais afin de contenir les effets du souffle de l’explosion. Des madriers de bois ancrés dans les parois ou des vides peuvent être laissés entre les séries de sacs afin d’augmenter la résistance du bourrage.)


Quelques traces rupestres de patronymes de soldats du 4ème Génie sont également laissées au crayon sur les parois de cette dernière partie de l’ouvrage ; il s’agit très vraisemblablement des noms des soldats qui ont effectué les écoutes souterraines en 1916 et en 1917 à partir de cette pièce qui était le lieu le plus proche des Allemands.

D’après les dates retrouvées, nous avons confirmation que les sapeurs français étaient toujours présents, à leur poste d’écoute dans le fond de la galerie P7, quinze jours avant le retrait des forces allemandes du secteur vers la ligne Hindenburg.